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L'équipe rwandaise de volley-ball lors des Jeux paralympiques de Londres. © Mélanie Challe, tous droits réservés.
L'équipe rwandaise de volley-ball lors des Jeux paralympiques de Londres. © Mélanie Challe, tous droits réservés.

Le sport, clé de la réconciliation au Rwanda

L'équipe rwandaise de volley-ball assis a profité des derniers Jeux paralympiques de Londres pour montrer que la réconciliation, après le génocide de 1994, était bien une réalité.

Il y a 18 ans, les joueurs de l'équipe rwandaise de volley-ball assis, venus prendre part aux derniers Jeux paralympiques de Londres, se sont affrontés pendant le génocide dans leur pays. Un massacre qui a causé la mort de 800.000 personnes.

Ils étaient Hutu et Tutsi. Aujourd'hui, la question ethnique est une question secondaire. Aux Jeux de Londres, les volleyeurs rwandais sont venus défendre l’idée que la réconciliation est possible et qu’elle est bien en marche grâce, notamment, au sport.

Le soutien de l'Etat rwandais

En 2001, un comité paralympique voit le jour au Rwanda. Il compte 400 membres titulaires de licences, permettant de participer à des compétitions à dimension internationale. Chaque année, le nombre de licenciés augmente.

Dominique Bizimana, l’actuel president de l’instance, est également le capitaine de l'équipe nationale de volley ball assis. La silhouette longiligne, il est âgé de 36 ans.

La délégation rwandaise a pu participer aux Jeux de Londres, grâce au soutien financier des autorités locales.

«Je suis fier du soutien de notre gouvernement. Le sport est un vecteur fabuleux pour propager la paix et pour la réconciliation nationale», confie Dominique Bizimana.

Le sport pour contribuer à la réconciliation

Jean Rukondo est un des coéquipiers de Dominique Bizimana. Tous deux sont de grands amis. Pendant le genocide de 1994, cette amitié n’aurait pas été possible. Le premier est Hutu et le second Tutsi.

«On est fiers, parce que la division n'existe plus pour nous», fait savoir Dominique.

Aujourd’hui, les deux amis se battent pour le même objectif: faire triompher la paix et la cohésion.

Ils prennent même du plaisir à échanger des blagues pendant les entraînements.

«L'homme qui a tenté de me tuer ressemble étrangement à Rukundo: je le reconnais», plaisante Bizimana,en désignant son ami Rukondo.

Et à ce dernier de répondre avec ironie:  

«Je t'ai vu lancer des grenades pendant les massacres au Rwanda.»

Dominique Bizimana, le capitaine de l’équipe rwandaise, a perdu sa jambe gauche en combattant les rebelles du FPR (Front patriotique Rwandais), «J'étais militaire de carrière je devais défendre mon pays», affirme Bizimana.

Son ami Rukondo, malgré son appartenance à l'ethnie hutue, a épousé une tutsie.

«Mes enfants ne regardent pas le passé, ils regardent l'avenir», ajoute t-il.

Pourtant, Jean est unijambiste, depuis qu'il a marché sur une mine anti-personnels, lors d'une patrouille.

Les autres joueurs de l’équipe sont, eux aussi, portés par le même espoir de réconciliation. Ils ne nourrissent aucune rancœur quant à leur handicap.

«Maintenant nous sommes amis et nous voulons être un exemple et montrer aux jeunes Rwandais que nous ne suivrons jamais le chemin de nos parents dans la division, nous sommes un même peuple.»

Participer, c'est déjà gagner

A Londres, l'équipe rwandaise de volley-ball assis a notamment affronté le Brésil, l'une des équipes favorites.

Le public s’est vite aperçu que les Rwandais n'avaient pas le niveau international, mais chaque point gagné par cette sélection a été une forme de victoire.

«C'était la première fois qu'on jouait devant un public international, nous avions beaucoup de pression, mais nous voulions de notre mieux défendre les couleurs du Rwanda.»

Ainsi, les joueurs des Grands Lacs on pu se décomplexer au fil du match, pour ensuite prendre des risques et se faire plaisir.

«Ici on est comme dans une forme de paradis, avec d'excellentes conditions, ça nous met en confiance», explique Jean Rukonto.

Les Rwandais ne sont pas venus à Londres pour gagner, mais pour témoigner que le génocide de 1994 n'a pas atteint leur envie de vivre ensemble.

Même si les médailles n’ont pas été au rendez-vous, tous tiennent à faire du sport un fabuleux exemple pour réconcilier d'anciens ennemis.

Ekia Badou et Mélanie Challe

 

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Ekia Badou et Mélanie Challe sont journalistes freelance.

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