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Des militants du groupe armé islamiste Mujao dans le Nord-Mali le 10 septembre 2012. REUTERS
Des militants du groupe armé islamiste Mujao dans le Nord-Mali le 10 septembre 2012. REUTERS

Le Mali va-t-il tout simplement mourir de sa plus belle mort?

Les pays ouest-africains semblent assister, impuissants, à l'effritement de l'Etat malien. Pourtant, s'il faut agir, c'est maintenant.

Mise à jour du 22 septembre 2012: Le président malien Dioncounda Traoré a proposé le 21 "le dialogue" et "la négociation" aux groupes armés islamistes qui occupent tout le Nord du Mali, tout en appelant les Maliens à "l'union sacrée" autour de leur armée" pour faire la guerre s'il n'y avait "plus d'autre choix".

"Puisque nous la préparons, nous ferons la guerre s'il ne nous reste plus d'autre choix (...) Mais nous réaffirmons ici que notre premier choix reste le dialogue et la négociation. Notre deuxième choix reste le dialogue et la négociation. Notre troisième choix demeure le dialogue et la négociation", a insisté M. Traoré, dans un "message à la Nation" diffusé à la télévision.

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A Aguelhock, localité du Nord-Mali —devenue tristement célèbre depuis que des insurgés y ont égorgé près de 70 soldats— un couple a été lapidé à mort, sous le prétexte qu'il n’était pas marié.

Suprême raffinement dans la barbarie, les habitants du village ont été conviés à assister à l’effroyable supplice des malheureux.

Auparavant, les nouveaux maîtres de Tombouctou avaient détruit plusieurs tombeaux de saints dans cette ville qui s’enorgueillissait d’être justement la «cité des 333 saints».

Bienvenue en Africanistan!

En Somalie, un célèbre humoriste n’a pu échapper aux balles d’extrémistes religieux qui ne supportaient pas ses saillies.

Au Nigeria, on ne compte plus les attaques perpétrées contre des églises par les partisans de la très violente secte islamiste Boko Haram.

Dans ces pays, à quelques semaines d’intervalle seulement, des fanatiques, Torquemada (inquisiteur espagnol) des temps modernes, au nom d’une idéologie aussi meurtrière que mortifère, ont donné de l’islam une image aussi fausse que détestable.

Disons-le tout net: le voile de terreur qui s’est abattu sur le Nord-Mali fait planer une des plus grandes menaces auxquelles la sous-région fait face.

Aqmi et ses faux nez que sont Ansar Dine et le Mujao, qui ont fini de transformer le septentrion malien en «Africanistan», constituent un formidable défi sécuritaire pour nos Etats.

A ce sujet, l’incroyable effondrement de l’Etat malien, que personne n’avait pu sérieusement prévoir, interpelle tous les dirigeants africains, avec au premier chef le Sénégal.

Ce pays est paré de toutes les vertus démocratiques avec deux alternances pacifiques considérées comme de véritables «success story». Mais il aurait tort de considérer que ces acquis incontestables l’ont définitivement mis à l’abri d’une  régression.

Le Mali, avec lequel nous avons partagé une communauté de destin dans le cadre d’une fédération, est devenu l’exemple caricatural et terrifiant d’un Etat «normal» en apparence, qui s’affaisse du jour au lendemain comme un château de cartes.

Dès lors, il nous semble évident que l’alternance pacifique au pouvoir et la tenue régulière d’élections libres et transparentes, comme c’était le cas au Mali depuis la chute du général Moussa Traoré (président de 1968 à 1991), ne peuvent plus continuer à elles seules d’être des baromètres fiables pour la «bonne santé démocratique» d’un Etat.

Politique africaine de la France

Beaucoup d’observateurs savaient qu’au Mali, le ver était depuis longtemps dans le fruit. Mais la communauté internationale, la France en tête, toute heureuse d’avoir «un bon élève» à donner en exemple, dans un environnement sous-régional majoritairement composé de «cancres» en matière de gouvernance, a préféré appliquer la politique de l’autruche.

La sortie au vitriol de Laurent Bigot, fonctionnaire du Quai d’Orsay, disant après la chute d’Amadou Toumani Touré que c’était un secret de polichinelle qu'au «Mali la corruption est jusqu’au palais présidentiel», et qui n’a pas hésité à prédire un prochain effondrement du Burkina Faso pour des causes similaires, en dit long sur les ambiguïtés de la fameuse et parfois fumeuse «politique africaine» de la France.

Plus grave, le laxisme avec lequel le président ATT a géré le problème touareg ainsi que la menace Aqmi avec son «industrie du rapt» d’Occidentaux dans le nord, sautait aux yeux.

A l'opposé des autorités du Niger qui ont toujours eu une politique de fermeté vis-à-vis de leurs irrédentistes, l’ancien président s’est contenté, dans le meilleur des cas, de «sous-traiter» la question touareg et d’abandonner le terrain aux jihadistes.

Le règne des saltimbanques

La vénalité et l’arrogance des élites dirigeantes, le pillage éhonté et systématique des maigres ressources publiques, le délitement des institutions, le dénuement voire la clochardisation de l’armée constituent à terme une bombe à fragmentation.

Ce qui fait que, à chaque fois, en Afrique, un condottiere déterminé peut ramasser le pouvoir dans la rue et changer le cours de l’histoire, souvent dans le mauvais sens.

C’est ce qui explique le «surgissement» tonitruant et parfois caricatural sur la scène politique d’officiers ou de sous-officiers, qui s’emparent sans coup férir d’un pouvoir sclérosé de toutes parts.

L’exemple type étant la Côte d’Ivoire où le coup d’Etat orchestré par le sergent chef Ibrahim Coulibaly alias «IB» et ses compagnons a plongé ce pays dans une décennie de chaos.

C’est le même cocktail détonnant qui a pu produire en Guinée le fantasque capitaine Moussa Dadis Camara ou son avatar malien, le capitaine Amadou Haya Sanogo.

Auparavant, dans les années 90 on assista au même phénomène avec les putschs perpétrés, là aussi, par des officiers subalternes, le lieutenant Yahya Jammeh en Gambie et le capitaine Valentine Strasser en Sierra Leone, pour ne citer que ceux-là.

A la place de la restructuration ou du redressement promis, ils ont plutôt contribué à semer le chaos et à avoir leur part d’un gâteau qui leur a paru longtemps inaccessible. En la matière, la Guinée-Bissau est devenue un cas d’école.

De ce fait, la lutte contre la corruption, la redistribution équitable des richesses, la refonte d’une véritable administration pourvoyeuse de services sociaux de base et la création de forces de sécurité véritablement républicaines constituent le meilleur barrage contre l’obscurantisme.

Barka Ba

 

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Barka Ba

Journaliste sénégalais, ancien directeur de la rédaction de l'Observateur, le plus lu des quotidiens dakarois. Dernier ouvrage publié: «Une pirogue pour Barça».

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