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Célébration des 50 ans du jour de la police en Algérie, Alger, 22 juillet 2012. REUTERS/Louafi Larbi
Célébration des 50 ans du jour de la police en Algérie, Alger, 22 juillet 2012. REUTERS/Louafi Larbi

Les Algériens résistent bien à la provoc

Le film «Innocence des musulmans» a eu du mal à les faire sortir dans la rue. Ce sera pareil avec Charlie Hebdo, a priori.

Résister à la provocation. C’est le mot d’ordre lancé depuis plus d’une semaine sur la blogosphère algérienne.

Le film «Innocence des musulmans», qui a soulevé des révoltes violentes dans les pays musulmans, a déjà eu du mal à faire sortir les Algériens dans la rue. On parlait déjà, de l’exception algérienne.

Avec la dernière sortie du journal satirique français, Charlie hebdo, qui n’en est pas à sa première attaque contre le prophète Mohamed, le même appel est lancé. Ils s’enflamment sur la toile mais pas question pour autant de gagner la rue.

Les Algériens semblent décidés à ne pas tomber dans le piège de la provocation.

«Un conseil à toute la communauté musulmane; ne soyons pas vulnérables, laissons les dire ce qu’ils pensent (ou ce qu’ils ne pensent même pas peut être). Laissons les critiquer; la critique a toujours été la puissance des impuissants, et les ignorer ne fera que les frustrer encore plus» commente, Yacine Racimus, un internaute algérien.

«Ne tombons pas dans le piège, ignorons les!» réclame un autre. Zaki Derouiche, autre internaute, insiste également:

«Une bonne réaction des musulmans? Pas de réaction ! Imaginez que personne ne manifeste, personne ne conteste, personne ne tue, ça les amusera beaucoup moins».

Les Algériens seraient-ils des musulmans moins survoltés? Peut être bien, mais on attendra vendredi pour en être bien sûr.

Vendredi d’adoration, vendredi de colère!

Vendredi, journée de prière et d’adoration pour les musulmans. Rendez-vous incontournable de colère contre l’islamophobie aussi.

A Alger, très peu de musulmans ont gagné la rue vendredi 14 septembre pour s’indigner contre le film «L'innocence des musulmans». A peine une soixantaine d’islamistes dans la rue après la précieuse prière du vendredi, très vite dispersée par les services de sécurité.

J- 3 du Vendredi 21 septembre. Seront-t-ils plus nombreux à réagir cette fois à la provocation du journal satirique français? A priori non. Et ce pour plusieurs raisons.

  • Les services de sécurité ne badinent pas avec l’islamisme de rue

Connus pour leur efficacité presque «machiavélique» contre toute tentative d’atteinte à l’ordre public, les services de sécurité algériens ne lésinent pas sur les grands moyens. Présence dissuasive dans les rues d’Alger, autour des ambassades occidentales et plus particulièrement celle des Etats-Unis. Mais aussi, autour des mosquées. Les services de sécurité sont à pied d’œuvre à Alger et c’est visible. Ils semblent bien décidés à empêcher toute action de rue.

  • Les blessures de la décennie noire encore ouvertes

Ils ont le sang chaud et s’énervent généralement très facilement quand ils se sentent touchés dans leur dignité mais les Algériens ont appris à contenir leurs colères.

Le spectre de la décennie noire du terrorisme, des égorgements, des faux barrages, des attentats et des violences barbares de l’islamisme armé plane encore en Algérie. La décennie noire avait justement fait suite au soulèvement populaire du 5 octobre 1988 qui a vu le pays plonger dans le sang. 200.000 morts et 20.000 disparus. La peur reste de mise.

Depuis, la rue algérienne résiste à tout soulèvement, surtout lorsqu’il porte les couleurs de l’Islam.

  • Le succès des thèses conspirationnistes

Main de l’étranger, théories du complot, thèses conspirationnistes, les Algériens en sont friands.

«La manipulation occidentale» revient souvent dans les discours officiels mais est aussi très bien ancrée dans l’imaginaire collectif. Ce qui encourage beaucoup d’Algériens à la retenue, au silence, voir même à l’indifférence (plutôt à feindre l’indifférence). Un autre commentaire d’un intérnaute algérien pour l’illustrer:

«Ils nous provoquent pour prouver au monde entier que nous sommes des sanguinaires sous-développés, ignorons-les pour mieux les combattre et cessons de diffuser leur propagande diffamatoire».

La retenue est bel et bien de mise.

Fella Bouredji


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Fella Bouredji

Critique littéraire et journaliste au quotidien algérien El Watan

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