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Côte d'Ivoire - Comment faire payer les responsables du scandale du Probo Koala

Un rapport accablant d’Amnesty International et de Greenpeace dénonce, entre autres, plusieurs disfonctionnements d’ordre légal qui ont conduit la multinationale Trafigura à échapper à de lourdes sanctions pénales, 6 ans après la catastrophe d’Abidjan en aout 2006.

Le déversement de déchets toxiques depuis le cargo Probo Koala avait alors engendré de graves conséquences sanitaires: 15 personnes sont mortes selon les autorités, et 100.000 personnes ont dû être soignées.

«Criminalité d’entreprise», «atteintes aux droits humains»: les mots utilisés par les ONG pour ouvrir le rapport intitulé Une vérité toxique sont forts. Après trois ans d’enquête, Amnesty International et Greenpeace mettent en cause les responsabilités de différents acteurs dans la catastrophe d’Abidjan.

«Les habitants d’Abidjan ont été trahis non seulement par leur propre gouvernement mais aussi par les gouvernements d’Europe qui n’ont pas appliqué le droit en vigueur dans leur pays. Les victimes attendent toujours que justice leur soit rendue» a ainsi déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International sur le site de l’organisation.

Les ONG reprochent tout d’abord aux Etats européens concernés d’avoir été «incapables d’interrompre le voyage du Probo Koala et de sa cargaison toxique vers Abidjan», indique le site d’Amnesty International, et au géant pétrolier d’avoir déversé des déchets toxiques dans des lieux inadéquats au mépris des normes de sécurité et de la santé des populations.

Plus lourdes encore sont les accusations d’Amnesty International et de Greenpeace qui visent directement les autorités ivoiriennes.

Le rapport met ainsi en cause la «responsabilité de la Côte d’Ivoire, coupable de ne pas avoir empêché le déversement des déchets».

Il doute du caractère légal du système d’indemnisation des victimes élaboré conjointement par Trafigura et Abidjan. Selon Amnesty International, celui-ci aurait permis à la multinationale d’échapper à des poursuites judiciaires. Adama Bictogo, ministre ivoirien de l’Intégration africaine, avait en outre été limogé en mai 2012 «en raison de son rôle présumé dans le détournement d’une partie de l’indemnisation», comme indique le rapport.

Amnesty International et Greenpeace espèrent profiter de la publication de leur rapport pour obtenir gain de cause: l’ouverture d’une enquête pénale au Royaume-Uni concernant le rôle de Trafigura, et le paiement intégral des indemnisations par la Côte d’Ivoire aux victimes.

«Il n’est pas trop tard pour que justice soit rendue (…) Ce n’est qu’alors que nous pourrons espérer que ce type de désastre ne se reproduise plus»  a conclu Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace International, relayé par le site web Terraeco

Lu sur Amnesty International, Greenpeace, Terraeco

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