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Aux Comores, le retour des vieux démons du séparatisme

"Il se fout de nous !" Chapelet en main, "Farouk" égrène les raisons de sa colère contre le président comorien Azali Assoumani. La liste est si longue que dimanche, ce fonctionnaire de l'île d'Anjouan ira voter avec la ferme intention de l'envoyer à la retraite.

L'ombre a ramené un peu de tiédeur dans les ruelles tortueuses de la médina de Mutsamudu, la capitale de l'île, mais "Farouk" n'en finit pas de bouillonner.

"C'était à notre tour de choisir un président en 2021. Et il (M. Azali) vient nous dire qu'on va devoir attendre huit ans de plus", fulmine le jeune homme, qui préfère taire son nom par peur des représailles. "Moi je vous le dis, ça va chauffer. On ne va pas se laisser faire !"

Dans sa ligne de mire, la réforme constitutionnelle du président Azali adoptée l'an dernier par référendum, et la présidentielle anticipée cette année au lieu de 2021.

La réforme a réduit l'autonomie des trois îles (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli) du petit archipel de l'océan Indien et étendu de cinq à dix ans le mandat qui leur est accordé à tour de rôle pour diriger l'Union des Comores.

Voilà le tour présidentiel d'Anjouan repoussé à 2029, celui de Mohéli à... 2039.

Tout au long de la campagne qui a précédé le premier tour de la présidentielle, l'opposition a fait de cette nouvelle "tournante" et du calendrier électoral son principal angle d'attaque contre le sortant.

- 'En colère' -

"Quand on dit aux Anjouanais +vous ne voterez pas en 2021 (pour un président originaire d'Anjouan) mais en 2029+, forcément ils sont en colère", argumente Moustafa Said Check, le porte-parole de l'Union de l'opposition. "Azali a sous-estimé la réaction de la population, c'est une grosse erreur."

Depuis l'indépendance des Comores en 1975, Anjouan, l'île la plus pauvre et la plus peuplée de l'archipel, a toujours été réfractaire à l'autorité de la capitale Moroni.

De 1997 à 2000, elle a même fait sécession. Jusqu'à ce qu'un an plus tard, un accord signé sous la pression de l'Union africaine (UA) instaure une présidence tournante tous les cinq ans entre les trois îles, un principe qui a préservé tant bien que mal la stabilité politique de l'archipel.  

Pour ses adversaires, c'est cet équilibre que la réforme du président-candidat Azali menace aujourd'hui, au point de raviver les vieux démons du passé.   

"On risque de voir renaître le séparatisme à Anjouan", s'inquiète Mahamoudou Ahamada, l'un des plus sérieux rivaux de M. Azali dans la course à la présidentielle.

Figure de l'irrédentisme anjouanais, Soifaoui Saïd Halidi Makany a fait partie du premier cercle des proches d'Azali Assoumani pendant quatorze ans. Le référendum constitutionnel l'a brouillé avec son compagnon de route.

"Les Anjouanais ont été maltraités, ici c'est la dictature", vocifère le vieil homme. "Je n'irai pas voter pour Azali, ce serait ravaler mon crachat (...), beaucoup d'Anjouanais vont voter contre lui et il va le payer cher."

"Le premier tour va se jouer ici", insiste M. Makany, en rappelant que son île accueille à elle seule un tiers des électeurs comoriens inscrits.

- 'Ca va péter' -

Sûr de ses convictions, le camp du chef de l'Etat rétorque qu'un changement institutionnel était devenu nécessaire.

"Avec l'ancienne +tournante+, le chef de l'Etat faisait son mandat, empochait et s'en allait sans rendre de comptes à la population. Là, il va devoir le faire. Et il aura plus de temps pour suivre ses chantiers", plaide Ali Mliva Youssouf, secrétaire général de la Mouvance présidentielle.

"On a beaucoup souffert du séparatisme. Alors j'ai dit ça suffit", abonde le "repenti" Djaanfar Salim Allaoui, ex-ministre de l'Intérieur du gouvernement sécessionniste. "Maintenant il faut penser au pays Comores, à son développement. Il y a tant de misère."

"Les Comoriens veulent des routes, des hôpitaux et à manger tous les jours", insiste à son tour M. Mliva, "je crois qu'ils se foutent de la tournante".

Pas si sûr. En octobre dernier, une poignée de jeunes en armes ont défié le pouvoir de Moroni en tenant plusieurs jours la médina de Mutsamudu au nez et à la barbe de l'armée, avant de prendre la poudre d'escampette.

En coulisses, beaucoup s'inquiètent aujourd'hui d'un risque d'explosion à Anjouan.

Surtout si, comme l'en soupçonnent ses adversaires, Azali Assoumani "force" les résultats pour passer dès le premier tour de scrutin dimanche. "S'il n'y a pas la main invisible, il ne passe pas, c'est impossible. Ici, tout le monde est contre lui", assure un commerçant anjouanais. "Ca risque de péter dimanche, tous les ingrédients sont là".

AFP

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