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Maroc - La justice a les moyens de vous faire parler

La justice marocaine extorque-t-elle des aveux sous la torture? C'est la question que pose l’organisation Human Rights Watch (HRW) dans un rapport cinglant.

Son objet: l’audience marathon du tribunal de Casablanca, qui a condamné le 12 septembre cinq activistes du mouvement pro-réforme du 20-Février et une sixième personne. Les accusés, des militants d'opposition, écopent de peines allant jusqu’à dix mois de prison ferme, rapporte Human Rights Watch (HRW).

Les policiers les avaient arrêtés le 22 juillet dernier lors de la dispersion d'une manifestation à Casablanca, avant de les mettre dans un fourgon et les jeter en prison.

Leïla Nassimi, une militante du mouvement du 20-Février qui fait partie des inculpés, témoigne:

«Dans le poste, ils ne m’ont pas battue, mais j’ai vu ce qu’ils faisaient aux autres dans les couloirs, avant qu’ils ne nous emmènent dans des bureaux différents: ils les giflaient, leur baissaient le pantalon, les obligeaient à crier "Vive le roi"!», (référence à l'un des slogans du mouvement du 20-Février «Vive le peuple»). S’ils refusaient , ils les frappaient encore».

 Lors de l’audience du 25 juillet, «des blessures étaient visibles et les vêtements de certains accusés étaient déchirés et tachés de sang», ont déclaré à HRW deux de leurs avocats qui y ont assisté, Mohamed Messaoudi et Omar Benjelloun.

«Le tribunal a envoyé des manifestants en prison sur la base de
confessions qui pourraient avoir été obtenues sous la torture, tout en
refusant de convoquer les plaignants pour s’exprimer devant le
tribunal», a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division
Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Les inculpés clament d’ailleurs qu’ils ont été torturés pour signer de fausses confessions. Celles-ci constituent la seule preuve contre eux. Ils ont décidé de faire appel.

«Le Maroc ne pourra garantir des procès équitables que lorsque les tribunaux
enquêteront sérieusement sur les allégations de confessions forcées et
refuseront de prendre en compte, comme preuve, toute confession
obtenue de façon irrégulière par la police», avertit HRW. 

Un juge a l’interdiction d’admettre comme preuve toute déclaration obtenue par la violence ou la contrainte, selon l’article 293 du code de procédure pénale marocain.

Lu sur Human Rights Watch

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