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François Hollande, lors de conférende des ambassadeurs, le 27 août à l'Elysée. BERTRAND LANGLOIS / POOL / AFP
François Hollande, lors de conférende des ambassadeurs, le 27 août à l'Elysée. BERTRAND LANGLOIS / POOL / AFP

Hollande n'est pas forcément le bienvenu à Kinshasa

Les avis sont partagés sur l’opportunité de la venue du président français, et sur les effets qu’elle pourrait avoir sur le quotidien des Congolais.

Le suspense est donc terminé depuis le 27 août. Le président français, François Hollande, a annoncé lundi qu’il se rendrait bien au sommet de la Francophonie, prévu du 12 au 14 octobre dans la capitale de la République démocratique du Congo.

Il s’agira de son premier voyage officiel en Afrique depuis son élection en mai.

«Nous sommes d’accord avec sa venue. Mais qu’est-ce que cela va changer pour nous? Est-ce qu’il va aller voir comment vit le bas peuple, comme dans la commune Masina? Est-ce qu’une fois parti, il écoutera encore les Congolais? Les gens ici souffrent, à tous les niveaux!», déplore Marc.

Le grand paradoxe de la RDC, où deux tiers des 68 millions d'habitants vivent avec 1,25 dollar par jour malgré les immenses ressources naturelles du pays —notamment dans les provinces instable des Nord et Sud-Kivu (est), où des groupes armés locaux et étrangers se disputent le contrôle de mines.

«La venue de François Hollande est plutôt une bonne chose dans le sens où ça montre un peu de considération pour la francophonie et pour le pays, estime pour sa part Frédéric. Si vraiment ça va changer quelque chose pour le pays? Je ne pense pas, et je ne pense pas que les gens s’attendent à ce que ça change quelque chose: c’est juste une marque de respect pour le pays et la francophonie. En plus, si François Hollande ne venait pas, ça voudrait dire que la francophonie est une coquille vide, un corps sans tête, que cette rencontre n’est pas importante.»

«Qu’il vienne, nous devons lui parler»

Corinne —passionnée de langue française, mais qui n’a pas pu faire d’études— espère que François Hollande réalisera l’un de ses rêves.

«Il faut qu’il discute avec notre président (Joseph Kabila) pour construire une école. S’il peut nous faire une école gratuite, où on peut aller le soir pour étudier la langue française, ce serait bien. Une école où tout le monde pourrait continuer à étudier la langue française… Mais une école gratuite parce que l’école est trop chère pour nous…»

A l’Association africaine pour la défense des droits de l’Homme (Asadho), on aurait souhaité que le chef de l’Etat français «ne vienne pas», même si on se déclare désormais prêt à lui parler.

«Sur le plan de la démocratie et des droits de l'Homme, il y a beaucoup de problèmes qui se posent, observe l’avocat Jean-Claude Katende, son président. Nous estimons que sa venue constitue en quelque sorte une légitimation du pouvoir du président Joseph Kabila, alors que tout le monde sait qu'il a accédé au pouvoir dans des conditions contestées et contestables, et que les résultats des élections de 2011 n'étaient pas crédibles.»

C’est en partie pour ces raisons que des associations françaises et congolaises avaient plaidé pour un boycott, et que le principal parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), avait demandé une délocalisation du sommet.

Peut-être rassérénée  par un précédent: en 1991, le sommet de la francophonie qui devait avoir lieu à Kinshasa a finalement été organisé à Paris pour protester contre les violations des droits humains du régime du dictateur Mobutu Sese Seko (1965-1997).

«La position de l'opposition contre le pouvoir de Kabila est comme un combat d'arrière-garde, estime l’observateur politique congolais Hubert Kabungulu. Le pouvoir a été soutenu par l'Occident, de manière générale. La voix de la France était plus ou moins discordante, mais ce n'était pas clair par rapport à l'élection de Kabila. L'opposition n'avait pas de soutien sûr pour obtenir la délocalisation du sommet.»

Une délocalisation qui n’aurait par ailleurs pas fait l’unanimité. Certains y étaient farouchement opposés.

«C’est bon qu’il vienne car le président aura maintenant un œil sur ce qui se passe au Congo, il sera un peu attentif à tout ce qui va se passer, avance Nathalie. Il va voir le camp du président, mais aussi l’opposition et la société civile: l’opposition n’est pas au pouvoir, et voit ce qui ne marche pas, et la société civile vit avec la population, voit ses réalités… C’est important! Comment quelqu’un peut avoir une idée sur votre pays s’il n’a pas contacté tous ces groupes-là?»

«Au fond, ça changera quoi?»

«Il faut qu'on parle à François Hollande si ça peut faire avancer la question des droits de l'Homme, ajoute Jonas Tshiombela, président de l’ONG Nouvelle Société civile congolaise. En délocalisant, qu’est-ce que cela apporte? La question des droits de l'Homme sera toujours pendante! Nous organiserons un certain nombre de manifestations lors du sommet pour faire passer le message sur les droits de l'Homme, sur la lutte contre l'impunité, sur l'agression de notre pays» à l’est, où l’armée combat depuis mai une rébellion que l’ONU dit soutenue par le Rwanda, qui, lui, dément sans cesse.

Carine, elle, se moque de la venue de François Hollande. Mais elle s’interroge.

«Il vient pour le sommet, pourquoi est-ce qu’il veut rencontrer l’opposition? Il mélange tout! Qu’il se limite à son sommet!»

 Et de relever avec une pointe d’ironie que «JKK», Joseph Kabila Kabange, est plus «anglophone» que «francophone».

Une allusion à ses années passées en Tanzanie voisine, où il a appris la langue de Shakespeare, qu’il maitrise parfaitement.

Habibou Bangré, à Kinshasa

 

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Habibou Bangré

Habibou Bangré. Journaliste, spécialiste de l'Afrique. Elle collabore notamment avec The Root.

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