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L'insatiable soif de pouvoir du président-colonel Azali

Son bagout de boutiquier roublard lui a longtemps valu le dédain de ses rivaux. Mais en rempilant mardi à la tête de l'archipel des Comores, le colonel Azali Assoumani s'est imposé comme un redoutable stratège politique, prêt à tout pour garder le pouvoir.

Le chef de l'Etat sortant, 60 ans, l'a emporté au premier tour avec 60,77% des suffrages, selon les résultats provisoires annoncés mardi.

L'opposition a hurlé au "hold-up" électoral mais qu'importe. Azali Assoumani a rempli sa mission. Il s'est offert un, peut-être deux nouveaux mandats de cinq ans, à Beït Salam, le palais présidentiel de Moroni.

Alors chef d'état-major de l'armée, le colonel Azali Assoumani a surgi sur la scène politique en 1999 à la faveur d'un des nombreux coups d'Etat qui ont agité l'archipel depuis son indépendance en 1975.

L'officier expliquera ensuite avoir voulu prévenir une guerre civile, en pleine crise séparatiste avec la turbulente Anjouan, une des trois îles de l'archipel.

Dans ses premières déclarations, celui qui se présente comme un "profond démocrate" affirme alors ne pas vouloir "jouer les prolongations". Mais il prend goût au pouvoir. Au point de se présenter, et de remporter, la présidentielle de 2002.

Il faudra attendre 2006 et la fin de son mandat pour voir l'officier rendre les clés du pays aux civils, en vertu de la nouvelle Constitution qui instaure une présidence tournante entre les trois îles de l'Union (Grande-Comore où il est né, Anjouan et Mohéli).

Azali Assoumani se retire alors sur ses terres, à contrecoeur, pour faire l'agriculteur. Mais loin du pouvoir, il s'ennuie. Lui-même se dit alors "au chômage"...

- 'Putschiste dans l'âme' -

"Il a dit un jour que se retirer du pouvoir en 2006 avait été une erreur", confie un diplomate en poste à Moroni, "il a promis qu'il ne la referait plus".

En 2016, l'appel du pouvoir est trop fort. Azali Assoumani se représente à la fonction suprême. Défiant les pronostics, il retrouve le palais présidentiel au terme d'un scrutin chaotique et contesté.

En quittant l'uniforme, le petit homme s'est arrondi, mais il est cette fois déterminé à rester au sommet.

En quelques mois, il a éliminé tous les obstacles sur sa route. Dissolution de la Cour suprême, modification de la Constitution pour étendre d'un à deux mandats la durée de la présidence tournante, et élection anticipée. Il peut désormais, en cas de victoire en 2024, régner jusqu'en 2029.

Dans la foulée, M. Azali n'a pas hésité à faire arrêter ses principaux opposants, à commencer par l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

L'opposition a dénoncé une "dictature" et la communauté internationale a froncé les sourcils. En vain.

"Depuis un an, tout ce qu'il fait franchit la ligne rouge. C'est flagrant mais il s'en moque", constate le diplomate, "c'est un putschiste dans l'âme, les méthodes sont différentes mais l'objectif reste le même".

"La seule chose qui l'intéresse, c'est le pouvoir", confirme le porte-parole de l'Union de l'opposition, Moustafa Said Cheikh. "Pour lui, c'est un dû. Il se dit: (le président congolais Denis) Sassou Nguesso reste au pouvoir, pourquoi pas moi ?"

- Foi musulmane -

Né le 1er janvier 1959 sur la Grande-Comore, le colonel Azali a été formé à l'Académie royale militaire marocaine de Meknès (1978-1981) et à l'Ecole de guerre de Paris (1985-1986). 

Ses détracteurs ne ratent aucune occasion de rappeler un épisode peu glorieux de sa carrière militaire.

En 1995, retranché à la radio nationale assiégée par les mercenaires du Français Bob Denard, il avait abandonné ses hommes en plein combat. "Tenez-bon, je vais chercher des renforts", leur aurait-il dit avant de se réfugier à l'ambassade de France à Moroni.

Face aux railleries et aux critiques, Azali Assoumani se défend pied à pied, toujours avec bagout.

"On me dit que j'ai emprisonné des opposants", s'est-il agacé devant l'AFP avant le premier tour. "Expliquez-moi alors pourquoi je n'ai pas aussi arrêté tous ceux qui se sont présentés contre moi, hein ?"

"Tous ceux qui raillent son appétit de pouvoir me font sourire", s'amuse le secrétaire général de la mouvance présidentielle, Ali Muva Youssouf. "Franchement, qui ne cherche pas le pouvoir ici ?"

Bon tribun, le colonel, marié et père de quatre enfants, affiche ouvertement sa foi musulmane. Il s'est même autoproclamé imam après 2016.

"Il est convaincu que ce qui lui arrive est d'ordre divin", s'inquiète un de ses proches conseillers. "Maintenant qu'il a été réélu, je redoute parfois qu'il aille trop loin. J'espère que sa foi nous protègera..."

AFP

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