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Libye: corvée d'eau

Des centaines de conduites d'eau poussiéreuses sont entassées dans la ville libyenne de Zentan, dont les habitants doivent faire acheminer de l'eau chez eux par camions, après l'abandon d'un projet de canalisation souterraine dans la foulée de la révolution en 2011. 

Située dans une région montagneuse aride dans le sud-ouest du pays, Zentan a été parmi les premières villes à se soulever contre le régime de Mouammar Kadhafi, tué en octobre 2011.

Mais aujourd'hui, ses 60.000 habitants comme ceux des communes environnantes se plaignent d'avoir été abandonnés par les services publics.

Zetan devait faire partie du projet pharaonique de la rivière artificielle (GMR) --la grande fierté de Kadhafi--, un réseau de canalisations géantes, qui conduit l'eau des nappes aquifères du désert vers les villes côtières.

Mais la révolution est passée par là, avec le chaos qu'elle a généré à travers le pays, et si le projet a été mené à bien dans une bonne partie du pays, Zentan a été oubliée.

Abdallah Al-Rammah, directeur du département de l'eau à la mairie, dit regretter l'arrêt du projet dans sa ville et ses environs, sur les hauteurs du Djebel Nefoussa, à plus de 150 km au sud-ouest de Tripoli.

Faute de la mise en place d'un système de canalisations, l'eau, extraite de puits forés au pied du Djebel Nefoussa, est acheminée par des camions citerne jusqu'à Zentan et d'autres villes comme Rojbane, Nalout ou Yefren.

Dans la station de pompage de la ville, trône un réservoir d'eau, perché à plusieurs dizaines de mètres de hauteur.

En bas, s'orchestre un ballet de camion-citernes qui vont et viennent pour faire le plein, et livrer de l'eau aux habitants.

- "Corruption", "gaspillage" -

Al-Sid Chanta, un chauffeur de camion-citerne employé par les autorités locales, dit faire le plein huit fois par jour. Selon lui, "une famille a besoin de deux citernes d'eau par mois" de 20.000 litres chacune. 

"Nous n'avons rien" à Zentan. Les services (publics) sont très médiocres", déplore-t-il.

A peine à 50% de la population peut recevoir de l'eau via ce service de la mairie. Les moins chanceux n'ont d'autre choix que de faire appel à des chauffeurs privés de camions-citernes, deux fois plus chers.

Au-delà des problèmes d'acheminement, M. Rammah évoque un "gros déficit" en eau, ainsi qu'un réseau de distribution d'eau vétuste qui date des années 1970.

Non seulement l'eau se fait rare mais elle est aussi souillée. En l'absence d'un réseau d'assainissement public, les eaux usées ménagères déversées dans les fosses sceptiques des maisons ont fini par polluer les eaux de la nappe phréatique, pompées puis distribuées à la population, souligne M. Rammah.

Résultat: plusieurs cas d'hépatite C sont diagnostiqués régulièrement, notamment chez les enfants, témoigne un médecin de la ville qui a requis l'anonymat.

Après la révolution de 2011, les espoirs des Zentanis de développement et d'une meilleure répartition des richesses dans ce riche pays pétrolier, ont été douchés par le chaos post-révolution.

Dénonçant une "injustice" et une marginalisation depuis plus de 60 ans, le maire de Zentan, Mustafa al-Barouni, réclame une part des richesses pour sa ville.

"Certaines villes disposent d'un minimum de services, de télécommunications, de routes, de ports et d'opportunités d'emplois, et d'autres (comme Zentan) qui n'ont rien", déplore-t-il. 

Le maire fustige en outre "la corruption et le gaspillage des ressources" par les autorités de transition, estimant que la décentralisation et la gouvernance locale prônées par celles-ci étaient "un gros mensonge". 

Du budget de l'Etat, il affirme ne recevoir que des miettes. "Nous avons recours souvent à l'endettement" ou à des investisseurs locaux pour financer "quelques projets", dit-il.

- "Nous manquons de tout" -

Aucun signe de développement dans la ville, à l'exception de quelques constructions privées. Les rues sont quasi-désertes. Les banques fermées faute de liquidité, tandis que les files d'attente s'allongent devant les station-services. 

"Nous manquons de tout", regrette Mohamad al-Garaj, un sexagénaire qui se plaint aussi d'une hausse des prix.

Mais pour lui, la pénurie d'eau reste le "problème principal". "Nous demandons l'aide du gouvernement et même des organisations internationales".

Les projets de développement en Libye ont été mis en veilleuse, en raison d'une crise politico-économique et des conflits qui déchirent depuis 2011 le pays, où deux autorités se disputent actuellement le pouvoir.  

Pour sortir de la crise, les espoirs se tournent vers une conférence nationale convoquée par l'ONU à la mi-avril pour tenter de dresser une "feuille de route" censée sortir le pays du chaos.

Le maire de Zentan se veut optimiste. "La tension est telle que tout le monde est désormais convaincu de la nécessité de trouver une solution".

AFP

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