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Les Algériens restent mobilisés un mois après le début de la contestation

Les Algériens sont toujours fortement mobilisés dans les rues vendredi, un mois jour pour jour après le début de la contestation pour réclamer le départ du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans.

Les rues du centre d'Alger sont noires de monde vendredi malgré des averses régulières depuis le matin.

En l'absence de chiffres officiels, le nombre des manifestants est difficile à établir, mais un cortège extrêmement compact remplit les rues convergeant vers la Grande Poste, point de rendez-vous des manifestants.

Le carrefour devant ce bâtiment emblématique au c½ur de la capitale est bondé et un cortège serré remonte sur plus de 2 km une des principales avenues qui y mène au son des derboukas et cornes de brumes. La foule a également envahi plusieurs autres axes importants alentour.

La mobilisation semble similaire à celle des deux vendredis précédents, jugée exceptionnelle par les médias et analystes. Le 15 mars, des manifestations avaient été enregistrées dans 40 des 48 préfectures du pays, selon des sources sécuritaires, et des diplomates ont évoqué "des millions" d'Algériens dans les rues.

La foule - hommes, femmes et de nombreux enfants - reprend à pleins poumons les chants emblématiques d'un mois de contestation, réclamant le départ du président Bouteflika, de son entourage et du "système" au pouvoir.

- "Dégagez tous !" -

A Oran, deuxième ville du pays, "il y a beaucoup de monde" dans les rues, a indiqué à l'AFP un journaliste d'un média algérien sur place.

Médias algériens et réseaux sociaux signalent également des manifestations dans de très nombreuses autres villes de ce pays pétrolier de 40 millions d'habitants.

Le drapeau national -vert et blanc frappé de l'étoile et du croissant rouges-, est partout, dans les mains ou sur les épaules, comme aux balcons des immeubles.

"Dégagez tous!" proclame une banderole dans le cortège algérois.

Comme les semaines précédentes, de nombreux Algériens sont arrivés de province dès la veille. A l'instar de Younes Laroussi, chômeur de 24 ans venu de Tiaret, à 270 km d'Alger qui promet de marcher "chaque vendredi, jusqu'à ce qu'il y ait un changement radical (...) de système".

Sur un trottoir du carrefour de la Grande-Poste, Hamid Sbaa, artiste peintre de 54 ans, a posé un chevalet et une toile, sur laquelle les passants sont invités à apposer un coup de pinceau.

Le tableau s'appellera "Silmiya", "pacifique" en arabe, l'un des mots d'ordre de cette contestation inédite en Algérie, qui, à l'exception de quelques heurts isolés en marge du cortège à Alger reste pacifique depuis un mois.

Comme Naima, fonctionnaire de 50 ans, tous les manifestants interrogés à Alger par l'AFP assurent être prêts à marcher le temps "qu'il faudra" pour que M. Bouteflika, son entourage et le "système" s'en aillent.

Mais M. Bouteflika, 82 ans, affaibli par les séquelles d'un AVC qui depuis 2013 l'empêchent de s'adresser de vive voix aux Algériens et rendent rares ses apparitions publiques, refuse de céder le pouvoir.

Face à la contestation déclenchée le 22 février par l'annonce de sa candidature à un 5e mandat à la présidentielle du 18 avril, il a finalement renoncé à se présenter.

Mais il a reporté le scrutin à après une conférence nationale chargée -à une date non précisée- de réformer le pays et de le doter d'une nouvelle Constitution. Et son mandat a ainsi été de fait prolongé au-delà de son expiration constitutionnelle le 28 avril.

Lors d'une tournée en Europe, le nouveau vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a répété que M. Bouteflika remettrait ses fonctions à un successeur élu lors de cette future présidentielle, une échéance pour l'heure incertaine.

- Fissures -

Avant le rassemblement de vendredi, étudiants, professeurs, professionnels de santé, avocats et magistrats ont tour à tour entretenu la mobilisation en manifestant cette semaine.

Côté pouvoir, les efforts du nouveau Premier ministre Noureddine Bedoui pour former le gouvernement rajeuni de "technocrates" promis aux protestataires, semblent toujours stériles, dix jours après sa nomination.

Et le camp présidentiel apparaît plus divisé que jamais.

Mercredi, le patron de la formation de M. Bouteflika, le Front de libération nationale (FLN), a assuré que l'ancien parti unique, au pouvoir depuis 1962, soutenait le mouvement de contestation, tout en prônant le "dialogue" proposé par le chef de l'Etat.

Du côté du principal allié, le porte-parole du Rassemblement national démocratique (RND), Seddik Chihab, a affirmé que le parti s'était "trompé" en soutenant la candidature de M. Bouteflika à un 5e mandat.

Plus grave, il a accusé des "forces non constitutionnelles" de diriger le pays, disant ne pas savoir qui décide "réellement" à la présidence.

Le RND, parti de l'ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, récemment sacrifié à la colère populaire, a eu beau se démarquer des déclarations de son porte-parole, les protestataires voient dans l'apparent délitement du "système" un encouragement à poursuivre la mobilisation.

AFP

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