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Algérie: le pouvoir veut convaincre

Le pouvoir en Algérie s'efforce de convaincre la rue du bien-fondé de la prolongation sine die du mandat du président Abdelaziz Bouteflika et de son plan de réformes, à la veille d'un vendredi décisif pour le mouvement de contestation populaire.

L'Algérie est le théâtre depuis le 22 février de manifestations d'une ampleur inédite depuis 20 ans déclenchées par la décision de M. Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 et à la santé défaillante, de briguer un 5e mandat.

Face à la pression de la rue, le président a annoncé lundi renoncer à se présenter et reporter la présidentielle prévue le 18 avril. Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a par ailleurs été remplacé par le ministre de l'Intérieur Noureddine Bedoui.

La nouvelle tête bicéphale du gouvernement - toujours pas formé -, M. Bedoui et le vice-Premier ministre Ramtane Lamamra ont entamé jeudi matin à Alger une conférence de presse conjointe.

"La situation générale du pays est sensible", a déclaré le nouveau Premier ministre, en ouvrant la conférence de presse, "il existe des tensions qui ne permettent pas de prendre en charge les revendications".

"Il faut faire preuve de sérénité et ½uvrer dans le calme", a expliqué M. Bedoui, préfet de carrière, qui a justifié le report de la présidentielle, jugé illégal voire inconstitutionnel par nombreux, par la "volonté du peuple".

"Il n'y a rien au-dessus de la volonté du peuple", a-t-il argué, défendant le dialogue comme moyen de sortie de la crise actuelle.

La veille, M. Lamamra, diplomate chevronné et apprécié, a, lors d'un entretien de 90 mn à la radio nationale, vanté les mérites du plan de travail proposé par M. Bouteflika: une Conférence nationale, chargée de proposer des réformes profondes et d'élaborer une nouvelle Constitution avant d'organiser une présidentielle à l'issue de laquelle M. Bouteflika passera le flambeau.

- "Un changement radical" demandé -

Pour le président Bouteflika, "il ne s'agit pas de rester au pouvoir pendant quelques semaines ou quelques mois de plus", a-t-il assuré, "la priorité absolue est de réunir les Algériens et de leur permettre d'aller ensemble vers un avenir meilleur".

Il n'avait pas terminé qu'un autre ancien diplomate, Lakhdar Brahimi, 85 ans, réputé proche de M. Bouteflika qui l'avait reçu la veille, défendait à son tour à la télévision nationale les solutions proposées par le chef de l'Etat, face à cette contestation sans précédent depuis qu'il a été élu à la tête de l'Etat il y a 20 ans.

Un "changement radical est demandé et l'Algérie est aujourd'hui à un tournant dangereux", a estimé cet ancien haut représentant de la Ligue arabe et de l'ONU, "il faut un véritable dialogue (...) le changement ne peut pas se faire en une nuit".

La tâche ne sera pas aisée. L'euphorie de l'annonce par M. Bouteflika du retrait de sa candidature contestée à un 5e mandat passée, étudiants et professeurs ont repris la rue cette semaine contre le prolongement d'autorité sine die du mandat du chef de l'Etat.

"Il faut convaincre", a admis jeudi Ramtane Lamamra, sans apparemment réussir et sans avancer de date pour un départ du président Bouteflika.

Sur les réseaux sociaux, les réactions étaient négatives, reprochant notamment à MM. Lamamra et Brahimi, d'être des "produits du système" aujourd'hui dénoncé.

Mardi et mercredi, étudiants accompagnés d'universitaires, puis professeurs du secondaire accompagnés de leurs élèves ont à nouveau crié "Non au prolongement du 4e mandat".

Et les appels à manifester pour un quatrième vendredi consécutif se multiplient sur les réseaux sociaux. Notamment sous le hashtag "Mouvement_du_15_Mars", qui continue de se propager comme celui des 22 février, 1er et 8 mars, les trois vendredi précédents.

AFP

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