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Des militaires ougandais utilisent un drone américain à Kampala, le 3 août 2012. REUTERS
Des militaires ougandais utilisent un drone américain à Kampala, le 3 août 2012. REUTERS

Une guerre des drones pour éteindre l'incendie islamiste

Les drones américains arrivent en Afrique. Et, après la Somalie, leur prochain terrain d’action sera probablement le Mali.

Mise à jour du 2 octobre 2012: Les autorités américaines ont engagé une réflexion sur de possibles bombardements de drones dans le nord du Mali contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), affirme mardi le Washington Post.

Le journal assure que le principal conseiller du président Barack Obama pour l'antiterrorisme, John Brennan, mène l'évaluation de la situation dans la région en coopération avec le département d'Etat et le Pentagone, et examine la possibilité d'une intervention américaine pour lutter contre ces groupes extrémistes.

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C’est la guerre secrète de Barack Obama. Premier président «noir» de la première puissance mondiale. Seul président américain dont le père était Africain.

Que retenir du mandat d’Obama sur le continent noir? La chute de Kadhafi, ce n’est pas lui, c’est Nicolas Sarkozy. La chute de Gbagbo, encore Sarkozy (décidément). Alors que retenir? Obama n’a pas «changé l’Histoire» sur le continent de son père.

Mais il fait «moins pire» qu’un autre démocrate, Bill Clinton, lequel a été d’une impuissance coupable devant les massacres de 1994 au Rwanda, dernier génocide en date de l’histoire contemporaine.

En pleine année électorale, il ne faut pas s’attendre à de grandes innovations dans la politique américaine en Afrique. Au moins officiellement. Car, c’est dans l’ombre que Washington mène une nouvelle guerre, au sud du Sahara: la guerre des drones.

L’armée américaine emploie depuis déjà plusieurs années ces petits avions sans pilote, qui peuvent lancer des missiles, au Pakistan et en Afghanistan. Avec une efficacité redoutable contre les combattants d’al-Qaida et les talibans.

Contre les miliciens shebab en Somalie

Elle les utilise également au Yémen, contre al-Qaida, ainsi que dans l’océan Indien, contre les pirates somaliens.

Mais de plus en plus, les drones sont lancés contre des combattants islamistes africains. Et d’abord, contre les miliciens shebab en Somalie, pays plongé depuis plus de 20 dans une anarchie totale.

Après le décès du Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, Obama a rendu un vibrant hommage à son allié de la Corne de l’Afrique dans la guerre contre le terrorisme.

Il n’a pas oublié qu’Addis Abeba laisse décoller de son sol, plus précisément de l’aéroport d’Arba Minch (sud), des drones qui frappent les cibles shebab en Somalie voisine.

La base d’Arba Minch est opérationnelle depuis fin 2011. Les militaires US ont reconnu son existence, tant il est difficile de la nier. Tout en affirmant qu’il ne s’agissait que de missions de surveillance, pour ne pas froisser l’allié éthiopien.

L’Ethiopie est un géant en devenir, tant sur le plan démographique, économique que sur le plan politique. Les Américains le savent, contrairement aux Français qui réduisent trop souvent ce pays à la terrible famine de 1984.

Et Washington n’est pas prêt d’abandonner l’Ethiopie, une place idéale pour surveiller le jeune et turbulent Soudan du Sud, la Somalie et ses milices et le détroit séparant l’Afrique de la péninsule arabique. Même si les Américains disposent, avec les Français, d’une base à Djibouti.

Les experts militaires vantent la précision quasi-chirurgicale

La nouvelle guerre des drones menée en Afrique par «Obama l’Africain» présente de nombreux avantages. Et tout d’abord la discrétion. Quel journaliste ira surveiller les drones qui décollent de l’aéroport hautement sécurisé d’Arba Minch, dans le sud reculé éthiopien?

Quels «touristes» chinois ou observateurs étrangers pourraient s’en approcher sans se faire remarquer?

Les experts militaires vantent la précision quasi-chirurgicale des frappes des avions sans pilote. Qui frappent vite et fort. L’objectif est de couper les têtes, de décapiter les mouvements, les unités combattantes.

En Somalie, les drones ont changé la donne

Bien sûr, il y a toujours et malheureusement  des «dommages collatéraux» dans les conflits. Et notamment au sein des civils. Mais il n’y a pas souvent de caméras pour les filmer.

Et la communication constitue une arme essentielle dans une guerre. Les Américains le savent trop bien depuis le désastre vietnamien. Les opinions publiques, endormies par des programmes de téléréalité à la TV, ne doivent pas frémir à la vue de cadavres. Surtout de femmes et d’enfants.

Dernier avantage des drones: il n’y a aucune perte humaine pour celui qui les commande. En somme, c’est un jeu vidéo qui fait des morts, mais uniquement dans la partie adverse. Une «guerre propre» pour la bannière étoilée.

Et en Somalie, les drones ont changé la donne. Les shebabs, désorganisés, reculent. Les forces de l’Union africaine avancent progressivement. Bien sûr, la guerre n’est pas gagnée. Mais «Mogadiscio la martyr» peut enfin souffler, elle a été débarrassée des «fous de Dieu».

Drôle de guerre décidément! Loin des médias et opinions publiques de l’Occident.

Et après la Somalie, c’est peut-être le tour du Mali.

Selon le Washington Post, des dizaines de militaires sont déployés au Burkina et occupent une partie de l’aéroport international de Ouagadougou. Objectif: surveiller les bandes islamistes au Sahel, et notamment dans le nord du Mali. Nom de code de l’opération: Creek Sand.

Les Américains ne manquent pas d’humour. Ils ont donné à cette opération le nom d’une célèbre bataille menée contre les cheyennes le 28 novembre 1864 dans l’ouest américain. En deux jours, ils avaient massacré 270 Indiens, hommes, femmes et enfants.

L’opération sera-t-elle aussi «concluante» contre les «fous de Dieu» d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI)?

Selon des cables diplomatiques américains révélés par Wikileaks, la base améicaine de Ouagadougou a été mise en place en 2007. Fin 2009, il y avait une soixantaine de personnes qui y travaillaient, civils comme militaires. Bien sûr, les autorités burkinabè n’ont jamais confirmé.

Selon le Washington Post, l’armée américaine n’utiliserait pas, depuis Ouagadougou, des drones mais des petits avions civils, de type Pilatus PC-12. Ce genre d’appareil peut décoller et se poser sur des pistes courtes et rudimentaires.

Ces petits aéronefs ne sont pas armés et servent uniquement à la surveillance des bandes armées.

Mais des informations non confirmées officiellement font état, avec de plus en plus d’insistance, de vols de drones occidentaux dans le Sahel, et notamment au-dessus de la tête enturbannée des islamistes du Nord-Mali.

Certaines sources font état d’une base dans le sud libyen, d’autres d’aérodromes isolés dans l’est mauritanien ou dans le nord du Burkina qui serviraient de bases de départ.

L’utilisation de drones est inévitable pour circonscrire puis éteindre l’incendie islamiste qui consume le Nord-Mali. L’Afrique de l’Ouest est à ce jour incapable d’envoyer, comme elle l’avait pourtant promis, une force de plus de 3.000 soldats pour délivrer le septentrion malien.

Mais les choses bougent. Des experts européens sont arrivés début août à Niamey pour former l’armée nigérienne. Ils feront de même en Mauritanie et au Mali.

Il est donc probable que dans le même temps des frappes aériennes aient lieu contre les bandes islamistes terrorisant les populations du Nord-Mali.

L’objectif est de frapper les têtes. Comme en Afghanistan et au Pakistan. Comme en Somalie également. Les chefs d’AQMI ont du souci à se faire.

Adrien Hart


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Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

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