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La folle épopée de l'équipe du FLN,

"Neuf footballeurs algériens disparaissent": le mardi 15 avril 1958, le journal L'Equipe fait sa Une sur la secrète "évasion" de vedettes du championnat de France, comme Rachid Mekhloufi et Mustapha Zitouni, qui s'envolent pour former l'équipe du FLN et défendre balle au pied l'indépendance algérienne.

Leur départ - un choc pour l'opinion publique française - et leur aventure sportive jusqu'à l'indépendance sont le temps fort de l'exposition "Foot et monde arabe, la révolution du ballon rond", organisée à Paris (10 avril-21 juillet à l'Institut du monde arabe).

Le mouvement de libération algérien "avait besoin de représentants de la nouvelle génération. Nous étions des joueurs de 25 ans en plein boom. Nous étions des VRP, le football algérien c'était politique ! On a représenté le pays dignement", sourit Dahmane Defnoun, 82 ans et les yeux qui pétillent devant les nombreuses archives exposées.

Au total, une trentaine de joueurs professionnels - les "fellaghas" du football comme les surnomme Paris Match - quittent la France entre 1958 et 1960 en quatre vagues, pour rejoindre Tunis où cette équipe du Front de libération nationale (FLN) s'est installée.

En catimini, leurs périples sont dignes de romans policiers. Refoulés une première fois, Jeanne et Saïd Hadad, l'un des joueurs-entraîneurs de l'équipe, retentent leur chance en décapotable Peugeot à la frontière italienne, prétextant un voyage de noces.

- "Circulez" -

"Le douanier allait prendre le téléphone pour appeler la DST. Finalement, il raccroche et il dit: +Monsieur Hadad, je ne vous ai pas vu, circulez, dégagez!+ On est parti comme ça à l'aventure, on ne savait pas où aller, il fallait chercher le réseau", se souvient Jeanne, très émue.

A Rome, le couple finit par rejoindre des membres du gouvernement provisoire algérien à l'ambassade de Tunisie, puis trouvera le moyen de gagner Tunis.

Pendant que la guerre fait rage en Algérie, la sélection, non reconnue par la Fifa, s'envole pour des tournées dans des pays soutenant sa cause: satellites de l'Union soviétique, Nord-Vietnam, Chine, Irak... Entre deux matches, l'équipe, véritable outil de propagande du FLN, est reçue par les officiels.

"C'est une des premières fois que le drapeau algérien qui était interdit se lève sur les stades de foot, c'est l'un des plus grands exemples de politisation du sport", souligne l'historien Stanislas Frenkiel, auteur d'une thèse sur le sujet.

"Il ne faut pas oublier que le FLN était considéré comme une organisation terroriste. Dans le mouvement sportif, il y a une vague de stupéfaction. La Ligue de football et la Fédération française vont très vite s'organiser pour suspendre les contrats des joueurs", poursuit-il.

A Saint-Etienne, le départ de l'attaquant vedette Rachid Mekhloufi, international français, provoque la sidération. Le club de Monaco perd quant à lui cinq joueurs dont le défenseur Mustapha Zitouni, lui aussi prometteur talent des Bleus, qui disputeront sans eux la Coupe du monde 58, terminée à la 3e place.

- "Allez on fonce" -

"Des coéquipiers qui avaient une certaine notoriété ont compris le geste que nous faisions, c'était un geste d'au revoir, parce que beaucoup, dès le lendemain de l'indépendance, sont revenus en France", raconte à l'AFP l'ancien de Béziers et des Girondins Saïd Amara, canne au poing et veste élégante.

"Dans l'équipe du FLN, à peu près un joueur sur deux était marié à une Française. Ce n'était pas du tout une haine de la France, mais un rejet et une haine de l'oppression coloniale", estime l'historien Stanislas Frenkiel. Une fois l'indépendance acquise, en 1962, "un joueur comme Mekhloufi reviendra à Saint-Etienne, après un passage au Servette de Genève".

Le chercheur insiste auprès de l'AFP sur le "courage exceptionnel de leurs épouses. Souvent, elles s'étaient déjà brouillées avec leurs familles car elles épousaient un footballeur algérien et musulman. Puis elles ont tout quitté, à 20 ans".

"Ca nous a chamboulés, j'ai laissé mes parents... Et se dire bon Dieu, on fait un truc bien, allez on fonce, on y va, on ne cherche pas à comprendre, on s'en va", se souvient Jeanne Hadad, la gorge serrée.

"C'était beau ce qu'on a montré aux pays de l'Est qui ne savaient même pas situer l'Algérie. On a représenté un pays, un peuple. Quand ils les ont vus jouer... Ils ont fait des cartons là-bas à Moscou, à Prague, partout, partout!".

Outre l'exposition, une bande dessinée retrace cette aventure: "Un maillot pour l'Algérie" (Aire Libre, Dupuis).

AFP

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