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Barack Obama et Michelle Obama, le 11 juillet 2009 à Accra REUTERS/Jason Reed
Barack Obama et Michelle Obama, le 11 juillet 2009 à Accra REUTERS/Jason Reed

Pourquoi Obama ne fait plus rêver les Africains

Obama a oublié le continent de son père au profit de l’Asie. Une immense déception à l’image du formidable espoir suscité par son élection. Pour qui votera alors l’Afrique le 6 novembre?

Faut-il tourner la page Obama, le premier président «Noir» des Etats-Unis, qui a oublié que son père venait du Kenya? Faut-il, insulte suprême, lui rappeler que Georges Bush le républicain avait davantage fait pour l’Afrique, en finançant massivement des programmes anti-sida?

Obama, c’est d’abord un malentendu. Si son père est Kényan, il a été élevé à Hawaï puis en Indonésie  par sa mère, une Américain blanche d’origine irlandaise. Il n’a donc pas grandi dans un milieu cultivant les racines africaines mais en Asie/Pacifique.

S’il est «Afro-Américain» au sens où un de ses ancêtres vient d’Afrique, il n’a pas la mémoire douloureuse des fers de l’esclavage.

On le voit l’attache affective entre Obama et l’Afrique de son père est des plus ténues.

Et l’Afrique au sud du Sahara a peut-être un peu trop rapidement cru que la couleur de peau faisait de Barack un frère… Avant d’être «Africain», Obama est d’abord et surtout «Américain» et l’origine de son père, qu’il a d’ailleurs très peu vu, a peu influé sur la politique étrangère de Washington.

Son élection en novembre 2008 a logiquement suscité l’immense espoir d’un monde plus juste après les guerres en Irak et en Afghanistan menées par George W. Bush (2001-2009). Et d’abord en Afrique, où de nombreux dirigeants l’ont chaleureusement félicité.

Un monde meilleur?

Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud et icône mondiale de la lutte anti-apartheid, lui avait même écrit que sa victoire démontre que « personne dans le monde ne devrait avoir peur de rêver de changer le monde pour le rendre meilleur ».

A-t-il vraiment rendu le monde meilleur, au moment où les massacres quotidiens en Syrie n’émeuvent même plus les opinions publiques, à l’heure où l’ambassadeur américain en Libye a sauvagement été assassiné par des islamistes ?

 Aujourd’hui, quel est le « bilan africain » d’Obama? Et surtout, qui comprend qu’il ne soit venu qu’une seule fois au sud du Sahara?

Sa visite au Ghana le 11 juillet 2009, avec un généreux discours sur l’Afrique, qui contrastait si fort avec le lamentable discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, ne saurait faire oublier tout le reste.

Qu’a fait Obama en Afrique? Il a aidé les forces franco-britanniques à déloger Kadhafi, a soutenu de loin les Français pour bouter hors du palais présidentiel le mauvais perdant Gbagbo.

Il a « couvé » le dernier-né de la grande famille africaine, le Soudan du Sud et soutenu la force africaine contre les Shebab en Somalie. Mais Mugabe est toujours au pouvoir, tout comme Omar el-Béchir.

Il a lancé la traque, avec l’aide d’Hollywood, contre le chef rebelle ougandais Joseph Kony. Mais ce dernier, probablement terré au Soudan, échappe toujours aux militaires américains partis à ses trousses.

C’est maigre pour un mandat à la tête de la première puissance mondiale. En Afrique, comme dans le reste du monde, le gentil Obama a refusé de jouer les « gros bras ».

Bon père de famille

Visiblement peu à l’aise pour endosser l’habit du « gendarme du monde », il a géré les affaires du monde en bon père de famille, sans faire de vague.  Ses détracteurs lui reprochent un manque flagrant de leadership, ses partisans mettent en avant son humanité et rappellent que Ben Laden a été éliminé sous son mandat.

Avec lui, l’Amérique est devenue moins arrogante. Mais a-t-elle gagné en popularité dans le monde musulman et en Afrique? Pas sûr.

Bien sûr, concernant l’Afrique, Obama a essayé de se rattraper. En août 2010, il a reçu à la Maison blanche plus d’une centaine de jeunes Africains pour discuter de leur « vision de l’Afrique pour les 50 ans à venir », critiquant implicitement la génération des indépendances.

En août 2009 et août 2012, il a envoyé la chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton en tournée sur le continent. Mais n’y est pas allé lui-même.

En juin 2011, c’est même sa propre épouse Michelle, accompagnée de leurs deux filles et plusieurs membres de la famille, qui ont accompli un pèlerinage sur le continent de leurs ancêtres. Mais sans Barack Obama.

Mme Obama tout comme Hillary Clinton ont répété inlassablement le même discours: l’Afrique doit se prendre en main.

Il est ahurissant que, ces dernières années,  l’Europe et les Etats-Unis aient délaissé l’Afrique au moment même où le continent émergeait sur la scène mondiale, avec une longue période de croissance économique. Et un poids démographique (un milliard d’habitants) qui en fait un acteur incontournable.

Réveil africain

Les négligences occidentales, qui n’ont pas perçu le « réveil africain », ont au moins profité à un pays: la Chine. Quand Washington, Paris, Londres, Berlin et Bruxelles s’en sont rendu compte, il était trop tard.

La place était prise: le commerce entre la Chine et l’Afrique est passé en 10 ans (de 2001 à 2011) de 20 à 120 milliards de dollars. Tout obnubilée par sa traque de Ben Laden, l’Amérique a laissé les Chinois faire main basse sur les matières premières africaines.

La «Chinafrique» est en marche avec son modèle contesté d’autoritarisme politique et de croissance économique. Elle a même un modèle, l’Angola. La «Chinafrique» rêve d’un grand bond en avant en ignorant superbement les critiques des organisations occidentales de défense des droits de l’Homme.

La dernière tournée en Afrique d’Hillary Clinton, qui pourrait un jour être tentée par la Maison blanche, visait notamment à contrer cet expansionnisme chinois.

Obama, comme les Bush avant lui, n’a pas vu venir en Afrique l’«ogre chinois». Les Américains, tout comme les Européens, n’ont pas anticipé non plus la menace croissante des «fous de Dieu» en Afrique.

Traumatisés par le 11 septembre 2001, obsédés par la traque de Ben laden, les Occidentaux ont négligé les islamistes africains, qui ont prospéré en toute quiétude.

Les Shebab somaliens, affaiblis, ont toujours une grande capacité de nuisance et tentent de faire plonger le Kenya dans la spirale des violences interreligieuses.

Dans le nord du Nigeria, les combattants de Boko Haram harcèlent l’armée et tous les symboles de l’Etat, et visent particulièrement la minorité chrétienne du Nord. Leur objectif: un Nord-Nigeria indépendant sous la coupe d’une charia pure et dure.

Et surtout dans le Sahel, les islamistes armés se sont considérablement renforcés avec l’effondrement de la Libye de Kadhafi. A l’exception de l’Algérie, tous les pays d’Afrique du Nord sont gouvernés par des islamistes, qui ont les plus grandes peines à contenir des salafistes de plus en plus envahissants et violents.

Obama n’a rien pu faire pour contrer l’avancée des Chinois et des islamistes. Mais l’Afrique votera-t-elle  en novembre pour son adversaire Mitt Romney, républicain, mormon et surtout immensément riche, sûrement trop riche? 

Sûrement pas. Oui, Obama a déçu. Mais l’Afrique ne veut pas qu’il parte. Sans lui, cela serait pire.

Adrien Hart

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Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

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