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Dans la chasse

Quelques bateaux de pêche artisanale arrêtés pour utilisation de filets prohibés, une poignée d'autres pour tentative illicite d'exportation de poisson: à quelques jours de la fin d'un mois d'interdiction de la pêche industrielle en Sierra Leone, les prises sont modestes.

Car avec en tout et pour tout un seul patrouilleur de haute mer, ce petit pays pauvre d'Afrique de l'Ouest apparaît bien désarmé pour faire respecter l'interdiction décrétée du 1er au 30 avril afin de reconstituer ses stocks de poisson menacés par la surpêche.

Une centaine de chalutiers bénéficient d'un permis de pêche dans les eaux sierra-léonaises, dont plus de la moitié de navires chinois.

"Nous avons un navire patrouilleur de haute mer, cinq navires côtiers monomoteurs et deux bateaux pneumatiques rigides", énumère Abdul Karim Dumbuya, chef des opérations de la Commission maritime conjointe (JMC), composée de huit agences gouvernementales, chargée d'appliquer cette mesure.

"Si nous avions plus de patrouilleurs, nous pourrions en déployer un au Nord, un autre au Sud, et même en garder un en état d'alerte. Mais nous n'en n'avons qu'un", déplore-t-il. Le JMC assure néanmoins effectuer actuellement des patrouilles quotidiennes, contre une fois par semaine auparavant.

Depuis l'entrée en vigueur de l'interdiction, "nous avons attrapé des bateaux de pêche artisanale qui tentaient de vendre du poisson à des exportateurs à Tombo et Bonthe", indique M. Dumbuya, en référence à deux villages de pêcheurs situés respectivement à l'est de la capitale Freetown et dans le sud-ouest du pays.

La mesure concerne exclusivement la pêche industrielle et non artisanale, mais toute exportation de poisson est interdite pendant cette période.

De plus, elle impose aux entreprises de pêche industrielle de stocker en chambre froide des poissons de différentes espèces afin d'éviter la pénurie et les hausses de prix, alors que le poisson représente 80% des apports en protéines animales de la population, selon des statistiques officielles.

- 'Il ne me reste rien' -

Le secteur emploie 500.000 personnes, essentiellement dans la pêche artisanale, sur une population de 7,5 millions d'habitants, et représente entre 12 et 15 % du PIB.

Sur la plage de Goderich, au sud de Freetown, des hommes débarquent de leurs pirogues multicolores des poissons que des femmes s'empressent d'écailler et de vendre dans de petits sachets en plastique, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Mais les poissons se font de plus en plus rares et de plus en plus petits, selon le professeur Andrew Baio, de l'Institut de biologie marine et d'océanographie. 

"Il y a des preuves que les stocks s'appauvrissent et que la situation ne fait qu'empirer", souligne le scientifique, malgré l'absence de données précises, notamment pour déterminer la durée de repos biologique nécessaire pour reconstituer les stocks de poisson.

Mais pour les pêcheurs sierra-léonais, qui incriminent les chalutiers, une interdiction d'un mois est bien trop courte.

"Ces chalutiers ne nous laissent aucune chance. Ils m'ont acculée à la faillite", s'offusque Manfereh Suma, une poissonnière du marché de Goderich, "il ne me reste rien".

"Depuis l'arrivée massive de ces chalutiers dans les années 1980, les quantités ne font que diminuer", renchérit Momoh Bangura, pêcheur depuis 50 ans, en citant les zones où les poissons étaient abondants et où il n'y a "plus rien".

Un responsable de la marine sierra-léonaise, Philip Juana, a indiqué à l'AFP que cette première interdiction constituait un "test", suggérant que d'autres, plus longues, pourraient suivre. Il a invité les pêcheurs locaux à pallier le manque de moyens de surveillance des autorités en signalant toute activité suspecte.

Mais Paul Jackson, qui jette ses filets depuis plus de 25 ans, affirme avoir trouvé porte close au ministère de la Pêche lorsqu'il a voulu dénoncer la présence de navires chinois en activité malgré l'interdiction.

Selon Ian Ralby, expert maritime auprès de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), au manque de moyens de surveillance s'ajoutent la corruption, endémique dans le pays, ainsi que la faiblesse des amendes pour les contrevenants.

Sollicité à plusieurs reprises, le ministère de la Pêche n'a pas donné suite aux demandes d'interview de l'AFP.

La pêche illégale représente environ 30% des prises des flottes de pêche industrielle étrangères en Sierra Leone, selon une étude publiée en 2017 par sept institutions et organismes de recherche, dont le projet "Sea Around Us" de l'Université de Colombie-Britannique (Canada).

AFP

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