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La dengue est endémique en Afrique depuis 30 ans. © REUTERS/Finbarr O'Reilly
La dengue est endémique en Afrique depuis 30 ans. © REUTERS/Finbarr O'Reilly

L'Afrique bientôt débarrassée de la dengue?

Un vaccin contre la dengue pourrait bientôt être commercialisé, permettant ainsi d'enrayer cette maladie qui menace depuis une trentaine d'années de nombreux pays africains.

C’est une première vaccinale d’origine française (groupe Sanofi Pasteur). Elle a été sur le site de l’hebdomadaire médical The Lancet.

Pour la première fois, des résultats expérimentaux montrent qu'une approche vaccinale contre la dengue est du domaine du possible.

Basés en France et en Thaïlande, les auteurs de cette publication ont testé l'efficacité de leur candidat vaccin (CYD-TDV) sur un groupe de quatre milles écoliers thaïlandais —des enfants âgés de quatre à onze ans.

Des essais à plus vaste échelle avec ce même vaccin sont en cours. Quelques difficultés techniques sont à résoudre, avant qu’il puisse être commercialisé dans les pays les plus exposés, dont les pays de l’Afrique subsaharienne.     

La dengue est une maladie virale transmise par des moustiques par l'intermédiaire de moustiques du genre Aedes; le plus souvent Aedes aegypti, mais également Aedes albopictus (moustique-tigre) et Aedes polynesiensis.

Ces moustiques vivent en milieu urbain ou semi-urbain dans les régions tropicales et subtropicales. Ils sont en contact direct avec l'homme, se développent rapidement et (du fait d’un manque d’hygiène, de l’abandon des campagnes d’éradication des moustiques et de la multiplication exponentielle des transports de personnes comme de marchandises) étendent en permanence leurs zones de diffusion.

Corollaire: la dengue constitue aujourd’hui une menace considérable à l’échelon planétaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la moitié de la population mondiale est directement exposée à ce risque infectieux.

Si cette infection se limite généralement à des symptômes similaires à ceux de la grippe, elle peut aussi évoluer vers des formes plus graves. On parle alors de dengue «sévère» ou «hémorragique» qui constituent une cause fréquente de maladies infantiles pouvant être mortelles.

De grands espoirs pour tous

Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 50 et 100 millions de personnes sont infectées chaque année par le virus de la dengue.

Parmi elles 500.000 —des enfants le plus souvent— développent la forme la plus sévère. Cela nécessite une hospitalisation et s'avère fatal dans environ 2,5% des cas. On ne dispose pas de traitement spécifique.

Aussi la mise au point d’un vaccin sans danger, efficace (mais aussi d’un coût abordable dans les pays pauvres) constitue-t-elle un objectif majeur de santé publique.

De nombreux éléments épidémiologiques démontrent que l'incidence de la dengue a augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières décennies.

La question du rôle joué par un réchauffement climatique dans la progression planétaire du moustique reste débattue. Avant 1970, seuls neuf pays avaient connu des épidémies de dengue sévère; or la dengue est aujourd’hui considérée comme endémique dans plus de cent-vingt pays à travers le monde.

Selon l’OMS, la dengue est la maladie transmise par les moustiques la plus répandue au monde. On estime qu’un peu plus de la moitié de la population mondiale —3,6 milliards de personnes— est exposée à ce risque infectieux. 

Initialement présente uniquement en Asie du Sud-Est, la dengue a progressé en quelques années dans le reste de l’Asie, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et tout particulièrement en Amérique latine et dans les Caraïbes, où la progression a été exponentielle à compter des années 1980.

On a longtemps pensé que le continent africain était épargné par la dengue hémorragique même si des cas dengue classique étaient observés en Afrique de l'Ouest et de l'Est.

En réalité les spécialistes pensent que la circulation du virus de la dengue est notablement sous-estimée sur le continent. Pourtant, une épidémie importante de dengue 1 était passée inaperçue en 1981 au Sénégal.

L’Institut de recherche pour le développement (IRD) observe que des poussées épidémiques ont pu passer inaperçues au Sénégal ou au Burkina Faso révèlant une circulation endémique du virus.

L’IRD rappelle aussi que des études réalisées en Somalie, lors de l'opération américaine Restore Hope, chez les soldats américains, entre 1992 et 1993 avaient montré qu’une proportion non-négligeable des infections fébriles observées chez les militaires était due au virus de la dengue.

Un premier travail  de l’IRD montre la progression du virus sur le continent jusqu’en 1987. Un bilan actualisé sur ce thème est aujourd’hui fourni par le département international de l’Institut national de veille sanitaire (InVS). Il fait état d’épidémies au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Cap Vert, au Sénégal au Soudan, au Kenya, au Mozambique et en Afrique du sud.

Ces épidémies peuvent coïncider avec des flambées de chikungunya, autre maladie virale transmise par les mêmes moustiques.  

Il n'existe actuellement aucun vaccin contre la dengue. Les recherches dans ce domaine  sont compliquées du fait qu’il existe quatre souches  du virus responsable de cette maladie infectieuse.

Il n’existe pas non plus de véritable modèle animal, ce qui complique notablement la tâche des chercheurs. Plusieurs candidats vaccins sont néanmoins actuellement en cours de développement.

Un petit bémol tout de même

La Thaïlande avait été retenue comme terrain d’essai clinique dans la mesure où la dengue sévit depuis longtemps dans ce pays sur un mode endémique et que, de ce fait, les Thaïlandais ont une bonne connaissance de la maladie et de ses symptômes.

Les auteurs de la recherche publiée dans The Lancet reconnaissent en revanche que l’une des limites de leurs travaux est qu’ils n’ont été réalisés que dans une seule zone géographique.

Pour autant, ils estiment que leurs résultats constituent une avancée importante dans le développement d'un vaccin contre la dengue. Seuls de nouveaux essais diront, précisément, ce qu’il en est de l’efficacité contre les formes graves.

Pour sa part un spécialiste américain de la dengue, Scott B. Halstead (qui déclare n’avoir ici aucun conflit d’intérêt), s'interroge, dans un commentaire également publié par The Lancet, sur l'efficacité, en pratique, d’un vaccin «partiellement efficace», dans la mesure où les quatre sérotypes du virus de la dengue circulent en parallèle.

Il faudrait, selon lui, avoir recours à des «modèles mathématiques» pour prédire l’usage qui pourrait être fait de ce vaccin. Le groupe Sanofi Pasteur a d’ores et déjà lancé un essai plus vaste incluant  plus de 30.000 volontaires recrutés dans dix pays d'Amérique latine et d'Asie.

«Notre étude constitue la première démonstration qu’un vaccin contre la dengue, sûr et efficace, est possible, estime le Dr Derek Wallace (Sanofi, Singapour), l’un des co-auteurs de la publication du Lancet. Nous espérons que les premiers résultats positifs seront confirmés par les autres études réalisées dans différents contextes épidémiologiques.»

Le Dr Wallace rappelle l’impact positif, médical et économique, que pourrait avoir le développement d'un vaccin efficace et sûr. A la condition bien évidemment que ce vaccin soit commercialisé à un coût suffisamment bas pour que les pays qui en ont le plus besoin puissent l’acquérir et que ce vaccin puisse en pratique être administré aux enfants les plus exposés.

Ceci reste, aussi, à démontrer. Et la mise à disposition d’un vaccin ne saurait réduire les indispensables efforts sanitaires constants visant, autant que faire se peut, à l’éradication des moustiques vecteurs de l’infection.

Jean-Yves Nau

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Jean-Yves Nau

Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».

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