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Le drapeau salafiste brandi par des manifestants égyptiens, avril 2012. © REUTERS/Amr Dalsh
Le drapeau salafiste brandi par des manifestants égyptiens, avril 2012. © REUTERS/Amr Dalsh

Que faut-il vraiment faire des islamistes?

On ne peut pas jeter tous les islamistes à la mer. Ni les refouler dans le désert: c'est là qu'ils se mutliplient. Pourtant, il faut bien trouver une solution.

Que faire des islamistes? La réponse devient urgente pour tout le monde, en Occident, chez soi, dans la vie quotidienne ou dans la vie des idées et des théories politiques.

A l’évidence, on ne peut pas s’en passer pour faire une révolution: ils sont les seuls à mourir pour une idée et à user du martyre et du sacrifice du corps.

Du coup, ils sont une force «armée» et un argument de guerre. Ils sont aussi nombreux et partout: du coup, on ne peut pas fonder un consensus social et politique sans les associer, les inviter, les écouter ou partager avec eux.

On ne peut pas non plus les éliminer tous, les exterminer, les mettre tous en prison, les torturer dans un sous-sol ou à Guantanamo. On ne peut pas les jeter à la mer, tous, comme Ben Laden, ni les refouler dans le désert où, justement, ils se reproduisent.

Les dictatures arabes s’y sont essayées, mais n’ont réussi qu’à leur donner le statut de la victime absolue et à en exacerber la violence et les radicalismes.

Mais en même temps, le printemps arabe dans certains pays le prouve de plus en plus, malheureusement: on ne peut pas leur faire confiance, les admettre, les «démocratiser», ou gouverner avec eux.

Leur projet est exclusif. Ce n’est pas celui de la démocratie, mais celui du califat. Sous une forme ou une autre. Sous un discours ou un autre. Avec un timing ou un autre.

Faire confiance, pas vraiment! Se méfier, sûrement!

Avec le meurtre atroce de l’ambassadeur américain à Benghazi, en Libye, et les photos horribles de son corps exposé comme une relique macabre, Hillary Clinton s’est écriée, histoire de se demander comment une ville que les Etats-Unis ont contribué à sauver du massacre peut faire ça.

Fausse question, car fausse optique. L’Occident a cru, lui aussi, que les islamistes sont les victimes de la dictature. Alors qu’ils en sont le produit, la bombe à retardement, le reliquat.

Pendant des décennies, les régimes arabes ont encouragé les barbus tout en pourchassant les progressistes. Cela se passe partout, sous la forme de manipulations ou sous forme de deal entre pouvoir conservateur, mosquées et cheikhs.

En Algérie, le deal est visible à l’œil nu: le projet de la plus grande mosquée d’Afrique remplace celui du plus grand pays d’Afrique. Le Front islamique du Salut n’aurait pas rêvé de mieux.

Du coup, les islamistes sont là, se reproduisent, se multiplient, deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus ambitieux et imposent leur credo aux Algériens, leurs habits, idées, rites et conceptions.

Leur mouvement se bipolarise entre politiques patients et hystériques armés. Qu’en faire donc?

Dilemme à tous les niveaux

Les dictateurs disaient, sournoisement, qu’il faut contenir les islamistes et les tuer. Du coup, en encourageant le mouvement à devenir important, ils consolidaient leur argumentaire de base selon lequel «la dictature est nécessaire pour la stabilité».

Les Occidentaux ont cru pouvoir les assimiler ou les rééduquer au pragmatisme: si on les aide, si on les écoute, si on les associe, ils vont finir par rejoindre l’humanité.

Les progressistes se disent qu’il faut lutter contre: si on les isole, si on démantèle leur idéologie, si on les met à nu, le peuple perdra confiance en eux et ils finiront par se résorber dans la nature du sable.

Mais entretemps, ce peuple de l’au-delà, avance, tue, conquiert, confisque. La raison? Evidente: la formation, l’école, la matrice.

Il y a dans le monde arabe une matrice idéologique qui continue de former les islamistes au berceau, à l’école, sur les chaînes de télévision, dans la communication, dans la rue et les mosquées, pendant qu’on croit les endiguer.

Le monde réfléchit à l’islamiste comme produit en fin de processus et pas à l’origine de ce mal du siècle: les écoles, les livres, les fatwas.

Le monde arabe continue de produire des islamistes à la base, partout et avec de l’argent. Les idées des wahabites et autre ancêtres du crime, se répandent, pénètrent les murs et les têtes.

Il faut assécher leur source

Partout dans le monde arabe on continue de glisser de la loi vers la fatwa, de l’élu par les urnes vers l’imam par le ciel, de la Constitution vers la charia, de l’école vers la récitation.

C’est cette source qu’il faut assécher si on veut éviter un empire théologique dans quelques décennies.

Sans cela, sans un effort dans la formation, les idéologies, l'éducation, cela ne sert à rien et on se retrouvera toujours avec la même question dans cinquante ans: que faire des islamistes?

Pendant que le monde cherche, les élites religieuses en Arabie saoudite ou en Iran continuent de publier, d’expliquer, de convertir, de répandre leurs avis, idéologies et conception du monde. Cela va vite.

Il n’y pas de distance ni de temps à perdre en procédures entre une fatwa à la Mecque et une tête d’adolescent au Sahel.

On le voit et vit partout: cette idéologie a de l’argent, des écoles, des circuits et se répand. Nos enfants ne croient plus à la vie mais à sa gratuité.

Les islamistes remontent le temps de plus en plus vite et ceux qui ne veulent pas le faire comme eux, sont tués, lapidés, enterrés ou excommuniés.

Il faut s’attaquer à la source pas à l’effet. Mais là, l’Occident autant que les dictatures arabes, est dans la complicité: chaque pouvoir arabe a ses islamistes qu’il gère, évite, encourage ou essaye de cacher.

Les Etats-Unis aussi: il n’y a qu’à voir leur cécité sur l’Arabie saoudite: source de pétrole et matrice des kamikazes. 

Kamel Daoud

 

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Kamel Daoud

Kamel Daoud est chroniqueur au Quotidien d’Oran, reporter, écrivain, auteur du recueil de nouvelles Le minotaure 504 (éditions Nadine Wespieser).

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