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Presse ivoirienne pro Gbagbo à Abidjan, le 14 mars 2011. REUTERS
Presse ivoirienne pro Gbagbo à Abidjan, le 14 mars 2011. REUTERS

Pourquoi il faut épargner la presse pro-Gbagbo

Pour sortir de la crise, le régime d'Alassane Ouattara doit accepter que des opinions opposées aux siennes puissent s'exprimer. Il a eu raison d'autoriser à nouveau les organes de presse favorables à l'ex-président.

Les journaux pro-Gbagbo, suspendus de parution le 12 septembre pour une durée d’une à deux semaines par le Conseil national de la presse (CNP), sont de nouveau dans les kiosques.

La mesure a été levée provisoirement le 17 septembre 2012 par cette même instance. Et ce, grâce à des médiations menées par le Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (patronat) et la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR).

On peut donc dire que le pouvoir d'Alassane Ouattara a assuré le coup et ces journaux ne devraient plus continuer à ruer dans les brancards.

En tout cas, on peut d’ores et déjà saluer cette décision. Il est certain que la suspension des journaux pour une longue période dans une Côte d’Ivoire qui est en train de faire sa mue, ne fait pas bonne presse.

Et si le régime en place l’a compris ainsi, tant mieux. Maintenant qu’il s’est montré plus large et plus ouvert, il est important que chacun des deux camps (les pro-Gbagbo et le pouvoir), sache raison garder.

Chacun doit mettre de l’eau dans son vin

Il y a nécessité pour chacun de mettre de l’eau dans son vin. Autant le pouvoir doit éviter d’avoir la main lourde, autant les journaux proches de Laurent Gbagbo doivent se ressaisir.

C’est vrai que lorsque l’on perd son mentor, il est difficile de se faire rapidement une raison. Mais l’on ne peut pas ainsi continuer à nier éternellement la réalité. Gbagbo n’est plus au pouvoir!

C’est Alassane qui tient les rênes de la Côte d’Ivoire que cela plaise ou non aux pro-Gbagbo, ils doivent accepter cette évidence. Tant que les journaux «bleus», comme on les appelle, à raison ou à tort, ne reconnaîtront pas l’autorité de Alassane Ouattara, il leur sera difficile voire impossible de travailler.

C’est un secret de polichinelle, les relations actuelles entre le pouvoir et les journaux pro-Gbagbo sont très conflictuelles.

Or, le contexte actuel de crise postélectorale recommande que les différents acteurs qui animent la vie politique ivoirienne fassent preuve de discernement. Cela afin d’éviter que le processus de réconciliation en cours dans le pays ne soit vain, mais permette aux Ivoiriens de se regarder en face et de faire chemin commun pour l’intérêt supérieur de la nation.

Et sur ce plan, l’apport de la presse est hautement important.

Certes, la liberté de la presse est fondamentale mais elle ne doit pas amener le journaliste à oublier l’éthique et la déontologie de sa profession.

En finir avec la justice des vainqueurs

En vérité, parmi les six journaux qui étaient sous les sanctions de la CNP, certains y sont allés fort. Toutefois, il convient de faire remarquer que les journaux pro-Ouattara ne sont pas aussi clean.

Il y en a qui ont la dent dure à l’endroit de l’ancien régime si bien que l’on se demande s’ils font mieux que les autres. A dire vrai, les journaux partisans gagneraient à emprunter le chemin de Damas.

La nouvelle Côte d’Ivoire a besoin de médecins pour l’assister dans sa convalescence et non d’hommes qui tirent sur les ambulances et les corbillards.

Et si la suspension des sanctions contre les journaux pro-Gbagbo vise à leur enseigner cette leçon, il faut s’en réjouir.

Tout compte fait, elle permet au pouvoir d’éviter d’être accusé de pratiquer la justice des vainqueurs ou de confisquer la liberté d’expression.

A coup sûr, cette levée provisoire de suspension de parution offre l’occasion à ces journaux d’exister de nouveau et de pouvoir apporter leur pierre à l’édification de la Côte d’Ivoire.

En somme, tout le monde y gagne.

Dabadi ZOUMBARA (Le Pays)

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