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Patrouille ivoirienne à la frontière ivoirienne, le 17 juin 2012. REUTERS/ Luc Gnago
Patrouille ivoirienne à la frontière ivoirienne, le 17 juin 2012. REUTERS/ Luc Gnago

Le dialogue est-il vraiment possible en Côte d'Ivoire?

Tous les partisans de Laurent Gbagbo doivent répondre clairement à la question de savoir s'ils soutiennent ou non ceux qui attaquent la Côte d’Ivoire.

L’Afrique qui désespérait tant le reste du monde commence donc à faire rêver. Parce que l’on y retrouve une énergie et une croissance que l’on a du mal à voir ailleurs.

Et notre continent commence à redevenir fréquentable. L’on a vu, récemment, la longue tournée de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, en Afrique.

Il s’agit de ne pas laisser les autres, en l’occurrence les Chinois, profiter seuls de cette opportunité qu’offre la «terre des ténèbres», comme certains écrivains européens qualifiaient, jadis, notre continent. L’on est passé, depuis quelque temps, de l’afro-pessimisme à l’afro-optimisme.

Devant notre misère qui semblait nous coller viscéralement à la peau, devant nos guerres, nos coups d’Etat, la corruption qui rongeait toutes nos valeurs éthiques, nous, Africains, avions commencé à douter de nous-mêmes, à nous demander si nous avions les mêmes cerveaux que les autres; si, au fond, il ne fallait pas donner raison à ces passages de la Bible que certains avaient interprétés comme signifiant que Dieu avait maudit à jamais les hommes de couleur noire.

Un homme de couleur, comme on dit aux Etats-Unis, c’est-à-dire un homme qui n’est pas totalement blanc, préside, depuis quatre ans, aux destinées de l’Amérique des nègres travaillant jadis au rythme des coups de fouet dans les champs de coton du sud, l’Amérique du Ku Klux Klan, de la ségrégation légalisée.

Nous aurions dû comprendre, depuis l’élection de Barack Obama, que tout était désormais possible dans ce monde, y compris un sursaut de l’Afrique. Oui, aujourd’hui l’Afrique qui désespérait le reste du monde commence à se réveiller et à faire rêver!

Soyons les premiers à rêver avec notre continent, à être positifs et à en tirer les profits. Mais ne soyons pas trop euphoriques.

Des nuages commencent à obscurcir notre horizon

Les raisons de désespérer n’ont pas toutes disparu. Au nord du Mali, on coupe les mains aux voleurs et l’on lapide à mort les couples décrétés illégitimes par des fanatiques bornés; entre la Centrafrique, l’Ouganda et la RDC (République démocratique du Congo), la rébellion moyenâgeuse de Joseph Kony enlève et fait violer des enfants qu’elle transforme en esclaves sexuelles et bêtes à tuer, et en RDC, une rébellion est aussitôt remplacée par une autre. Notre pays et notre chef d’Etat figurent parmi ceux qui font espérer de notre continent.

Mais depuis quelque temps, des nuages commencent à obscurcir notre horizon. Parce que certaines personnes, qui n’ont pas encore digéré leur défaite dans les urnes, ont choisi d’utiliser les armes, non pas pour récupérer le pouvoir qu’elle ont perdu, mais surtout pour faire échouer celui qui est aujourd’hui à la tête de l’Etat.

Faire échouer Alassane Ouattara signifie faire en sorte qu’il n’y ait pas de nouvelles routes, pas de sécurité pour les habitants de ce pays, pas d’écoles pour nos enfants, pas de travail pour eux, pas d’évolution.

Allons-nous accepter, nous Ivoiriens, sans broncher, que des personnes qui n’ont cessé, depuis des années, de nous démontrer leur nocivité et de nous tirer vers la régression, nous enfoncent dans la violence aveugle, dans l’obscurantisme?

Nous sommes à l’heure où ceux qui veulent que notre pays fasse aussi rêver le reste du monde se déterminent. Qui soutient ceux qui, régulièrement, attaquent nos forces de l’ordre?

Il y a quelques jours, les leaders du FPI («Forces populaires ivoiriennes») ont appelé au dialogue. A la bonne heure! Mais dialogue avec qui?

Que l’on arrête avec le double langage

Avec ceux qui ont les armes à la main et rêvent de renverser ce pouvoir par la force? Dialogue avec le FPI? FPI et rébellion armée font-ils un, ou sont-ils différents?

Si ce parti et tous ceux qui ont soutenu Laurent Gbagbo veulent véritablement prendre leur place dans la reconstruction de notre pays et exigent, pour cela, un dialogue avec le pouvoir, qu’ils se désolidarisent, de façon claire, de ceux qui attaquent le pays par les armes.

Il faut que l’on arrête avec le double langage. Le maire de Yopougon, membre du FPI, le docteur Yao Yao Bertin, a publié une tribune dans laquelle il se désolidarise clairement des positions extrémistes de ses camarades.

Nous l’en félicitons! Nous attendons que les autres en fassent autant. Parce que nous connaissons un peu le FPI, nous savons que l’une de ses tactiques est de parler de paix, de dialogue, tout en provoquant le pouvoir, afin qu’il use de répression à son égard, dans le but de démontrer que l’on vit sous une dictature. C’est la posture que ce parti a adoptée ces derniers temps.

Laurent Akoun doit jubiler dans sa prison, avec sa condamnation à six mois de prison. Tout en devenant un héros pour ses camarades, il leur donne de la matière pour faire accuser le président Ouattara d’être un ennemi de la liberté. Pendant que les attaques à main armée vont continuer.

C’est à nous, Ivoiriens, de demander solennellement au FPI et à tous les partisans de Laurent Gbagbo de répondre clairement à cette question: soutenez-vous ou non ceux qui attaquent la Côte d’Ivoire?

Si la réponse est négative, nous serons parmi les premiers à exiger du chef de l’Etat qu’il dialogue avec vous.

Venance Konan

 

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Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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