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Attentat contre le consulat des Etats-Unis à Benghazi, le 12 septembre 2012. REUTERS/Esam Al-Fetori
Attentat contre le consulat des Etats-Unis à Benghazi, le 12 septembre 2012. REUTERS/Esam Al-Fetori

Libye: le mauvais combat des djihadistes

L'attentat contre le consulat des Etats-Unis à Benghazi ravive les souvenirs du 11 septembre 2001. Il va donner des arguments aux partisans du choc des civilisations.

Affreux, sales et méchants... Les islamistes viennent donc de se faire embarquer dans une histoire d’idiots qui les présente au monde civilisé comme étant les vrais enfants de Ben Laden.

Avez-vous oublié le 11 septembre 2011 et son Big-one attentat contre l’humanité? L’affaire du film L’innocence des musulmans, un pseudo-film vient un peu réactiver le trauma mondial qui a changé le monde il y a onze ans.

Du coup, le même réflexe Pavlov-barbus: on crie, on gesticule, on hurle, on tombe dans l’hystérie, puis on tue l’ambassadeur américain en Libye, en criant à l’outrage et à l’atteinte à l’image du Prophète.

Images de fous de Dieu qui vont faire le tour du monde

Ces images de fous de Dieu vont donc faire le tour du monde, et rappeler à l’humanité que les islamistes sont une menace meurtrière et les Arabes une zone impossible à démocratiser ou à assimiler.

L'usage est rusé cependant: si les djihadistes sont des tueurs et des intolérants de première catégorie, ils servent bien à masquer le reste: interventionnisme, guerre contre l’Iran, ingérence ou prédation énergétique, etc.

Rien de mieux qu’un islamiste manipulé pour faire oublier, derrière l’écran de l’hystérie, le vrai réel. Les Terry Jones&Inc aux Etats-Unis l’ont bien compris depuis des années, depuis le 11 septembre 2001, justement.

L’affaire du film rappelle un peu les épisodes passés: le Coran brûlé, les caricatures danoises, le pasteur Terry Jones le polémiste américain, l’affaire du «voile français», etc.

A chaque fois la recette «marche», l’islamiste réagit comme une grenouille fanatisé et le monde a peur et la vieille retraitée de Tampa, en Floride, vote républicain.

L’affaire du film qui a couté sa vie au diplomate américain et qui a poussé des idiots barbus à attaquer l’ambassade des Etats-Unis au Caire, vient à point nommé pour réactiver le souvenir du 11-Septembre et faire réfléchir les électeurs américains. Le sinistre anniversaire semble avoir été rappelé avec finesse.

Dilapider les miettes de sympathie pour les Arabes

Le meurtre de l’ambassadeur américain en Libye participera à dilapider les miettes de sympathie qu’avait le reste de l’humanité qui gouverne pour les instigateurs du printemps arabe et leurs cris pour la liberté lancé début 2011.

Ce moment révolutionnaire qui a failli un peu créer l’amitié par dessus les souvenirs ancestraux des croisades et faire rejoindre l’humanité aux islamistes, par les urnes et la révolution, vient d’être déclaré clos.

On revient donc au monde selon Bush-Laden avec les islamistes et leur monde sauvage qui détruit les mausolées, les portraits, les images, des vies, les arts, les statues de Bouddha, les femmes et tout ce qui vit et ne se prosterne devant Allah à la façon des Wahabites. Et qui inculpent les Arabes pour crime culturel contre l’humanité et inaptitude à la démocratie et au bonheur sur terre et à la tolérance.

De quoi plomber les ardeurs, mais aussi les sympathies internationales pour les Arabes et leur révoltes.

Et dans le tas de cette énième affaire des «Arabes» en caricatures du sauvage moderne, les Libyens sont donc leaders.

Leur Kadhafi a fait plomber le printemps arabe pacifiste pour le transformer en formule militarisée, les barbus libyens viennent de signer l’arrêt de mort de l’espoir collectif de voir émerger une solution à l’équation des arabes: la dictature en barrage aux islamistes ou le chaos islamiste comme seule possibilité de démocratie locale?

A Alger, dans les casernes ou à Damas dans les bunkers, l’affaire libyenne est une aubaine autant que l’a été le 11-Septembre pour les généraux algériens auteurs de dix ans de guerre civile.

Les «Arabes» ne sont pas démocratisables, se dira l’Occidental. La «démocratie» est la ruine, répéteront les dictateurs arabes survivants de Bouazizi et de son immolation inaugurale (élement déclencheur du printemps tunisien).

Les bandes hirsutes des fils de Ben Laden servent donc désormais à tout: plomber des négociations de paix, faire campagne électorale, faire peur à des électeurs américains, faire manipuler des médias, «plomber» une révolution en Syrie, prendre des otages, se faire la guerre entre pays du Maghreb (Algérie/Maroc), criminaliser des dissidents ou des opposants, etc.

Il n’y a pas plus facile à manipuler qu’un djihadiste qui croit que Dieu lui donnera des femmes (au paradis) quand il tue des hommes (sur terre). A l’occasion du onzième anniversaire du 11-Septembre, les amis de Terry Jones doivent s’esclaffer comme des fous.

Kamel Daoud

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Kamel Daoud

Kamel Daoud est chroniqueur au Quotidien d’Oran, reporter, écrivain, auteur du recueil de nouvelles Le minotaure 504 (éditions Nadine Wespieser).

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