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Les Bissau-Guinéens élisent leurs députés pour solder une interminable crise politique

Les Bissau-Guinéens élisent dimanche leurs députés avec l'espoir que ce vote contribuera à sortir d'une interminable crise au sommet de l'Etat de ce petit pays lusophone d'Afrique de l'Ouest longtemps réputé pour son instabilité, et non à l'y enfoncer davantage.

Quelque 760.000 inscrits sont appelés aux urnes de 07H00 à 19H00 (GMT et locales) pour un scrutin à la proportionnelle à un tour, avec pour la première fois un minimum de 36% de femmes candidates sur les listes des 21 partis en lice, pour 102 sièges à pourvoir. Les premiers résultats sont attendus 48 heures plus tard.

La crise a éclaté en août 2015 lorsque le président José Mario Vaz a limogé son Premier ministre, Domingos Simoes Pereira, chef du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui domine la vie politique depuis l'indépendance en 1974 et auquel M. Vaz appartient.

Elle inquiète d'autant plus la communauté internationale que l'élection de M. Vaz en 2014 avait marqué un retour progressif à l'ordre dans ce pays caractérisé par l'instabilité - avec des tentatives de putsch à répétition - qui a favorisé l'implantation de trafiquants de drogue sous la protection de hauts gradés.

A quelques heures du scrutin et au lendemain de trois semaines d'une campagne généralement calme, malgré un climat de méfiance autour de la révision des listes électorales, des heurts ont éclaté samedi à Gabu (est), près de la frontière guinéenne, selon des témoins.

Des jeunes ont lancé des pierres sur une délégation du PAIGC conduite par le Premier ministre, Aristide Gomes, et le président de l'Assemblée nationale, Cipriano Cassama, qu'ils accusaient de distribuer de l'argent à des femmes et des personnes âgées pour acheter leurs voix, ce que le parti a démenti, évoquant une réunion interne.

La police, débordée, a fait appel à la force de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'Ecomib, déployée pour sécuriser la transition politique après le dernier putsch qu'a connu le pays, en 2012, entre les deux tours d'une présidentielle interrompue de facto.

- Armée en alerte -

Le PAIGC (actuellement 42 sièges), le Madem-G15, formé par 15 députés frondeurs de l'ex-parti unique qu'ils ont amputé de sa majorité, et le Parti du renouveau social (PRS, 41 sièges), réputé proche d'une partie de la hiérarchie militaire, espèrent s'imposer dimanche, le Premier ministre étant issu de la formation victorieuse dans ce régime parlementaire inusité dans la région.

"Ce sont les élections les plus disputées de l'histoire de la Guinée-Bissau. On sort d'une crise politique de près de quatre ans et depuis plus de 20 ans, aucun gouvernement n'a terminé son mandat", interrompu par un coup d'Etat, a déclaré à l'AFP l'analyste politique Rui Landim.

Jusqu'à la désignation en avril 2018, grâce à une médiation de la Cédéao, d'un Premier ministre de consensus chargé d'organiser ces élections, le Parlement a été bloqué pendant deux ans, empêchant le vote du budget, et retardant le paiement des fonctionnaires, souvent à l'origine de grèves dans ce pays en permanente précarité financière.

Pour Bacar Mané, un déçu du PAIGC passé au PRS, le parti historique "a les moyens de gagner les élections. Mais depuis le temps qu'ils sont au pouvoir, ils n'ont pas tenu même 50% de leurs promesses".

Une sympathisante du PAIGC, Sum Lola Té, croit, elle, à une renaissance du parti grâce à "des nouveaux visages" parmi la direction.

Le scrutin sera supervisé notamment par des observateurs de l'Union africaine (UA) et de la Cédéao.

"Nous espérons que le vote sera tranquille et que tous les partis vont accepter les résultats", déclare Augustan Gomes, enseignant en philosophie dans un lycée, favorable au Madem.

L'annonce des résultats est généralement source de tensions dans ce pays, où l'armée a été mise en état d'alerte, ont affirmé samedi à l'AFP des sources militaires.

Un succès du PAIGC pourrait conduire à une nouvelle confrontation avec M. Vaz, alors qu'une élection présidentielle doit également se tenir d'ici à la fin du premier semestre.

Dans une résolution du 28 février, le Conseil de sécurité de l'ONU a salué la "retenue" des forces armées, insistant sur la nécessité qu'elles "continuent de s'abstenir de toute ingérence dans la situation politique".

Initialement fixé au 18 novembre, le scrutin a été reporté au 10 mars en raison de problèmes politiques et techniques, notamment dans l'enregistrement des électeurs.

AFP

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