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Johnny Hallyday embarquant dans un jet privé, aéroport du Bourget, décembre 2011. ©	REUTERS/Benoit Tessier
Johnny Hallyday embarquant dans un jet privé, aéroport du Bourget, décembre 2011. © REUTERS/Benoit Tessier

Johnny Hallyday, si tu dois venir en Afrique, c'est maintenant!

La star française Johnny Hallyday a déclaré, il y a peu, qu'il aimerait bien se produire en Afrique. Ses nombreux fans africains l'attendent, avant qu'il ne soit trop tard...

Mise à jour du 3 novembre 2012: Le chirurgien Stéphane Delajoux a remporté, le 2 novembre, les procédures en diffamation qu’il avait intentées contre Jean-Claude Camus, le producteur de Johnny Hallyday. Le producteur avait notamment qualifié de «massacre» une opération pratiquée fin 2009 sur le chanteur. Il a été condamné à une amende de 7.000 euros et à 7.500 euros de dommages et intérêts. Dans un interview au quotidien Le Parisien, le docteur Delajoux s'est dit «très inquiet» pour Johnny Hallyday.

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C’est tellement courant d’entendre de jeunes Canadiens penser que le Gabon est une ville africaine, et le Kenya un Etat africain comme l’Oregon est un Etat américain.

Suivant une légende qui fait fureur ici au Cameroun, Paris Hilton aurait déclaré dans un talk show américain avoir visité deux pays africains: l’Afrique du Sud et... l’Afrique du Nord.

Diantre! Son tour du monde de l’Afrique sera bouclé quand elle aura fait la «Centrafrique», elle s’y résoudra bien un jour la belle héritière.

L’Afrique? Même pas peur: ce continent est peut-être noir comme tous les diables de l’enfer, mais il n’a qu’une seule corne!

Les Africains sont souvent présentés (par eux-mêmes) comme ayant une meilleure connaissance de la géographie mondiale. Ce qui n’est pas totalement faux.

La preuve, Jean-Paul Pougala, un fort en thème camerounais, nous distrait en ce moment avec une opinion iconoclaste tendant à démontrer que l’Afrique doit figurer au nord de nos mappemondes, apparaître au-dessus des autres continents sur les planisphères.

Selon lui, ce changement de perspective, cette guerre contre les théories cartographiques en vigueur, amorcerait le développement de l’Afrique.

Si l’on se souvient des errements de la Géographie de Ptolémée, si l’on note que les chrétiens, au Moyen-Âge, faisaient figurer Jérusalem au centre du monde, suivant en cela les Saintes Ecritures, la théorie de Jean-Paul Pougala n'a pas l'air si absurde.

Reste que si l’on adhère à la pensée de l’excentrique savant camerounais, Ushuaia perdra bientôt sa place de ville la plus australe du monde et l’Afrique du Sud sera bientôt en Afrique du Nord, de quoi donner le tournis à la pauvre (façon de parler) Paris Hilton!

Qu'à cela ne tienne! Et pour parler maintenant de Johnny Hallyday, on apprenait récemment qu’il s’était fait hospitaliser dans les îles, dans la terre des Joseph Zobel, Maran, et autres Patrick Chamoiseau.

Par association d’idées, on aurait pu croire Johnny en Afrique. C’est en déchantant que l’on apprenait ceci des empêcheurs de penser en rond: si les Antillais en question sont des Africains, ces Antilles elles ne sont pas africaines, mais bien françaises.

— Quelle bêtise quand même de situer la Martinique en Afrique.

— Est-ce plus intelligent de la situer en France?

— Techniquement, elle est surtout américaine. C’est une propriété territoriale ultramarine. C’est-à-dire qu’elle est située loin de la métropole, mais reste une possession française…

— Si la Martinique n’est pas africaine, alors Césaire, le chantre de la négritude, n’était pas africain. C’est mathématique!

— Il l'était. Africain, ça n’est pas une nationalité, ça n’est pas seulement un continent ni une teinte de l’épiderme. C’est aussi un feeling, comme dirait la flamboyante Calixthe Beyala.

Non, l'Afrique du Nord n'est pas un pays 

Quand la chanteuse Diams passait au Cameroun, il y a quelques années, c’était en coup de vent, c’est en playback qu’elle se produisait, enfin presque. Elle avait, à Yaoundé, la capitale, donné le concert le plus long de l’histoire: six minutes montre en main. Et encore, il fallait y inclure tous les blablas.

Si Johnny Hallyday, qui est d’une tout autre dimension se rendait en Afrique, ce serait pour faire de l’humanitaire. Le problème, c'est que l’Afrique a de moins en moins besoin d’humanitaire.

De nombreux pays africains seraient honorés de recevoir en leur sol l’interprète de «Oh Marie, si tu savais». Il est vrai, la plupart d’entre eux, même s’ils sont des paradis fiscaux, n’ont pas les moyens de se rendre aussi désirables que la Suisse.

En réalité, si on ne s’appelle pas Afrique du Sud ou Afrique du Nord, c’est carrément une préparation olympique qu’il faut pour accueillir l’immense star française, soit quatre ans au moins: sécurité, rénovation des stades, calendrier des politiques, coordination des commanditaires, communication, etc.

Le chef de l’Etat, les grandes entreprises françaises et les autres, tous se précipiteront pour profiter des retombées médiatiques, si Johnny acceptait de venir adoucir nos mœurs  avec sa musique.

Comment lui donner envie, «envie d’avoir envie»?

Ce qu’il faudrait dire à Johnny Hallyday, c’est que ses fans se satisferont de sa seule présence. S’ils peuvent le toucher, le voir, l’entendre faire un a cappella, il aura déjà mieux fait que six heures de Moussier Tombola (Y’a bon corde à sauter-é-é-é) et autres Colonel Reyel (En Afrique un colonel, ça fait des putschs ou ça ferme sa gueule).

Johnny Hallyday, ce sont cinq décennies de succès, un monument inoxydable de la chanson française (et par la suite francophone), on veut le voir allumer le feu dans nos stades, on veut entendre une vraie star.

Y en a marre des chanteurs éphémères, un petit tube et puis s’en va. Avis aux politiques africains: à défaut des présidents français qui boudent nos pays auxquels la France doit tant, il existe des icônes. On ne perdrait pas au change.

Génération yé-yé, génération olé-olé

Dans les mariages, on les reconnaît facilement à leurs chemises à carreaux, leurs pantalons à pattes d’éléphant, leurs bottes de cuir, ou leurs rhumatismes qui s’estompent, sitôt que le rythme binaire et syncopé d’un twist s’ébranle.

Ils sont tellement mignons nos papys quand ils dansent sur Johnny et surprennent nos mémés avec des coups de reins venus d’ailleurs.

De Johnny Hallyday, ceux qui avaient 20 ans dans la fin des années 60 ne retiennent que les débuts. Ils n’ont pas vu le temps passer, alors les duos commerciaux de Johnny, ils n’appellent pas cela de la musique, ce sont justement des duos commerciaux. Le Johnny qu’ils aiment est celui qui les faisait draguer.

Anne-Marie Tiani est une quinquagénaire très sérieuse, on la dirait inaccessible aux tentations du monde, c’est une femme bardée de diplômes et de convictions morales. Elle voudrait refaire le Cameroun à coups de chicotte, tellement «les gens sont corrompus».

Anne-Marie s’occupe d’environnement dans une ONG. Mais ne lui demandez pas si elle tweete, elle pourrait se méprendre et vous répondre que «oui, j’adore twister».

Sous des dehors convenus, et son élégance austère, se cache en effet une inconditionnelle de Johnny, le vrai Johnny s’entend, l’icône absolue de ceux qui ont aujourd’hui «entre 55 et 80 ans».

Il n’en reste pas beaucoup alors, dans un pays ou l’espérance de vie n’a jamais atteint les sommets.  

«Il n’empêche, s’il venait j’emmènerais tout Bafang (une ville de l'ouest du Cameroun, Ndlr) à son concert. Il nous a toutes fait rêver que ce soit avec souvenirs souvenirs, Noir c’est noir, qui avait pour nous une signification spéciale qui avait sans doute échappé à son auteur ou Le pénitencier par exemple.»


Lors du dernier festival d'été de Québec (5-12 juillet 2012), Johnny Hallyday a déclaré qu’un concert en Afrique, ça n’était pas impossible:  

«Oui, j’aimerais jouer en Afrique.»

Apres 50 ans de carrière, a-t-il encore des désirs qui ne puissent devenir des réalités, à la seconde de leur formulation? L’Afrique aimerait vous voir jouer, Johnny.

Mais alors que ce soit vraiment au cœur de cette Afrique-là, quand on a goûté un peu d’Afrique du Sud et un peu d’Afrique du Nord, on n’a encore rien savouré de l’Afrique.

Avec une belle paire de lunettes d’un bon opticien et un planisphère qui ne serait pas offert par Jean-Paul Pougala, il devrait pouvoir retrouver cette Afrique.

Eric Essono Tsimi (Dramaturge camerounais)


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Eric Essono Tsimi est un dramaturge camerounais. Il est l'auteur de l'ouvrage Le jeu de la Vengeance (éd.Sopecam, 2004), et publie régulièrement des tribunes dans les quotidiens Mutations et Le Messager au Cameroun.

Ses derniers articles: Opération Serval: une néocolonisation choisie  Centrafrique: Biya snobe Bozizé  Depardieu, au Cameroun, les riches sont des dieux! 

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