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A Alger, une "force pacifique d'interposition" empêche les heurts avec la police

"Silmiya" (pacifique): le mot d'ordre de la contestation en Algérie est floqué sur les chasubles orange d'une "force d'interposition" citoyenne qui s'est donnée pour mission de prévenir les heurts entre policiers et manifestants et maintenir le calme qui fait la force des manifestations algériennes.

Elle est venue s'ajouter aux multiples groupes - identifiés par des brassards ou gilets de diverses couleurs - qui depuis le 22 février, début d'un mouvement inédit et spontané de contestation en Algérie, ont éclos pour orienter les manifestants, apporter les premiers soins ou nettoyer les rues.

"Nous sommes des jeunes qui manifestent chaque vendredi et qui tiennent à préserver le caractère pacifique du mouvement afin de garantir ses revendications", explique doctement Abdellah, 33 ans, au chômage après des études universitaires d'économie.

Vendredi, il s'est placé avec une vingtaine de ses camarades devant un cordon de policiers anti-émeutes interdisant l'accès à un tunnel du centre d'Alger, jusqu'à récemment emprunté par les manifestants qui défilent en masse chaque vendredi. Une vingtaine d'autres font de même à l'autre bout et d'autres ailleurs devant les autres dispositifs policiers.

"Nous faisons office de zone-tampon", explique Athmane, informaticien de 43 ans, l'un des doyens du groupe majoritairement âgé de 20 à 30 ans. Le but est "avant tout d'éviter que des personnes mal intentionnées viennent provoquer les policiers", précise Yassine, 23 ans étudiant.

Quand des jeunes veulent s'approcher des policiers, quelques membres du groupe s'interposent, les convainquent de faire demi-tour, leur rappellent que le "hirak" (mouvement) doit rester pacifique. Et leur expliquent que le tunnel est fermé par sécurité pour les manifestants.

Ce Tunnel des Facultés - qui passe sous la Faculté centrale d'Alger et débouche sur la Place Maurice-Audin, un des lieux-phares de la contestation - est un symbole. C'est ici le 12 avril qu'ont eu lieu des heurts qui ont poussé Abellah, Athmane, Yassine et leurs amis, qui se sont rencontrés les vendredis de manifestation, à s'organiser pour empêcher que cela se reproduise.

  

 - Heurts isolés -

Si le mot d'ordre de la contestation a été très majoritairement respecté, il n'a pas empêché quelques heurts isolés à Alger, essentiellement avec des groupes de casseurs s'attaquant à la police en marge du cortège.

Mais le 12 avril, les tentatives des forces de l'ordre de disperser - pour la première fois un vendredi - des manifestants dans le centre d'Alger et le resserrement du périmètre à l'intérieur duquel était cantonné le défilé, ont fait monter la tension et provoqué plusieurs heurts à la sortie du tunnel puis des affrontements au coeur d'Alger, alors que la manifestation n'était pas dispersée.

La police a notamment tiré de nombreuses grenades lacrymogènes, dont certaines ont atterri dans le tunnel, provoquant un début de panique. "Nous sommes passés pas loin d'un drame", estime un pompier de la Protection civile algérienne.

Une centaine d'irréductibles ont répondu par des pierres, des bouteilles ou des poubelles. Jusqu'à ce que des manifestants décident de s'interposer, aux cris de "Silmiya", parvenant à calmer les esprits...D'où l'idée d'organiser "une sorte de force d'interposition pacifique", comme Samia, étudiante, décrit leur collectif d'environ 200 personnes.

Etudiante en anglais, Ahlam Zoughlami, secouriste diplômée, faisait autrefois profiter de ses connaissances ceux nécessitant des premiers soins. Mais depuis le 12 avril elle a revêtu une chasuble orange, car elle estime "primordial de préserver le caractère pacifique du Hirak".

Les relations avec les policiers, méfiants au départ, se sont améliorées: le vendredi précédent, les "Silmyin" (pluriel de Sylmyia) ont réussi à calmer et éloigner quelques provocateurs qui cherchaient à en découdre, en bombardant les policiers de bouteilles remplies d'urine et de fumigènes.

"Du coup, les policiers qui n'appréciaient pas trop notre présence au départ étaient contents de nous voir" sur le terrain, sourit Rayane Benbraham, psychologue de 25 ans.

AFP

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