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Manifestation à Alger le 29 avril 2012. AFP/FAROUK BATICHE
Manifestation à Alger le 29 avril 2012. AFP/FAROUK BATICHE

L'Algérie, le pays où il est difficile de défendre les droits de l'homme

Les militants des droits de l'homme sont nombreux à défiler devant les juges. Ils risquent la prison.

Mise à jour du 13 septembre: Jugé par le tribunal de Ksar Boukhari, situé à 150 kilomètres d'Alger, le militant Abdelkader Kherba a été acquitté et remis en liberté, a annoncé hier Maghreb Emergent. Le 16 septembre, il sera de nouveau jugé en appel à Alger, pour des faits liés à sa solidarité avec les greffiers, qui avaient observé une longue grève de la faim. En première instance, Abdelkader Kherba avait été condamné à un an de prison avec sursis. Pour le site algérien, «une nouvelle icône de la contestation est née en Algérie».

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Ksar El Boukhari, une ville des hauts plateaux, sur la route du sud, à seulement 150 kilomètres d'Alger. Un grand village paisible où le calme a été rompu un certain 21 août 2012 à cause des coupures d'eau trop fréquentes.

Ras-le-bol général, les habitants sortent dans la rue et se révoltent. Originaire de la région, Abdelkader Kherba, militant de la ligue algérienne des droits de l'homme et porte-parole du comité de défense des droits des chômeurs, qui multiplie les actions de contestation depuis plus d'un an, décide de filmer le soulèvement.

Connu par les forces de l'ordre, il ne passe pas inaperçu. La police s'en prend très vite à lui... Son appareil est saisi et il est écroué pour «outrage à agent de l'ordre». Et c'est loin d'être une première pour lui.

Un habitué des tribunaux

En avril 2012, il avait été arrêté dans des circonstances presque similaires  pour «incitation à attroupement illicite», lors d'une manifestation tenue par des personnes travaillant dans le secteur de la justice, auxquels il voulait apporter son soutien.

Il avait été condamné à un an de prison avec sursis. En détention provisoire depuis le 21 Août, Kherba a entamé une grève de la faim pour contester ce second procès qu'on lui colle «injustement».

Le procureur du tribunal de Ksar El Boukhari a requis le 4 septembre 2012, un an de prison ferme contre lui. Le verdict tombera le 11 septembre. Abdelkader Kherba n'est pas le seul militant des droits de l'homme à faire face aux juges pour un tel délit. A quel jeu joue la justice algérienne? Serait-ce de l'acharnement?

«Le régime algérien s'acharne sur tout ce qui paraît organisé», répond d'emblée, Maître Amine Sidhoum, coordinateur du réseau d'avocats pour la défense des droits de l'homme. La justice n'est pas indépendante en Algérie et elle reste l'instrument de répression le plus féroce du régime.

Coupable de vouloir le changement

«Les jeunes qui manifestent anarchiquement, cassent et crient ne leur font pas peur. Les gens qui filment, communiquent, pensent et préparent leurs actions sont dangereux. Le régime charge la justice, qui est un de ses moyens de répression, de casser ces personnes», explique encore Me Amine Sidhoum, membre du collectif de défense de Abdelkader Kherba.

D'autres militants des droits de l'homme défileront durant ce mois de septembre devant les juges. Quatre d'entre eux ont justement été arrêtés parce qu'ils s'étaient rassemblés en soutien à Abdelkader Kherba, lors de son premier jugement.

Othmane Ouameur, militant du RDLD (Réseau de défense des libertés et de la dignité),  Yacine Zaid, syndicaliste et membre du conseil national de la LADDH (Ligue Algérienne de défense des droits de l’homme), Abdou Bendjoudi membre du MJIC (Mouvement de Jeunesse indépendante pour le changement), et Lakhdar Bouzini, syndicaliste, comparaîtront devant le tribunal de Bab El Oued, le 27 septembre 2012.

Ils sont accusés d'incitation à attroupement non-armé. Pour contrecarrer les opposants au régime qui réclament le changement, la justice s'appuie sur des articles de lois plus ambigus les uns que les autres.

Les articles 97- 98- 99 et 100 du code de procédure pénale prévoit des peines d'emprisonnement allant de deux mois à 5 ans pour toute personne ayant pris part à un rassemblement qui «peut troubler l'ordre public», que l'attroupement soit armé ou non armé.

A quel moment précis une manifestation pacifique peut troubler l'ordre public? C'est justement laissé à l'appréciation des policiers sur le terrain.

Une police aux ordres

«Les policiers travaillent sur ordres et choisissent leurs cibles. Sinon comment expliquer que sur tous les citoyens de Ksar El Boukhari qui ont manifesté dans la rue le 21 Août dernier, seul Abdelkader Kherba a été arrêté?», se demande Othmane Ouameur, l'un des militants qui doivent comparaître devant le juge le 27 septembre prochain.

Lors de son arrestation, Othmane raconte que la police l'avait abordé avant même qu'il n'arrive au lieu du rassemblement prévu ce qui prouve que l'ordre avait été donné de l'arrêter.

D'autres militants connus pour leur stoïque engagement étaient également de la partie ce jour là, mais eux, n'ont pas été dérangés plus que ça;

Hamid Ferhi, militant chevronné du MDS (Mouvement démocratique et social) avait été arrêté et conduit à un autre commissariat pour être relâché très vite.

Pourquoi n'a-t-il pas reçu comme les quatre autres militants une citation à comparaître? Kader Fares Affak, militant de toutes les luttes démocratiques depuis plus de 15 ans pense justement que c'est pour créer la confusion.

«Ils tentent de pervertir un mouvement qui est déjà très complexe et veulent éviter une trop forte mobilisation. L’arrestation de Hamid Ferhi aurait été plus problématique pour eux, ils l'ont donc relâché et ont décidé de centrer leur attention sur des militants moins connus et moins chevronnés».

Les militants sont traqués, les appels à la mobilisation se multiplient et de nouveaux sigles apparaissent pour défendre les droits de l'homme en Algérie. La résistance semble là et le bras de fer s'annonce ardu.

«Non, détrompez-vous!», dénonce un militant complètement désabusé.

«On créé l'illusion, on s'agite mais le militantisme algérien n'a jamais autant souffert de vacuité qu'en ce moment même!».

Ira-t-il à Ksar El Boukhari pour soutenir tout de même Kherba le 11 septembre prochain.

«Oui, évidement parce qu'il le faut bien, il risque tout de même la prison!». Abdelkader Kherba est déjà en prison depuis deux semaines et risque d'y passer encore une année. 

Fella Bouredji 

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Fella Bouredji

Critique littéraire et journaliste au quotidien algérien El Watan

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Abdelaziz Bouteflika

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