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Macky Sall et François Hollande à l'Elysée, le 6 juillet 2012. REUTERS/Philippe Wojazer
Macky Sall et François Hollande à l'Elysée, le 6 juillet 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Mais que fait (vraiment) la France face à la crise malienne?

La Syrie, les Roms semblent occuper toute l’activité médiatique de cette fin d’été... Pourtant, Paris a un rôle essentiel à jouer dans la résolution de la crise au Mali.

Le drapeau blanc frappé d’une arme automatique, d’un sabre et du Coran, flotte sur Tombouctou, Gao, et tout le nord-est malien tombé aux mains des islamistes d’Ansar Dine et d’Aqmi.

On y coupe désormais la main des voleurs, on y lapide les femmes adultères, on y détruit des mausolées, sous l’œil distrait de la communauté internationale, obnubilée par le conflit syrien.

Début avril, avant de quitter le ministère des Affiares étrangères, Alain Juppé avait dénoncé le «péril islamiste» que feraient courir les djihadistes armés dans cette région du Sahara, grande comme la France. Depuis, c’est le silence radio.

Raison officielle de cette discrétion, la présence dans la région de six otages français, deux enlevés au Mali et quatre au Niger par des islamistes.  

«La France s’active en coulisses», assure un diplomate occidental, reconnaissant cependant le peu de lisibilité de l’engagement de Paris au Sahel.

«On me demande souvent ce que fait la France», admet-il pour souligner les interrogations de partenaires européens considérant toujours l’Afrique de l’Ouest comme une zone d’influence française. Mais l’est-elle encore?

Ex-puissance coloniale au Mali, au Niger et au Sahara, la France n’a pas que des intérêts économiques, le pétrole du Golfe de Guinée, l’uranium d’Areva, ou les minerais rares, à préserver.

Elle doit aussi assurer sa sécurité sur ses frontières méditerranéennes qui seraient grandement menacées par l’implantation de camps d’entraînement islamistes à quelques centaines de kilomètres de ses frontières.

Et aussi, elle a grandement intérêt à s’engager plus vigoureusement dans une région déstabilisée par une série de crises successives en Côte d’Ivoire, au Niger, en Guinée et dernièrement au Mali.

Le Sahel, un enjeu majeur dans cinq ans

Non pas par pure philanthropie mais pour stopper le flot d’immigrants qui fuient ces pays. Un flot qui a grossi ces derniers mois grâce au laxisme ou à la corruption régnant dans certains consulats occidentaux délivrant des visas Schengen.

«Le Sahel va devenir un enjeu majeur dans les cinq ans qui viennent», prédit un diplomate sur un ton alarmiste. Et, il y a vraiment de quoi s’inquiéter car, sur le terrain rien ne bouge.

Le Mali, qui devrait être le principal intéressé à la reconquête d’une grande partie de son territoire occupé par les islamistes, s’oppose à une intervention militaire, y compris d’un contingent ouest-africain.

De toute façon, l’Etat malien est en lambeaux après le putsch qui a renversé Amadou Toumani Touré, le 22 mars 2012.

L’Algérie, qui voit un Etat islamiste s’implanter à sa frontière sud, n’a pas, pour le moment, l’intention de lever le petit doigt pour déloger ces «fous de dieu» sahéliens. Reste la Cédéao (communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) chargée de dénouer cette énième crise régionale.

Avec comme médiateur Blaise Compaoré, le président burkinabé, le «pyromane-pompier» de la région qui tente cette fois d’éteindre le foyer sahélien.

Le «beau Blaise», qui vient de fêter ses soixante ans sur terre et son quart de siècle à la tête de son pays en modifiant encore l’article 37 de la Constitution interdisant plus de deux mandats, privilégie pour le moment la voie de la négociation en misant sur les divisions entre islamistes.

Habitué à dîner avec le diable, il fait les yeux doux à Iyad Ag Ghali, le leader touareg d'Ansar Dine, qui cherche à se tailler un début de respectabilité sur la scène internationale.

Une politique de la main tendue qui n’est pas du goût de certains chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest (Niger, Bénin, Sénégal) partisans d’une action plus musclée. Mais pas prêts, comme le Tchad ou le Nigeria, à fournir des militaires pour réunir les trois à neuf mille hommes (les estimations ne sont pas précises) nécessaires à une intervention armée.

En face, quelques centaines d’islamistes qui emploient selon leurs besoins, des supplétifs, soldats perdus, pasteurs sans troupeaux, agriculteurs le jour, trafiquants la nuit, venus de toute l’Afrique de l’Ouest chercher pitance.

Et l'UE qui attend que Paris fixe le cap

Il faut dire que ces djihadistes d’Ansar Dine et d’Aqmi sont très généreux et très riches grâce à l’argent des rançons obtenues contre la libération d’otages et aussi des aides humanitaires (pour la construction d’écoles par exemple) versées par des pays comme l’Arabie saoudite ou le Qatar, le sponsor du PSG.

Sans compter l’argent de la drogue ou des armes qui circulent librement dans cette zone de non-droit et entretiennent des bandes purement mafieuses, dont celles du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest).

Ces ressources permettent d’assujettir les populations locales et aussi d’envoyer des prédicateurs salafistes prêcher la guerre sainte dans les pays voisins.

Certains d’entre eux ont été repérés et reconduits à la frontière au Burkina Faso, mais tous les pays de la région n’ont pas les moyens de faire preuve de la même vigilance.

Le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), le mouvement touareg plus laïc, tente de se relever de sa défaite militaire face aux islamistes et de retrouver un poids politique très entamé.

Dans cet embrouillamini très africain, la France cherche sa voie. Elle semble faire, pour le moment, confiance à la médiation Compaoré. Laurent Fabius a rencontré le 20 août Djibrill Bassolé, l’indéracinable ministre des Affaires étrangères burkinabé.

Comme d’habitude en Afrique, les Américains sont spectateurs, même s’ils suivent le feuilleton sahélien avec inquiétude. L’Union européenne attend que Paris lui indique le cap. Bref, pour l’instant, les islamistes sahéliens peuvent dormir tranquilles.

Philippe Duval

 

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Philippe Duval

Philippe Duval. Journaliste français, spécialiste de l'Afrique. Auteur de Côte d’Ivoire, chroniques de guerre (Harmattan, 2012).

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