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Un kisoque à journaux à Treichville, un quartier d'Abidjan, novembre 2010. ©REUTERS/Luc Gnago
Un kisoque à journaux à Treichville, un quartier d'Abidjan, novembre 2010. ©REUTERS/Luc Gnago

La réconciliation ivoirienne se fera aussi grâce aux médias

La presse peut jouer un rôle essentiel dans les efforts de reconstruction de la Côte d'Ivoire. Mais, pour cela, elle doit renouer avec les règles de base du journalisme.

Mise à jour du 12 septembre 2012: L'organe de régulation de la presse écrite ivoirienne a décidé la suspension pour une durée de une à deux semaines de six quotidiens proches de l'ancien président Laurent Gbagbo, a-t-on appris le 12 septembre auprès du Conseil national de la presse (CNP).

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Pour le plus grand plaisir des populations, les médias ivoiriens ont décidé de procéder, enfin, à un profond réexamen en de la déontologie journalistique.

Après les violents traumatismes vécus par ces populations pendant de nombreuses années, puis lors de la guerre civile postélectorale de 2011, il fallait donc agir.  

A quelques jours de la rencontre entre le chef de l’Etat ivoirien et l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), plusieurs actions d’envergure initiées par les différentes organisations professionnelles des journalistes montrent une réelle détermination à changer leur image tant au niveau national qu’au niveau international.

L'objectif est de revaloriser le métier de journaliste, fortement déconsidéré.

Des séminaires ont été tenus à Grand-Bassam et à Yamoussoukro, afin de dégager des résolutions et recommandations destinées à apporter des solutions aux différentes problématiques dont souffrent les médias en Côte d’Ivoire.

Le premier quotidien ivoirien, Fraternité Matin, a initité un débat sur plusieurs dans ses récentes parutions sur «le rôle de la presse dans la réconciliation nationale».

Un thème fondamental, qui demeure au cœur du processus de réconciliation nationale et du retour de la paix en Côte d’Ivoire.

Ce n’est un secret pour personne; les médias ivoiriens ont une très grande part de responsabilité dans le chaos qu’a connu la Côte d’Ivoire, depuis près de vingt ans.

Malgré cette part de responsabilité reconnue par une partie des acteurs de la profession, comment déterminer leur culpabilité, quand on sait à quel point ils sont eux-mêmes soumis aux volontés des acteurs politiques?

Alors, la question qui est posée aux médias par Fraternité Matin, dans le cadre du processus de réconciliation nationale, peut l’être aussi aux acteurs politiques, propriétaires, actionnaires ou commanditaires desdits médias.

Sortir de l'emprise des partis politiques

Aujourd’hui, personne ne peut nier le rôle déterminant des formations politiques et des médias dans la manipulation des populations ivoiriennes. Cela a conduit à des oppositions et favorisé un climat de haine entre les Ivoiriens.

Chacun sait également que ces médias politisés ne font pas de l’information, mais de la communication politique et idéologique élaborées par les acteurs politiques de tout bord.

Les populations étant en grande partie peu instruites, elles n’ont pas le recul intellectuel nécessaire pour analyser les informations véhiculées ici et là par les différents médias.

Quand on y rajoute de la manipulation politico-religieuse, qui exploite allègrement les misères sociales, les médias deviennent alors des acteurs secondaires de ce drame ivoirien. Les solutions sont déjà connues et plusieurs fois dites par les différentes organisations professionnelles des journalistes.

Ce sont par exemple: la libéralisation des médias; une réelle liberté d’expression y compris pour les médias d’Etat, mais surtout pour ceux de l’opposition; le respect de la déontologie et l’objectivité absolue dans le traitement de l’information; de meilleures conditions de travail ainsi qu’une rémunération digne de cette noble et pénible profession; une véritable politique de formation des journalistes adaptée à nos réalités sociopolitiques nationales; lutter contre «les rats», ces faux journalistes indésirables qui nuisent à la profession; et enfin, révolutionner la profession en interdisant les médias sous contrôle des partis politiques.

Il est évident que ce dernier point sera le plus difficile à réaliser pour deux raisons.

Premièrement, les populations sont fortement conditionnées depuis deux décennies à ne lire que les journaux proches de leur idéologie politique et à regarder la télévision publique que lorsque leur parti politique est au pouvoir.

Deuxièmement, il sera très difficile pour ces différents partis politiques de se séparer réellement de leurs médias de communication, de peur de perdre de fait leur électorat, conditionnés psychologiquement dans cette logique politique.

En relevant ces défis, les médias ivoiriens joueront un rôle historique dans le processus de réconciliation nationale. Mais pour cela, il faudrait une réelle prise de conscience des partis politiques quant à leur responsabilité dans la perte de crédibilité de la presse en Côte d'Ivoire.

Macaire Dagry

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Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

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