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Le Soudan du Sud retient son souffle alors que se joue son accord de paix

Chol Deng, son mari et leurs cinq enfants se reposent sous un arbre, exténués par le voyage du retour vers leur pays, le Soudan du Sud, qu'ils avaient fui lorsque la guerre civile a éclaté il y a cinq ans.

Au terme d'une pénible marche de trois mois, la famille avait alors réussi à se réfugier au Soudan. Comme d'autres, elle a récemment pris le chemin inverse, encouragée par l'accalmie qui a suivi l'accord de paix de septembre 2018.

"Je veux savoir si le pays a retrouvé la paix. Je veux que mes enfants rentrent à la maison", a déclaré Chol Deng à l'AFP, racontant avoir fui leur ville de Malakal où "l'on pouvait littéralement marcher sur des cadavres."

Autrefois deuxième ville du pays, la capitale de l'État du Haut Nil central est aujourd'hui une cité fantôme, où la plupart de ceux qui sont restés - environ 30.000 habitants - vivent dans un camp protégé par l'ONU. 

Chol Deng et sa famille espèrent y retourner un jour. Mais pour le moment, ils ont choisi de s'arrêter à Udier, un village de la même région où les armes sont, certes, toujours visibles mais qui a été relativement épargné par la guerre. 

"J'ai toujours peur, j'ai vu des gens mourir", dit Chol Deng à propos de son angoisse de voir les combats reprendre.

C'est la première fois depuis 2015 qu'un accord de paix tient quelques mois au Soudan du Sud. Mais beaucoup de défis restent encore à relever. 

"Les deux camps ont arrêté de se battre. C'est la bonne nouvelle. Mais maintenant ils sont bloqués sur tout le reste", estime Alan Boswell, spécialiste du Soudan du Sud au sein de l'International Crisis Group (ICG). 

- 'Un vrai dilemme' - 

Le temps presse pourtant, car un gouvernement d'union nationale doit être formé au mois de mai. Or, réunir à la même table le président Salva Kiir et le leader rebelle et ancien vice-président Riek Machar, deux ennemis jurés, sans avoir résolu les questions encore posées pourrait s'avérer catastrophique, disent les observateurs.

Il s'agit de la troisième tentative de faire travailler ensemble les deux hommes, dont la rivalité a déclenché en 2013 une guerre civile qui a fait 400.000 morts et près de 4 millions de déplacés. 

A l'heure actuelle, parmi les points essentiels de l'accord encore à régler figurent les négociations concernant le contrôle de la sécurité dans la capitale - un prérequis au retour de Riek Machar - ainsi que la création d'une armée nationale.

Les donateurs étrangers se montrent réticents à financer, comme le leur demandent les autorités, l'essentiel des 285 millions de dollars (252 millions d'euros) qu'elles disent nécessaires à la mise en place de l'accord, notamment pour créer l'armée. 

"Ils n'en sont même pas encore à la première étape, qui pourtant ne coûte rien, à savoir dire combien de soldats ils ont et où ils sont positionnés", justifie un diplomate étranger à Juba. 

Les diplomates, qui se méfient du pillage des fonds publics, craignent aussi que les groupes signataires ne profitent de la disponibilité de fonds pour tenter d'incorporer le plus grand nombre possible de leurs partisans dans cette nouvelle armée.

"Pour les donateurs, c'est un vrai dilemme", souligne-t-il. 

Enfin, la question, hautement conflictuelle, du découpage des régions reste également à régler. Le pays est passé de 10 à 32 États entre l'indépendance de 2011 et aujourd'hui, une flambée que beaucoup voient comme une stratégie de Salva Kiir pour renforcer ses pouvoirs. 

- Vers un report ? -

Une commission des frontières a bien été installée mais ce mois-ci seulement, et elle "est confrontée à d'incroyables difficultés, si ce n'est à une tâche impossible", note Alan Boswell. 

En conséquence, le retard s'est accumulé. Une situation qui inquiète David Shearer, l'émissaire de l'ONU. 

"Nous devrions être plus avancés et nous commençons à nous inquiéter du fait que l'élan commence à ralentir, et si l'élan ralentit, la frustration s'installe, et cela peut conduire à de la colère", déclare-t-il à l'AFP à Juba.  

"On nous dit: +Oh nous sommes en retard+ (...), mais nous n'entendons personne nous dire: +Oh, voici ce que nous pouvons faire pour vous aider+", rétorque le ministre des Affaires gouvernementales, Martin Elia Lomoro, évoquant "seulement un mois" de retard. 

"Ces retards vont être réglés. Ceux qui jouent sur ces délais veulent que l'accord échoue, mais il ne va pas échouer."

L'ICG évoque désormais l'option d'une entente entre les parties pour reporter la formation du gouvernement après le mois de mai. Pour lui, le problème actuel découle du manque de leadership international pour mettre l'accord en application. 

Ce dernier avait principalement été négocié par l'Ougandais Yoweri Museveni et, surtout, le Soudanais Omar el-Béchir, dans le cadre de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Or, depuis, le contexte régional a changé.

"Omar el-Béchir est le seul leader régional qui est investi dans le processus de paix, et il est assez occupé en ce moment", conclut Alan Boswell à propos de la crise politique qui secoue désormais le Soudan. 

AFP

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