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Algérie: le départ de Bouteflika ne suffirait pas

L'éventuel renoncement au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika, auquel a appelé mercredi le chef de l'armée algérienne, ne serait pas suffisant pour satisfaire la population algérienne, estime jeudi le chercheur Brahim Oumansour. 

Pour ce géopolitologue, spécialiste du Maghreb, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), les revendications populaires ne pourront être satisfaites que par un changement de régime et de génération. 

- QUESTION : La démission pour raisons de santé du président Bouteflika, ou son remplacement pour inaptitude à exercer ses fonctions, suffira-t-elle à apaiser la rue algérienne, qui se mobilise tous les vendredis ? 

- REPONSE : Pas du tout. L'éventuel renoncement de Bouteflika serait loin de répondre aux revendications de la population algérienne. Dans le contexte actuel, l'application de l'article 102 (par lequel le président de la République est empêché pour cause de maladie "grave et durable") est déjà dépassée. La population, le peuple qui descend dans la rue par millions revendique un changement radical du système, et non pas seulement la fin de la présidence Bouteflika. Le peuple algérien ne veut pas d'une manière de faire perdurer le pouvoir avec les mêmes figures. 

- QUESTION : Le Conseil constitutionnel peut-il se décider en toute indépendance ? 

- REPONSE : Il ne faut pas oublier que le Conseil constitutionnel, qui va se prononcer sur l'application ou non de l'article 102, et tout le système politique actuel en Algérie ont globalement été ficelés par le président Bouteflika. Ils le soutiennent. Le président du Sénat, qui risque d'assurer l'intérim de la présidence si l'article 102 est appliqué, a lui aussi été désigné par Bouteflika. On reste dans un scénario où le pouvoir reste dans les mains du même cercle, une petite minorité. 

- QUESTION : Existe-t-il une alternative politique crédible dans le pays ? 

- REPONSE : Un changement de génération au pouvoir est aujourd'hui nécessaire, et même dans les hautes sphères du pouvoir on l'a compris. Mais le problème est que l'opposition a été anéantie. Elle a été mise à l'écart de longue date par le système politique. Elle a besoin de temps pour se consolider afin de pouvoir jouer un rôle dans le futur jeu politique. Une transition rapide serait risquée. Mais il faut trouver des mécanismes qui permettraient une transition plus lente, plus douce, qui pourrait éviter des dérives. Il faudra donner des garanties, des mesures crédibles qui permettront de gagner la confiance de la population mobilisée. Cela ne pourra pas se faire avec les même hommes, qui ont incarné le système dont la population revendique le départ. La mesure la plus sage serait une instance de transition, un gouvernement provisoire de technocrates, ou un comité de transition qui pourrait jouir d'une légitimité auprès de la population. 

Propos recueillis par Michel MOUTOT. 

AFP

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