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A Ouaga, les deux roues ne font plus la loi

Le nombre d'usagers de la route a explosé dans la capitale burkinabè. Les taxis se fraient un chemin et les autorités tentent de réglementer...

Il y a vingt ans, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le mot «embouteillages» faisait penser à ces scènes où un séducteur impénitent voyait débarquer, dans son célibatorium, deux filles à qui il faisait la cour parallèlement.

On craignait davantage les crêpages de chignons que les carambolages de carrosserie.

Les rues de ce gros village burkinabè, peu goudronnées, étaient peu fréquentées par les automobiles; pas assez, en tout cas, pour créer des bouchons.

Parfois surnommée «ouaga-deux-roues», la cité sahélienne était connue comme la capitale des cyclomoteurs, ce moyen de locomotion idéal pour se faufiler à travers les «six-mètres».

De plus, la ville comptait bien moins de feux tricolores ou de ralentisseurs qu’aujourd’hui.

Puis, Ouagadougou s’est étendue sur près de 300.000 hectares. Une population d’un million et demi d’habitants a de plus en plus accès à des véhicules à quatre roues, notamment des «au-revoir-la-France», qui coûtent parfois moins cher qu’une motocyclette neuve.

Sur les nouvelles grandes artères bitumées, les automobilistes du Faso ont donc fait connaissance avec les embouteillages, les vrais. Empruntez, à 18 heures 30, l’avenue Bassawarga, qui relie la place de la Nation au quartier de la Patte d’Oie.

A cette heure qu’on appelle la «descente», les voitures roulent comme des escargots, surtout quand un «suppositoire» —entendez, par là, un carambolage dont vous êtes la première victime— compromet le peu de fluidité que connaissent ces rues étroites.

Contournez l’obstacle par l’est, en empruntant Boinsyaaré et vous ne serez guère mieux loti. Arrivé au niveau de la Maternité Saint-Camille, quand vous ne vous lamenterez pas sur un pare-chocs froissé, vous ne pourrez que pleurer sur votre carburant qui brûle à vue d’œil sans pour autant que le véhicule ne progresse.

«Taximan n’est pas gentil»

Bloqué dans les bouchons, vous avez tout loisir d’observer la rue saturée qui vous entoure. Il n’est pas rare de constater que vous êtes précédé par trois véhicules verts et suivis par deux autres.

Au Faso, le vert est la couleur des taxis. Ces automobiles, parmi les plus délabrées, pullulent dans les rues de la capitale burkinabè.

Elles ont la réputation d’échapper aux règles élémentaires de la prudence, du confort et de la civilité. En 1978 déjà, le Voltaïque Amadou Balaké chantait «Taximan n’est pas gentil». Même si la scène comptée dans les paroles se déroulait à Abidjan, c’est bien son expérience en Haute-Volta qui a inspiré l’auteur.

Si les taxis sont si nombreux à Ouaga, c’est que les transports en commun sont déficients. La Sotraco, la compagnie ouagalaise de bus (verts, eux aussi) ne couvre pas la moitié de la ville et les cars sont fréquemment en panne, occasionnant des temps d’attente qui peuvent atteindre parfois deux à trois heures.

La direction générale de l’entreprise indique que l’acquisition de 150 bus est prévue et que le temps d’attente aux arrêts devrait être ramenée à 15 minutes. Mais quand? En attendant de moins attendre, le Ouagalais se rabat sur les taxis collectifs aux tarifs plus élevés, mais négociables.

Les taxis verts n’ont guère à souffrir, non plus, de concurrence directe. Ni en haut de gamme, ni en bas de gamme. A la fin des années 90, deux compagnies avaient profité de grands événements internationaux comme la Coupe d’Afrique des nations et divers sommets politiques pour mettre en circulation des taxis avec climatisation et compteur: «Taxis Radio les Rapides» et «Taxis STMB».

Mais les événements passent, les touristes ou les séminaristes continuent leur chemin et les taxis haut de gamme se retrouvent face à des prospects désargentés qui se contentent de véhicules au plancher troué et à la direction désaxée.

Qu'importe la circulation en crabe pourvu qu'on arrive à bon port, après avoir partagé les frais avec d’autres clients. Même devenus supports «classieux» de publicité, les taxis-compteurs ont du mal à atteindre leur point de rentabilité.

A un autre niveau de gamme, assez curieusement, les habitants de «Ouaga-deux-roues» n’ont jamais apprécié les taxis-motos qu’affectionnent leurs voisins béninois. Pas de zémidjans au Faso…

«Gâter le nom» de la profession

A quelques mois du prochain scrutin qui doit renouveler les autorités communales, le conseil municipal sortant tente de mettre de l’ordre dans la jungle des taximen.

Depuis quelques semaines, les taxis sillonnant les artères de la capitale commencent à arborer un numéro inscrit en jaune sur l’une de leurs portières.

Jusque-là, il était difficile de donner avec fiabilité le nombre de taxis roulant dans la ville. En 1996, une évaluation en comptait déjà près de mille.

La mesure de numérotation est au goût de la Fédération nationale des taximen et des travailleurs des secteurs du transport du Burkina Faso (FNT/TST).

Une occasion de répertorier les taximen, sur un secteur où le fonctionnement informel permet aux moins bien intentionnés de «gâter le nom» de la profession. Les usagers victimes d’un vol ou qu’une quelconque indélicatesse sont désormais invités à noter le numéro du taxi incriminé, plus facile à utiliser que celui de la plaque d’immatriculation.

«Ce n’est pas toute voiture peinte en couleur verte qui est un taxi», déclarait, mi-juillet, le président de la FNT/TST.

En 2012, la circulation routière s’est encore compliquée avec l’apparition des «taxi-bagages». Il s’agit de tricycles dotés d’une plate-forme d’environ deux mètres carrés, aussi encombrants qu’un quatre-roues, mais moins rapide qu’un deux-roues.

Si le taxi vert est déjà destiné aux personnes peu argentées, le tricycle est un peu le taxi du plus pauvre d’entre les pauvres, ne transportant pas que des bagages et dans des conditions d’instabilité peu sécurisées, surtout sur des routes truffées de nids-de-poule.

On dénombrerait désormais un millier de ces engins hybrides dans la ville. L’Union nationale des motos bagagistes (UNAMOB) a été reconnue officiellement le 21 mars 2012.

Une fois de plus, les autorités tentent de régulariser le secteur. Le 16 août, le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, rencontrait 40 conducteurs de tricycles pour porter à leur connaissance un décret adopté en conseil des ministres, le 8 juin dernier.

Ce texte qui devrait être appliqué strictement dans six mois, stipule que «de manière générale, les tricycles et les quadricycles ne peuvent être utilisées comme des “moto-taxis”. Cependant, on peut, avec ces engins, transporter des affaires et une personne, si les conditions de sécurité sont réunies», c’est-à-dire sans surcharge.

Les engins doivent subir de récurrentes visites techniques, être immatriculés et assurés. Le conducteur doit être âgé de plus de 18 ans, avoir un permis de conduire correspondant à la cylindrée et porter un casque homologué.

Un autre arrêté devrait préciser la couleur des tricycles, les horaires et zones de circulation, les aires de stationnement et la patente. Les taxis verts ont encore de beaux jours devant eux.

Damien Glez

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Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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