mis à jour le

Un homme prie à la cathédrale Saint-Paul d'Abidjan, 03 avril 2005, REUTERS/Stringer
Un homme prie à la cathédrale Saint-Paul d'Abidjan, 03 avril 2005, REUTERS/Stringer

La Vierge pourra toujours pleurer, Gbagbo ne reviendra pas

Les rivalités politiques ne doivent plus jamais s'appuyer sur la fibre religieuse. Au risque de reproduire les drames du passé.

Depuis plus d’une décennie, la Côte d’Ivoire a basculé dans les abysses de la division, sur fond de manipulation ethnique et religieuse, largement exploitée par l’ancien pouvoir, à défaut de programme de société et de gouvernement.

Cette division a de fait entraîné le pays dans une partition totale.

Le nord était occupé par des rebelles qui revendiquaient le droit d’exister pleinement au même titre que tous les autres Ivoiriens.

Le sud, par l’armée régulière avec à sa tête un chef d’Etat, élu dans des conditions «calamiteuses», selon sa propre expression.

Morts pour rien

Malheureusement, cette situation a engendré des milliers de morts et de traumatisés qui ont tout perdu, pendant que les belligérants de part et d’autre s’enrichissaient de manière honteuse, dans le nord comme dans le sud.

Et cela, dans le seul but d’accéder ou conserver le pouvoir pour s’enrichir de manière indécente, sur les dépouilles de ceux et celles qui sont tombés pour que se réalisent leurs ambitions personnelles.

C’était la belle vie, pendant que de milliers de jeunes gens manipulés, affrontaient naïvement les balles des kalachnikovs au nom d’un idéal politique dont ils ignoraient les enjeux. La plupart se faisait tuer sans même savoir pourquoi.

Après des années d’affrontements et de défiances sans jamais réellement prendre le dessus les uns sur les autres, leurs chefs ont fini par s’unir malgré eux en faisant partie du même gouvernement.

L’un (Laurent Gbagbo) dirigeait la moitié d’un Etat naufragé et dépossédé de toute autorité; et l’autre (Guillaume Soro), administrait un gouvernement soumis à très haute pression par la formation politique du premier.

Qui manipule qui?

Malgré toutes les souffrances vécues par les différentes populations ivoiriennes durant toutes ces années, où on se détestait sans réels fondements, il y a encore des personnes qui restent réceptives aux différentes manipulations orchestrées par des pasteurs évangélistes, eux-mêmes manipulés par des acteurs politiques, pour de l’argent.

En fait, on ne sait plus qui manipule qui.

On fait croire ici et là, que des pasteurs ont eu des visions et révélations par Dieu en personne, leur signifiant qu’une guerre civile aura lieu en Côte d’Ivoire du 28 août au 17 septembre 2012.

Selon des révélations enregistrées d’un pasteur, qui font le tour du pays sur les téléphones portables, les dirigeants du pouvoir actuel seront tous anéantis, et Laurent Gbagbo libéré de prison pour revenir s’installer au pouvoir.

Ce qui est réellement inquiétant, c’est qu’il y a encore des personnes pour donner du crédit à ce genre de délire qui a conduit la Côte d’Ivoire dans une crise politique meurtrière, qui a fait des milliers de victimes.

Parmi elles, plusieurs sont mortes pour avoir cru qu’il s’agissait d’une guerre religieuse. Les chrétiens de Gbagbo contre les musulmans de Ouattara et ensuite contre les francs-maçons. Mais les francs-maçons de qui?

Les Gbagbo, ces mystiques

Jeune Afrique, dans son numéro 2621 du 3 au 9 avril 2011, intitulé, «ces francs-maçons qui vous gouvernent», révèle que Laurent Gbagbo et son oncle Laurent Ottro Zirignon sont des francs-maçons comme d’autres personnalités du FPI (Front populaire ivoirien), du RDR (Rassemblement des Républicains) et du PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain).

Cette réalité a été passée sous silence par les nouveaux inquisiteurs évangélistes, avec à leur tête, l’ex-Première dame, Simone Gbagbo, dont l’entourage proche était composé selon Jeune Afrique de nombreux francs-maçons.

Mais, «chut, ça, il ne faut pas le dire tout haut», ça ferait désordre dans la stratégie de manipulation des fidèles et militants, prêts à se sacrifier au nom de leur pasteur et de la lutte contre les «non croyants.»

On est toujours l’infidèle de quelqu’un

Ce qui est malheureusement ignoré de ces personnes manipulées, c’est que nous sommes tous considérés quel que soit notre croyance ou notre foi, comme des infidèles par d’autres croyants.

Cette réalité historique existe depuis la création des religions par l’homme et  s’est amplifiée avec la quête du pouvoir politique et économique, et le besoin de domination.

L’histoire des croisades et des guerres saintes nous montre bien à quel point cette notion de «fidèles et d’infidèles» reste relative, selon nos références religieuses.

Alors, pourquoi s’entretuer et se laisser manipuler pour le même Dieu que nous prions tous, différemment, par amour et pour la paix sur la terre, entre les hommes.

Depuis que le monde existe, depuis la Genèse dans l’Ancien Testament, les hommes se sont toujours entretués en étant convaincus que leur Dieu était meilleur que celui de l’autre, ignorant qu’il s’agit peut-être du même.

A moins, qu’il y en ait plusieurs, et dans ce cas, cela change tout.

Macaire Dagry

A lire aussi

Côte d'Ivoire: Pour qui pleure la vierge ivoirienne?

Gbagbo candidat au martyre chrétien?

Dieu va-t-il lâcher Gbagbo?

Tout va de travers en Côte d'Ivoire

Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

Ses derniers articles: Les Ivoiriens ont déjà les yeux rivés sur la présidentielle de 2015  La France ne peut plus faire l'impasse sur son passé esclavagiste  Les jeunes ivoiriens, prisonniers du désespoir et de la violence 

chrétiens

AFP

Paris expose l'histoire mouvementée mais toujours vive des chrétiens d'Orient

Paris expose l'histoire mouvementée mais toujours vive des chrétiens d'Orient

AFP

Le pape dénonce les attaques contre des chrétiens au Nigeria et en Centrafrique

Le pape dénonce les attaques contre des chrétiens au Nigeria et en Centrafrique

AFP

Au Nigeria, les chrétiens du Nord veulent "calmer les esprits indépendantistes"

Au Nigeria, les chrétiens du Nord veulent "calmer les esprits indépendantistes"

dieu

AFP

Le président de la Cour suprême kényane a deux maîtres: Dieu et la Loi

Le président de la Cour suprême kényane a deux maîtres: Dieu et la Loi

AFP

Kenya: le bidonville de Mathare écoute Dieu en attendant Odinga

Kenya: le bidonville de Mathare écoute Dieu en attendant Odinga

AFP

Quand les Nigérians s'en remettent

Quand les Nigérians s'en remettent

FPI

AFP

Côte d'Ivoire: dissension au FPI autour d'une candidature de Laurent Gbagbo

Côte d'Ivoire: dissension au FPI autour d'une candidature de Laurent Gbagbo

AFP

Côte d'Ivoire: le chef du FPI demande le retrait de Gbagbo d'élections internes

Côte d'Ivoire: le chef du FPI demande le retrait de Gbagbo d'élections internes

Charles Blé Goudé

Les vraies raisons de son transfèrement à la CPI

Les vraies raisons de son transfèrement à la CPI