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Quand la petite reine devient le sport roi en Erythrée
Le cyclisme s’impose comme le sport roi en Erythrée. Bien loin devant le football. Un héritage de l'Italie, l’ex-puissance coloniale.
Sur les routes humides et froides du Tour de l'Avenir dans les Alpes françaises (26 août-1er septembre), dont une étape a été raccourcie pour cause d'enneigement au col de la Madeleine, les coureurs érythréens n'ont pas trouvé un climat à leur mesure.
Loin de la chaleur des hauts-plateaux d'Afrique de l'Est, Natnael Berhane, 21 ans, la star de l'équipe nationale, n'a pas pu éclabousser le «petit Tour de France» de son talent naissant.
A l'aise en montagne, ses carences en contre-la-montre ne lui ont pas permis d'accrocher mieux qu'une 19e place au classement général.
Mais la participation de l'Erythrée à cette course de référence mondiale pour les coureurs de moins de 23 ans est porteuse de promesses pour la génération dorée d'Asmara.
Un pays fou de cyclisme
Dans ce pays de la Corne de l'Afrique, sur les bords de la mer Rouge, le cyclisme fait figure de sport roi. Loin devant le football. Un héritage laissé par l'Italie, l'ex-puissance coloniale (1885-1941).
Le Tour d'Erythrée, premier événement sportif du pays, est un véritable élan de liesse populaire, où la foule hystérique encourage dans une folle passion «ses» coureurs.
Daniel Teklehaimanot, 23 ans, leader du peloton érythréen et coureur professionnel au sein de l'équipe australienne Orica-GreenEdge est fêté comme une rock-star à chacun de ses retours au pays.
Après sa victoire sur le Tour du Rwanda en 2011, un accueil incroyable lui a été réservé à Asmara.
Avec un défilé en limousine devant des milliers de personnes dans les rues de la capitale, puis un dîner avec le président de la République Issayas Afewerki sous les ors de l'Asmara Palace Hotel.
Le grimpeur d'Asmara, sixième du Tour de l'Avenir en 2009, est pressenti pour être le premier noir africain à participer au Tour de France l'année prochaine.
Et grâce à ses succès aux championnats d'Afrique, il a offert à l'équipe nationale une première participation aux Jeux olympiques, à Londres.
Lors de sa victoire au sprint sur le Français Jérôme Pineau à Libreville sur le Tour du Gabon 2011, Daniel Teklehaimanot avait impressionné les observateurs.
«Ce succès montre que l'Erythrée est une vraie nation de vélo», avait réagi à l'issue de la course Jean-Renée Bernaudeau, le directeur sportif de l'équipe Europcar.
Domination continentale
Leader de la nouvelle génération érythréenne, Daniel Teklehaimanot n'est pas seul. Le jeune Natnael Behrane marche sur ses pas. Comme son aîné, il a remporté le Tour d'Erythrée, en 2010, tremplin vers le haut niveau.
Il part ensuite s'entraîner au Centre mondial du cyclisme (CMC) en Suisse. Sous la houlette de l'entraîneur Michel Thèze, grand dénicheur de talent et ex-entraîneur de Daniel Teklehaimanot, mais aussi de Chris Froome, le coureur de Sky, deuxième du dernier Tour de France derrière Bradley Wiggins.
Cet exil en Europe permet à Natnael Berhane de basculer dans une autre dimension et de rafler le titre de champion d'Afrique sur route devant son public dans les rues d'Asmara en 2011.
La razzia érythréenne est alors totale puisque la sélection nationale remporte le contre-la-montre par équipe devant l'Afrique du Sud et le Maroc, traditionnelles nations dominantes du cyclisme africain.
Des succès qui attisent les convoitises des équipes professionnelles. Natnael Behrane a été recruté par l'équipe Europcar où il évoluera aux côtés de Thomas Voeckler. Et il n'est pas le seul érythréen à rejoindre Daniel Teklehaimanot dans le peloton professionnel.
Tesfay Abrhaha (22 ans) et Merran Russan (24 ans) ont signé un contrat avec l'ambitieuse formation sud-africaine MTN-Ohubeka, qui évolue en division continentale.
Une nation de grimpeurs
«J'adore grimper. Les longs cols, comme dans les Alpes, sont là où je me sens le meilleur», affirme Daniel Teklehaimanot. La plupart des coureurs érythréens vivent à Asmara, à 2.340 mètres d'altitude, l'équivalent du col de l'Izoard dans les Alpes.
«Leur niveau d'oxygène dans le sang est régulièrement surveillé et ils tiennent la comparaison avec les athlètes européens hautement entraînés», explique Radek Valenta, un coach australien qui a entraîné l'équipe nationale d'Erythrée pendant trois mois, en 2009.
Selon Michel Thèze, Daniel Teklehaimanot a le potentiel pour devenir «un excellent grimpeur et un coureur de contre-la-montre, performant dans les course à étape avec un très bon niveau de récupération».
Un profil différent de Natnael Behrane qui est plutôt «un rouleur tout-terrain, très bon en moyenne montagne et dans les sprints en petit comité», indique Jean-Pierre Van Zyl, directeur du centre continental de l'Union cycliste internationale (UCI) à Johannesburg.
Pour franchir une nouvelle étape et rejoindre le gratin du cyclisme mondial, l'Erythrée doit maintenant développer ses infrastructures d'entraînement.
Un pari délicat dans un pays classé 153e en termes de revenu par habitant, selon les chiffres du FMI.
En 2011, le président Issayas Afewerki avait offert une prime de 100.000 nakfas (environ 5.200 euros) pour les coureurs ayant contribué au succès de Daniel Teklehaimanot sur le Tour du Rwanda.
Une goutte d'eau à l'échelle du cyclisme mondial loin d'être suffisante pour retenir les jeunes coureurs érythréens sur le chemin de l'exil. Unique chance de percer au plus haut niveau.
Camille Belsœur
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