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Un soldat mauritanien patrouille dans le désert près de la frontière avec le Mali, 22 mai 2012. REUTERS/Joe Penney
Un soldat mauritanien patrouille dans le désert près de la frontière avec le Mali, 22 mai 2012. REUTERS/Joe Penney

Mauritanie: Aqmi, une menace directe pour la France

Un attentat vient d’être déjoué à l’ambassade de France à Nouakchott.

Un attentat vient d’être déjoué à l’ambassade de France à Nouakchott. Paris, qui soupçonne Aqmi, craint désormais d’autres attaques, y compris sur le sol français. Et le danger que représentent les islamistes sahéliens est désormais pris très au sérieux.

L'ambassade de France à Nouakchott (Mauritanie) était visée par un attentat. «La menace a été neutralisée à un stade avancé», affirme une source sécuritaire française, sans révéler les détails de l’attaque. Et Aqmi, qui détient toujours six otages français, «fait peser une menace directe et immédiate sur les intérêts diplomatiques et économiques français dans la région», ajoute cette même source.

Le discours a changé. Finis les palabres, orchestrés par Blaise Compaoré, le président burkinabé, qui, depuis des mois, ne débouchaient sur rien. A l’Elysée, on a pris conscience du danger Aqmi, qui fait désormais partie des dossiers prioritaires du président. On n’exclut plus que l’organisation terroriste frappe un jour sur le sol français, via les réseaux maliens très implantés dans l’Hexagone.

C’est pourquoi, on entend siffler, le plus vite possible, la fin de la récréation en anéantissant militairement les islamistes sahéliens. Mais, comment s’y prendre sans froisser les susceptibilités des uns et des autres. C’est là que les choses se compliquent.

Aqmi, un vrai danger

Aqmi, et ses satellites Ansar Dine et Mujao, ne représentent que quelques centaines de combattants bien armés dont les rangs grossissent au fil des semaines. Les prises de Tombouctou et Gao ont été réussies avec une centaine de djihadistes décidés, face à une armée malienne qui avait pris la poudre d’escampette. On estime qu’au départ de leur aventure, ils n’étaient qu’une quarantaine.

Les services de renseignements français notent avec inquiétude que le groupe terroriste a établi des connections avec les Nigérians de Boko Haram, mais aussi avec des Toubous tchadiens, des Somaliens, des Libyens. Le commando de Benghazi qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain, comptait dans ses rangs plusieurs Maliens.

On relève aussi plusieurs déplacements suspects dans la région contrôlée par Aqmi d’individus venus du Sénégal, du Burkina Faso et même du nord de la Côte d’Ivoire. Les «fous de Dieu» étendent donc leur zone d’influence et tissent leur toile.

Ils possèdent probablement des missiles sol air venus de l’ex-armée libyenne mais il n’est pas sûr qu’ils disposent de la formation et de la technique pour se servir de ce matériel très sophistiqué. Ils sont ravitaillés en carburant et en nourriture par des circuits venant du nord du Sahara et empruntant en grande partie des routes algériennes.

Un large soutien diplomatique

Pour neutraliser cette menace, la France s’emploie à obtenir un large soutien diplomatique et à mettre sur pied une force militaire interafricaine à laquelle elle apportera un appui logistique. Le conseil de sécurité de l’ONU a déjà voté la résolution 20/56 qui permet l’usage de la force. Il se réunira de nouveau le 26 septembre pour adopter des mesures plus contraignantes.

Ban Ki Moon, le secrétaire général, pourrait à l’issue de cette séance, désigner un représentant spécial, chargé de la question sahélienne. Comme la France et aussi comme la Grande-Bretagne qui s’implique de plus en plus dans le dossier, craignant une déstabilisation de toute l’Afrique de l’Ouest et de pays où elle a rétablit la paix à grand frais comme la Sierra Leone.

La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), dont les ministres des Affaires étrangères se sont réunis le 17 septembre à Abidjan, se mobilise également mais elle peine à mettre sur pied une force crédible et efficace. A Paris, on compte surtout sur l’apport de soldats mauritaniens et tchadiens, plus aguerris aux combats du désert. 

«Tout cela ne sera pas opérationnel avant six mois», note un diplomate. Avant, il faudra vaincre certaines réticences, en premier lieu, celles du Mali et de l’Algérie.

Le Mali, dont l’armée est en lambeaux après le coup d’état du capitaine Sanogo, ne veut toujours pas de la présence de soldats de la Cédéao sur son territoire, mais son président Dioucounda Traoré, vient, dans une lettre à Ban Ki Moon, de se rallier à l’idée d’une intervention militaire dans le nord aux mains d’Aqmi, qui permettrait, en cas de réussite, de réunifier son pays.

L’attitude de l’Algérie est plus énigmatique. Le pays semble traversé par des courants contradictoires. Les uns étant prêt à se rallier à une lutte contre le terrorisme islamiste qu’ils combattent férocement à l’intérieur de leurs frontières, les autres à pactiser avec le diable à condition que celui-ci aille jouer dans la cour des voisins.

Dans cette partie, la France risque gros, mais la menace grandit si vite qu’elle n’a plus d’autre choix qu’une action militaire encadrée par l’ONU.

Philippe Duval

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Philippe Duval

Philippe Duval. Journaliste français, spécialiste de l'Afrique. Auteur de Côte d’Ivoire, chroniques de guerre (Harmattan, 2012).

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