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Un âne et un agneau © Bagsgroove/Flickr/CC
Un âne et un agneau © Bagsgroove/Flickr/CC

Ma condition d'animal en Algérie

Le bestiaire de l’Islamistan n’est pas aussi riche que le panthéon de l’hindouisme. C’est le propre des monothéismes peut-être: un seul Dieu et peu d’animaux dans ses parages.

Sur la scène de l’imaginaire algérien, les animaux n’ont pas beaucoup de place. Le Coran en cite quelques-uns mais le bestiaire coranique reste pauvre et sur une arche, un Noé algérien d’aujourd’hui, emportera peu d’espèces qu’il jugera utiles: beaucoup de moutons à manger, peut-être un caniche, des chardonnerets car ils se revendent bien, des canaris d’Espagne, un cheval, mais pas d’âne ni d’araignée. L’Algérien se soucie peu, généralement, des animaux. L’Islam ne l’y pousse pas et la Loi ne l’encourage pas.

Le chien n’est pas l’ami de l’islamiste

Mal vu par les islamistes, il est l’une des causes d’impureté qui obligent le musulman à refaire ses ablutions. Utile contre les voleurs, il est accusé cependant d’empêcher les anges d’entrer dans les maisons, selon la tradition. C'est un hadith qui le dit. Le chien mord, attaque, chasse l’étranger et l’ange, en même temps. Du coup, il a un statut ambigu: la pauvreté en a fait le meilleur ami de l’homme et le plus ancien système d’alarme. L’islamiste en a fait une bête maudite.

Une ambiguïté qui ne manque pas de créer des incidents: les Algériens peuvent élever un caniche parce qu’il est beau, qu'il impose l’idée d’un prestige financier et social. Mais ils peuvent aussi brûler le chien, juste pours s’amuser, comme cela est arrivé dans la wilaya (préfecture) de Sidi Bel Abbes, à l’ouest du pays.

Un chien sans maître a volé un morceau de viande lors d’un pique-nique de jeunes. Ces derniers l'ont poursuivi, attrapé et brûlé avec de l’essence. Ironie de l'histoire, l’animal martyrisé se refugia, en flamme, sous leur voiture qui finira elle aussi carbonisée.

Le chien peut aussi être un passe-temps des banlieues: pitbull, berger allemand, gardien, assistant de gardiennage…etc. Dans l’ensemble, il est utile mais reste «impur». Ce statut ambigu du chien en Algérie est illustré par bien d’autres anecdotes. Celle des fourrières canines à Oran par exemple.

Fiers de leurs statistiques (1.800 chiens errants ont été capturés depuis le début de l’année à ce jour et ont été acheminés vers la fourrière canine pour l’abattage qui se fait par électrocution, Ndlr), les agents de fourrière expliquent cependant leur dur métier de chasseurs urbains:

«Dans certaines localités, les citoyens se manifestent pour empêcher les agents à accomplir leur travail. Un paradoxe: d’un côté, ils se plaignent de la prolifération des chiens et d’un autre côté, ils s’opposent au travail des agents», racontent des employés de la mairie aux journalistes.

La chasse aux chiens est alors empêchée par les habitants des villages, parfois armés d’armes blanches! Résultats, les chasseurs des chiens se font accompagner d’agents de police pour attraper les chiens dont certains citoyens se plaignent...

Selon ces défenseurs du chien algérien, les sociétés privées dont s’aide la mairie «ne respectent pas les méthodes légales de la capture, et ne pratiquent pas l'abattage au niveau de la fourrière, puisque dans le meilleur des cas, les chiens capturés sont relâchés à nouveau dans d'autres communes». Ces chiens, à nouveau errants, représentent de nouvelles missions de capture que la mairie du village va devoir payer à la société privée qui ainsi se fait son argent.

 Car la chasse au chien, c'est de l’argent:

«Le nombre de chiens à capturer est fonction du budget attribué par chaque commune pour cette opération», précise les agents de la fourrière canine à Oran.

Pour les chiffres, on retiendra celui des morsures: chaque année entre 3.500 et 4.000 cas de morsures sont recensés, dont 75% sont provoquées par des animaux errants. Selon les sources, Oran-ville arrive en premier et près de 50.000 euros sont dégagés chaque année en facture de vaccin antirabique.

L’âne: hallal ou haram?

«En Algérie, dans la wilaya de Tébessa, à 16 kilomètres de la frontière tunisienne, plusieurs têtes d’ânes égorgés ont été retrouvées à même le sol ces derniers mois. Après enquête, les services de sécurité de Bir el-Ater, à 90 kilomètres de Tébessa, ont saisi une importante quantité de viande d’âne destinée à l’exportation», racontaient Slate Afrique.

C’en est devenu un mythe alimentaire algérien et une obsession:  

«Et si on m’avait fait manger de la viande d’âne?», se dit chaque Algérien devant la vitrine de son boucher.

L’arnaque a connu son heure de gloire durant la dernière décennie. Chez les rôtisseurs, les bouchers clandestins comme les bons bouchers, des ânes abattus étaient revendus en pièces et présentés comme étant du bœuf ou du mouton.

Si c’est interdit par la loi, l’âne n’est pas illicite du point de vue religieux, ou presque pas. L’essentiel est que c’est une tricherie punie par la loi. Du coup, de temps à autres, les services algériens démantèlent une filière «âne».

Surtout près des frontières est de l’Algérie, vers la Libye qui, pour cause de révolution, importe presque tout pour manger: le blé algérien dont les chiffres d’importation ont explosé et les viandes, celle de l’âne y compris. 

L’âne se mange mais il est aussi utile pour les contrebandiers eux-mêmes qui l’aiment beaucoup pour sa fidélité. C’était l’animal de transport par excellence des armes lors de la guerre de Libération, mais aussi du kif et autres exportations marocaines clandestines vers l’Algérie, du côté ouest.

Invisible, peu couteux, obéissant, discret, l’âne est l’ami de la contrebande des frontières depuis toujours. Avec le retour en force du commerce informel, il est l’animal de traction préféré des charrettes «Bouazizi» et des revendeurs ambulants de toute l’Algérie post-printemps arabe.

L’oiseau se vend bien

A Oran, il existe un gros marché d'oiseaux en cages qui concerne surtout les chardonnerets. Ils sont l'objet de contrebande, de trafic, de commerce qui conduisent à leur extinction.

Les chardonnerets algériens sont devenus une marchandise d’exportation illégale. Le commerce fait florès aux frontières, surtout avec le Maroc. Les saisies sont d’ailleurs nombreuses à l’ouest. En décembre 2010, 550 chardonnerets ont été saisis par la gendarmerie dans le véhicule d’un intermédiaire. Il expliqua les avoir acheté à un euro l’unité pour les revendre presque le triple à Alger, auprès d’un éleveur qui les revendait, à son tour, dix fois le prix, par la suite! Mais combien coûte l’oiseau de compagnie? Cela va de 3.000 à 20.000 dinars (entre 50 et 150 euros).

Si des commerces existent pour en assurer la nourriture et les produits de base, c’est la contrebande frontalière qui nourri les réseaux car ces espèces n’existent presque plus dans les forêts algériennes.

Le gouvernement s’est d'ailleurs vu forcé d’agir et de signer un décret de protection rapprochée pour certaines espèces. Un décret qui restera sans effet, ou presque. La liste des VIP à protéger compte le chardonneret élégant, l’aigle royal, la sitelle kabyle, la couleuvre à capuchon algérienne, le porc-épic, le singe magot, le hérisson, le cobra d’Afrique du nord etc. Au total, cette liste comprend «plus de 373 animaux dont des mammifères, des reptiles, des oiseaux, des insectes, des amphibiens».

Qui a tué le dernier lion de barbarie?

C'est un animal emblématique. Il sert de surnom aux héros de guerre. Krim Belkacem, un des pères de la guerre de Libération, a été surnommé par les Français «Le lion du Djebel».

Il a aussi donné son nom à une montagne à Oran, à l‘ouest d’Alger. Le mot «lion» est d'ailleurs aussi une étymologie possible du nom d’Oran: Oran veut dire Wahran, qui veut dire rugissement. Ce qui explique les deux statues de lions à l’entrée de la Mairie d’Oran, sculptées par l’artiste animalier français Auguste Caïn.

Le lion d’Algérie appelé aussi lion de barbarie (en latin «Panthera leo berberisca») a pour signes particuliers un pelage gris et une crinière abondante par rapport aux lointains cousins d’ailleurs.

Mais où sont-ils passés tous aujourd’hui? Selon les livres, les lions de Barbarie ont disparu de la Libye dès 1700. Le dernier lion de Barbarie a été tué en Tunisie en 1891 «près de Babouch, entre Tabarka et Aïn-Draham». Le dernier lion algérien? Il a été tué en 1893 près de Batna, à 97 km au sud de Constantine. Selon d’autres versions, le dernier lion a été abattu par des colons dans les forêts de Séraïdi (est de l’Algérie) vers 1890.

Précision, le dernier lion tué en Algérie n’est pas mort il y a un siècle mais il y a quelques années, en décembre 2004. Le fauve a été abattu par un policier, au zoo d’Oran, qui voulait sauver un enfant tombé dans la fosse aux lions de la ville. L’enfant sera sauvé, le policier décoré par le préfet de la ville et le lion abattu. Loin de l’histoire de tartarin de Tarascon, autre tueur de lions algériens.

L’outarde et ses émirs

L'outarde est un objet de conflit entre les Algériens qui ne se sentent pas arabes et les Arabes qui se sentent chez eux partout. C’est un des sujets qui fâchent le gouvernement et la presse algérienne. Tout ça à cause des émirs du Golfe qui viennent braconner dans le sud algérien la gazelle belle et l’outarde craintive.

Le massacre est énorme mais la discrétion du pouvoir en Algérie est, elle, totale. Autant que sa disponibilité: les émirs bénéficient de vastes zones franches de braconnages et de tout l’appui logistique des préfectures du sud.

Le scandale grossissant, un geste a été fait mais avec calcul: les Emiratis ont organisé une opération de remise en liberté de 500 spécimens d’outardes houbara. Autant pour se faire pardonner le massacre que pour assurer la disponibilité de la proie pour le sport favoris des Saoudiens et autres princes.

L’outarde algérienne, animal de plus en plus menacé, est souvent sacrifiée sur l’autel de l’amitié célèbre entre Bouteflika et les émirs. Le carnage est important mais les enquêtes sur ce braconnage sont quasi impossibles: la zone est fermée au reste des algériens.

Le fennec, fétiche du foot algérien

Ce renard, habitant l’Algérie plus qu’ailleurs, a fini par devenir le symbole officiel de son «onze». La raison? On ne sait pas. Dans la course africaine aux animaux fétiches des grands joueurs du ballon rond, le pays s’est offert le fennec, dernier animal «neutre»: ni haram, ni hallal, pas carnivore, mais omnivore, discret et rusé.

Sauf que depuis quelques années, le conservatisme local lui ôte un peu de son rôle: l’équipe nationale, dite celle des «guerriers du Sahara», est désormais sous le symbole de la guerre, du Djihad par les pieds, plutôt que de celui du Fennec, trop mou.

Les singes mangeurs de routes

Menacés un moment de disparition, il semble que les déséquilibres sécuritaires du pays leur aient donné bonne santé: le singe magot en est venu aujourd’hui à menacer les vergers et les récoltes des paysans dans les régions du parc de Djurjura et en Kabylie. Pour y remédier, une seule solution, l'abattage, à défaut d'autres.

Dans les limites de l’algérois, autre cas de figure avec les singes dit des gorges de la Chiffa. Là, ces animaux agiles et parasites provoquent des embouteillages de curieux. Ils sont aussi à l'origine d'un commerce de bananes, cacahuètes et sucreries vendus par des ambulants qui les revendent à des automobilistes...qui les donnent à des singes devenus parasites de la route.

Les rats de Camus

Comme dans le roman de La Peste, cela se passe à Oran. Les rats y sont de plus en plus nombreux, à vu d’œil et de chiffres. La raison? Elle est double. Il y a d'abord la prolifération des ordures et des décharges sauvages (pour lutter contre les rats, il faut les affamer, dira un responsable de la mairie) mais aussi les chantiers du tramway qui ont délogé les rats et les ont poussé vers la surface.

Selon les journaux, les quincailleries sont prises d’assaut par les habitants qui y achètent les dératisant en grandes quantités.

«Ces derniers temps, je vends tout produit permettant de venir à bout des rats et ce, quotidiennement. Je vends, durant une seule journée, jusqu'à quatre à cinq produits anti-rats», affirmera un vendeur dans une quincaillerie au Quotidien d’Oran.

Pour les chiffres, les mêmes sources affirment que «durant les trois dernières années, pas moins de 2.000 personnes ont été victimes de morsures de rats». En 2003, des cas de peste buboniques avaient même été signalés dans la région.

Le mouton, ami d’Abraham et de l’estomac

Le mouton est tellement aimé qu’ils ont été 3.500.000 a être égorgés en une seule journée,  à l’occasion de la fête de l’Aïd l’année passée, selon l’union des commerçants algériens. Les Algériens aiment manger le mouton, le sacrifier, l’élever et le revendre.

Le mouton reste la superstar de l’estomac algérien, bien avant la viande surgelée et la viande d’Inde que le pouvoir a importé cette année mais que les Algériens ont boudé.  

Le sanglier en liberté

C'est un roi protégé: il a la liberté de la vache en Inde et personne ne le mange en Algérie, ou presque. Les battues administratives sont devenues rares depuis des décennies, les chasseurs peinent à récupérer leurs fusils confisqués après la décennie de la guerre civile des années 90, malgré les marches et manifs, et les meilleures zones de chasse sont infestées par le maquis terroriste.

Du coup, le sanglier se porte bien, se multiplie et se promène. Le djihadiste armé est donc le meilleur ami du sanglier. Il empêche qu’on le chasse et ne le mange pas lui-même. Une bonne entente. Biologique.

Quelques chiffres à retenir cependant. A Oran (région non infestée par les groupes armés), lors de la dernière battue qui a duré d’octobre 2011 à mars 2012,  266 sangliers ont été abattus «contre 383 lors de la campagne de l'année précédente». Ainsi que  99 chacals mal aimés par les éleveurs de la région.

Le cheval, ce symbole

Bouteflika en a offert un à Nicolas Sarkozy en 2007. Il s’appelle «Kheir», ce qui veut dire «bien», «fortune». Bouteflika en reçoit beaucoup, lui aussi. Le cheval se mange surtout avec les yeux chez les Algériens. C’est un peu l’animal fétiche des conservateurs, des nostalgique de l’arabité pure, des turfistes, des tribus.

Kamel Daoud

 

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Le bestiaire de l’Islamistan n’est pas riche comme l’est le panthéon de l’hindouisme. C’est le propre des monothéismes peut-être : un seul Dieu et peu d’animaux dans ses parages. Donc, sur la scène de l’imaginaire algérien, les animaux n’ont pas beaucoup de place. Le Coran en cite quelques uns mais le bestiaire coranique reste pauvre et sur une arche, un Noé algérien d’aujourd’hui, emportera peu d’espèces qu’il jugera utiles : beaucoup de moutons à manger, peut-être un caniche, des chardonnerets car ils se revendent bien, des canaris d’Espagne, un cheval, pas d’âne ni d’araignée. L’algérien se soucie peu, généralement, des animaux. L’Islam ne l’y pousse pas et la Loi ne l’encourage pas.

Le chien n’est pas l’ami de l’islamiste: mal vu par les islamistes, il est l’une des causes d’impureté qui obligent le musulman à refaire ses ablutions. Utile contre les voleurs, il est accusé cependant d’empêcher les anges d’entrer dans les maisons, selon la tradition. Un hadith le dit, là aussi. Le chien mord, attaque, chasse l’étranger et l’ange, en même temps. Du coup, un statut ambiguë : la pauvreté en a fait le meilleur ami de l’homme et le plus ancien système d’alarme. L’islamiste en a fait une bête maudite. Du coup, en Algérie, des incidents et des prix : les algériens peuvent élever un caniche parce qu’il est beau, impose l’idée d’un prestige financier et social, mais peuvent aussi bruler le chien, juste pours s’amuser comme cela est arrivé avec un groupe de jeunes, dans la Wilaya de SIDI BEL ABBES, à l’ouest du pays lors d'un pique nique. Le chien sans maitre ayant volé un morceau de viande lors d’un pique-nique de jeunes, ces derniers le poursuivent, l’attrapent et le brûlent avec de l’essence. Pour leur malheur, l’animal martyrisé se refugiera, en flamme sous leur voiture qui finira elle aussi carbonisée.

Le chien est aussi un passe-temps des banlieues : pitbull, berger allemand, gardien, assistant de gardiennage…etc. Dans l’ensemble, il est utile mais reste « impur ». Ce statut ambigu du chien en Algérien est bien illustré par d’autres anecdotes. Celle des fourrières canines à Oran. Fiers de leurs statiques (1800 chiens errants ont été capturés depuis le début de l’année à ce jour et qui seront acheminés vers   la  fourrière canine pour l’abattage  qui se fait  par électrocution), ils expliquent cependant leur dur métier de chasseurs urbains : « dans certaines localités, les citoyens se manifestent pour empêcher les agents à accomplir leur travail. Un paradoxe : d’un côté, ils se plaignent de la prolifération des chiens et d’un autre côté, ils s’opposent au travail des agents » expliquent des employés de la mairie aux journalistes (http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5168439&archive_date=2012-05-21). La chasse aux chiens est alors empêchée par les habitants des villages, parfois armés d’armes blanches ! Résultats : les chasseurs des chiens se font accompagner d’agents de police pour attraper les chiens dont certains citoyens se plaignent. Le grief de ces défenseurs du chien algérien : les sociétés privées dont s’aide la mairie « ne respectent pas les méthodes légales dans la capture, et ne pratiquent pas l'abattage au niveau de la fourrière, puisque dans le meilleur des cas, les chiens capturés sont relâchés à nouveau dans d'autres communes ». Ces chiens, à nouveau errants, deviennent un autre marché que la mairie du village va devoir payer à la société privée qui ainsi se fait son argent.

Des chiffres et des chiens : La chasse au chien est de l’argent : « Le  nombre de chiens à capturer est fonction du budget attribué par chaque commune pour cette opération » précise les agents de la fourrière canine à Oran. Pour les chiffres, on retiendra celui des morsures : chaque année entre 3 500  et 4 000 cas de morsures dont 75% sont provoquées par des animaux errants. Selon les sources, Oran-ville arrive en premier. Près de 50.000 euros sont dégagés chaque année en facture de vaccin antirabique.

L’âne : hallal ou haram ? « En Algérie, dans la wilaya de Tébessa, à 16 kilomètres de la frontière tunisienne, plusieurs têtes d’ânes égorgés ont été retrouvées à même le sol ces derniers mois. Après enquête, les services de sécurité de Bir el-Ater, à 90 kilomètres de Tébessa, ont a saisi une importante quantité de viande d’âne destinée à l’exportation » racontent les journaux. C’en est devenu un mythe alimentaire algérien et une obsession : et si on m’a fait manger de la viande d’âne ? Se dit chaque algérien devant la vitrine de son boucher. L’arnaque a connu son heure de gloire durant la dernière décennie : chez les rôtisseurs, les bouchers clandestins, les bons bouchers même : des ânes abattus puis revendus en pièces comme étant du bœuf ou du mouton. C’est interdit par la loi mais l’âne n’est pas illicite du point de vue religieux, ou presque pas. L’essentiel est que c’est une tricherie punie par la loi. Du coup, de temps à autres les services algériens démantèlent une filière « âne », surtout près des frontières Est de l’Algérie : vers la Libye qui, pour cause de révolution, importe presque tout pour manger : le blé algérien dont les chiffres d’importation ont explosé et les viandes, celle de l’âne y compris. 

« Mais ce n'est pas la première fois que des trafiquants passent les frontières avec de la viande asinienne. En 2010, 800 kilos d'âne avaient été saisis à Alger dans une boucherie du marché couvert Ali-Mellah, à Sidi M’hamed. Pour éviter d’éveiller les soupçons des consommateurs, les malfaiteurs écoulaient la viande sous forme de merguez ». Les chiffres de l’âne qui se mange ? « Cette année, les contrebandiers auraient acheté les ânes 20.000 dinars algériens la pièce (197 euros) pour les revendre 120.000 dinars (1.150 euros) à l’exportation ou au marché local. (http://www.slateafrique.com/23655/algerie-contrebande-viande-ane-ramadan-libye-tunisie ). L’âne se mange mais est aussi utile pour les contrebandiers eux-mêmes qui l’aiment beaucoup pour sa fidélité. C’est l’animal de transport par excellence des armes lors de la guerre de Libération, mais aussi du kif et autres exportations marocaines clandestines vers l’Algérie, du côté ouest. Invisible, peu couteux, obéissant, discret, l’âne est l’ami de la contrebande des frontières depuis toujours. Avec le retour en force du commerce informel, il est l’animal de traction préféré des charrettes « Bouazizi » et des revendeurs ambulants dans toute l’Algérie post-printemps arabe.

L’oiseau se vend bien : selon les espèces. A Oran il existe un gros marché des oiseaux en cages : chardonnerets surtout. Objet de contrebande, de trafic, de commerce et d’extinction. Une histoire vraie rapportée par le Quotidien d’Oran (http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5168794&archive_date=2012-05-27 ) : « Pas moins de 280 canaris ramenés d'Espagne ont été saisis depuis le début du mois de janvier par les services des douanes opérant au port d'Oran ». En échange, les chardonnerets algériens sont devenus une marchandise d’exportation illégale. Le commerce fait florès aux frontières, surtout avec le Maroc. Les saisies sont d’ailleurs nombreuses à l’ouest : décembre  2010, 550 chardonnerets seront saisis par la gendarmerie dans le véhicule d’un intermédiaire qui expliquera les acheter à un euro l’unité pour les revendre presque au triple, à Alger, auprès d’un éleveur qui va les revendre, à son tour, dix fois le prix, par la suite ! Combien coute l’oiseau de compagnie ? Cela va des 3000 Dinars aux 20.000 da. Entre 50 et les 150 euros. Des commerces existent pour en assurer la nourriture et les produits de base. C’est la contrebande frontalière qui nourri les réseaux car ces espèces n’existent presque plus dans les forêts algériennes.

Du coup, le gouvernement s’est vu forcé d’agir et de signer un décret de protection rapprochée pour certaines espèces mais qui restera sans effet, presque. La liste des VIP compte le chardonneret élégant, l’aigle royal, la sitelle kabyle, la couleuvre à capuchon algérienne, le porc-épic, le singe magot, le hérisson, et le cobra d’Afrique du nordet d’autres comme les araignées, des tortues, les cigognes, des vautours, des hiboux, des lézards et même des coccinelles. « Cette liste comprend plus de 373 animaux dont des mammifères, des reptiles, des oiseaux, des insectes, des amphibiens ». (http://www.tsa-algerie.com/divers/l-algerie-fixe-une-liste-de-373-animaux-sauvages-a-proteger_21379.html )

Dans le chapitre oiseau, il faut aussi citer le cas de « Hector, le condor centenaire de la cordillère des Andes, le plus vieux au monde » selon les journaux algérien et qui est mort il y a deux ans, au parc zoologique du jardin d´Essai d´El Hamma à Alger. Il avait été amené des Andes par un mécène français, Joseph d´Ange, qui avait créé en 1900, avec son épouse, le zoo d´Alger » (http://www.lexpressiondz.com/actualite/80622-hector-le-condor-est-mort.html ) 

 

Qui a tué le dernier lion de barbarie ? Animal emblématique. Il sert de prénoms aux héros de la guerre de libération (« le lion du Djebel », surnom donné par les français à l’un des pères de la guerre de Libération, Krim Belkacem) et de nom pour une montagne à Oran, à l‘ouest d’Alger. « La montagne des lions », ainsi désignée car lieu de massacre du dernier lion algérien il y a un siècle dit-on. Le mot « lion » est aussi  l’étymologie possible du nom d’Oran (Oran veut dire Wahran, qui veut dire rugissement). D’où les deux statuts, des deux lions à l’entrée de la Mairie d’Oran, sculptées par l’artiste animalier français Auguste Caïn.

Le lion d’Algérie est une histoire ancienne : elle remonte à des siècles sous la rubrique nécrologique de lion de barbarie, en latin: Panthera leo berberisca. Signe particulier : pelage gris, et crinière abondante par rapport aux lointains cousins d’ailleurs. Le lion de Barbarie était aussi un produit d’exportation vers la capitale de Rome et ses jeux d’arènes. Où sont-ils passés tous aujourd’hui ? Selon les livres, les Lions de Barbarie ont disparu de la Libye dès 1700. Le dernier lion de Barbarie a été tué en Tunisie en 1891 « près de Babouch, entre Tabarka et Aïn-Draham ». Le dernier lion algérien ? Tué en 1893 près de Batna, à 97 km au sud de Constantine. Selon d’autres versions, le dernier lion a été abattu par des colons dans les forêts de Séraïdi  (est de l’Algérie) vers 1890.

Rectificatif cependant : le dernier lion tué en Algérie n’est pas mort il y a un siècle mais il y a quelques années : décembre 2004. Le fauve a été abattu par un policier, au zoo d’Oran, qui voulait sauver un enfant tombé dans la fosse aux lions de la ville. L’enfant sera sauvé, le policier décoré par le préfet de la ville et le lion abattu. Loin de l’histoire de tartarin de Tarascon, autre tueur de lions algériens.

 

 

L’outarde et ses émirs : objet de conflit entre les algériens qui ne se sentent pas arabes et les arabes qui se sentent chez eux partout. C’est l’un des sujets qui fâchent entre le gouvernement et la presse algérienne à cause des émirs du Golf qui viennent braconner dans le sud algérien la gazelle belle et l’outarde craintif. Selon les enquêtes, le massacre est énorme mais la discrétion du Pouvoir en Algérie, totale. Autant que sa disponibilité : les émirs bénéficient de vastes zones franches de braconnages et de tout l’appui logistique des préfectures du sud. Le scandale étant insistant, un geste sera fait mais avec calcul : des émiratis organiseront une opération de remise en liberté de 500 spécimens d’outardes houbara, il y a quelques temps (http://www.tsa-algerie.com/divers/une-generosite-environnementale-bien-calculee_17526.html ). Autant pour se faire pardonner le massacre, par des émirs gâtés, que pour assurer la disponibilité de la proie pour le sport favoris des saoudiens et autres princes. L’outarde algérienne, animal de plus en plus menacé, est souvent sacrifiée sur l’autel de l’amitié célèbre entre Bouteflika et les émirs. Le carnage est important mais les enquêtes sur ce braconnage sont quasi impossibles : la zone est fermée au reste des algériens.

 

Le fennec : animal fétiche du foot algérien, surnom de l’équipe nationale. Ce renard, habitant l’Algérie plus qu’ailleurs, a fini par devenir le symbole officiel de son « onze ». La raison ? On ne sait pas. Dans la course africaine aux animaux fétiches des grands joueurs du ballon rond, le pays s’est offert le fennec, dernier animal « neutre », ni haram, ni hallal, pas carnivore, mais omnivore, discret et rusé. Sauf que depuis quelques années, le conservatisme local lui ôte un peu de son rôle : l’équipe nationale est dite celle des « guerriers du Sahara », sous le symbole de la guerre, du Djihad par les pieds, plutôt que celui du Fennec trop mou.

 

Les singes mangeurs de routes : Les Macaques berbères ou Magots. Menacés un moment de disparition, il semble que les déséquilibres sécuritaires du pays leur ait donné bonne santé : le singe magot en est devenu aujourd’hui à menacer les vergers et les récoltes des paysans dans les régions du parc de Djurjura et en Kabylie. Du coup, la solution de l’abattage, à défaut d’autres. Ceci côté forêt sauvage. Coté route, la scène est pour les singes dit des gorges de la Chiffa, dans les limites de l’algérois. Là, ces animaux agiles et parasites provoquent les embouteillages des curieux et ont crée un commerce de bananes, cacahuètes et sucreries chez des ambulants qui les revendent à des automobilistes qui les donnent à des singes devenus parasites de la route.   

 

 

Les rats de Camus : Comme dans le roman de « La peste », cela se passe à Oran. Les rats y sont de plus en plus nombreux, à vu d’œil et de chiffres. La raison ? Double : la prolifération des ordures et des décharges sauvages (pour lutter contre les rats, il faut les affamer, dira un responsable de la mairie)  et les chantiers du tramway qui ont délogé les rats et les ont poussé vers la surface. Du coup, selon les journaux, les quincailleries sont prises d’assaut par les habitants qui y achètent les dératisant en grandes quantités. « Ces derniers temps, je vends tout produit permettant de venir à bout des rats et ce, quotidiennement. Je vends, durant une seule journée, jusqu'à quatre à cinq produits anti-rats », affirmera un vendeur dans une quincaillerie au Quotidien d’Oran (http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5172072&archive_date=2012-08-22 ). Pour les chiffres, les mêmes sources affirment que « durant les trois dernières années, pas moins de 2.000 personnes ont été victimes de morsures de rats ». En 2003, des cas de peste buboniques avaient même été signalés dans la région.

 

Le mouton, ami d’Abraham et l’estomac : tellement aimés qu’ils ont été 3.500 000 a être égorgé en une seule journée, l’année passé à l’occasion de la fête de l’Aïd, selon l’union des commerçants algériens. Les algériens aiment manger le mouton, le sacrifier, l’élever et le revendre. Le mouton reste la superstar de l’estomac algérien, bien avant la viande surgelée et la viande d’Inde que le Pouvoir a importé cette année mais que les algériens ont boudé.  

Le sanglier.  Roi protégé : il a la liberté de la vache en Inde et personne ne le mange en Algérie, ou presque. Les battues administratives sont devenues rares depuis des décennies, les chasseurs peignent à récupérer leurs fusils confisqués après la décennie de la guerre civile des années 90 malgré les marches et manifs (http://www.algerie360.com/algerie/fusils-de-chasse-confisques-le-ministre-de-l%E2%80%99interieur-interpelle/ ) et les maquis terroristes infestent les meilleurs circuits. Du coup, le sanglier se porte bien, se multiplie et se promène.  Le djihadiste armé est donc le meilleur ami du sanglier. Il empêche qu’on le chasse et ne le mange pas lui-même. Une bonne entente. Biologique.

Quelques chiffres à retenir cependant : A Oran (région pas infestée par les groupes armés), lors de la dernière battue qui a duré d’octobre 2011 à Mars 2012,  266 sangliers ont été abattus « contre 383 lors de la campagne de l'année dernière ». Ainsi que  99 chacals mal aimés par les éleveurs de la région.

 

Le bestiaire de l’Islamistan n’est pas riche comme l’est le panthéon de l’hindouisme. C’est le propre des monothéismes peut-être : un seul Dieu et peu d’animaux dans ses parages. Donc, sur la scène de l’imaginaire algérien, les animaux n’ont pas beaucoup de place. Le Coran en cite quelques uns mais le bestiaire coranique reste pauvre et sur une arche, un Noé algérien d’aujourd’hui, emportera peu d’espèces qu’il jugera utiles : beaucoup de moutons à manger, peut-être un caniche, des chardonnerets car ils se revendent bien, des canaris d’Espagne, un cheval, pas d’âne ni d’araignée. L’algérien se soucie peu, généralement, des animaux. L’Islam ne l’y pousse pas et la Loi ne l’encourage pas.

Le chien n’est pas l’ami de l’islamiste: mal vu par les islamistes, il est l’une des causes d’impureté qui obligent le musulman à refaire ses ablutions. Utile contre les voleurs, il est accusé cependant d’empêcher les anges d’entrer dans les maisons, selon la tradition. Un hadith le dit, là aussi. Le chien mord, attaque, chasse l’étranger et l’ange, en même temps. Du coup, un statut ambiguë : la pauvreté en a fait le meilleur ami de l’homme et le plus ancien système d’alarme. L’islamiste en a fait une bête maudite. Du coup, en Algérie, des incidents et des prix : les algériens peuvent élever un caniche parce qu’il est beau, impose l’idée d’un prestige financier et social, mais peuvent aussi bruler le chien, juste pours s’amuser comme cela est arrivé avec un groupe de jeunes, dans la Wilaya de SIDI BEL ABBES, à l’ouest du pays lors d'un pique nique. Le chien sans maitre ayant volé un morceau de viande lors d’un pique-nique de jeunes, ces derniers le poursuivent, l’attrapent et le brûlent avec de l’essence. Pour leur malheur, l’animal martyrisé se refugiera, en flamme sous leur voiture qui finira elle aussi carbonisée.

Le chien est aussi un passe-temps des banlieues : pitbull, berger allemand, gardien, assistant de gardiennage…etc. Dans l’ensemble, il est utile mais reste « impur ». Ce statut ambigu du chien en Algérien est bien illustré par d’autres anecdotes. Celle des fourrières canines à Oran. Fiers de leurs statiques (1800 chiens errants ont été capturés depuis le début de l’année à ce jour et qui seront acheminés vers   la  fourrière canine pour l’abattage  qui se fait  par électrocution), ils expliquent cependant leur dur métier de chasseurs urbains : « dans certaines localités, les citoyens se manifestent pour empêcher les agents à accomplir leur travail. Un paradoxe : d’un côté, ils se plaignent de la prolifération des chiens et d’un autre côté, ils s’opposent au travail des agents » expliquent des employés de la mairie aux journalistes (http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5168439&archive_date=2012-05-21). La chasse aux chiens est alors empêchée par les habitants des villages, parfois armés d’armes blanches ! Résultats : les chasseurs des chiens se font accompagner d’agents de police pour attraper les chiens dont certains citoyens se plaignent. Le grief de ces défenseurs du chien algérien : les sociétés privées dont s’aide la mairie « ne respectent pas les méthodes légales dans la capture, et ne pratiquent pas l'abattage au niveau de la fourrière, puisque dans le meilleur des cas, les chiens capturés sont relâchés à nouveau dans d'autres communes ». Ces chiens, à nouveau errants, deviennent un autre marché que la mairie du village va devoir payer à la société privée qui ainsi se fait son argent.

Des chiffres et des chiens : La chasse au chien est de l’argent : « Le  nombre de chiens à capturer est fonction du budget attribué par chaque commune pour cette opération » précise les agents de la fourrière canine à Oran. Pour les chiffres, on retiendra celui des morsures : chaque année entre 3 500  et 4 000 cas de morsures dont 75% sont provoquées par des animaux errants. Selon les sources, Oran-ville arrive en premier. Près de 50.000 euros sont dégagés chaque année en facture de vaccin antirabique.

L’âne : hallal ou haram ? « En Algérie, dans la wilaya de Tébessa, à 16 kilomètres de la frontière tunisienne, plusieurs têtes d’ânes égorgés ont été retrouvées à même le sol ces derniers mois. Après enquête, les services de sécurité de Bir el-Ater, à 90 kilomètres de Tébessa, ont a saisi une importante quantité de viande d’âne destinée à l’exportation » racontent les journaux. C’en est devenu un mythe alimentaire algérien et une obsession : et si on m’a fait manger de la viande d’âne ? Se dit chaque algérien devant la vitrine de son boucher. L’arnaque a connu son heure de gloire durant la dernière décennie : chez les rôtisseurs, les bouchers clandestins, les bons bouchers même : des ânes abattus puis revendus en pièces comme étant du bœuf ou du mouton. C’est interdit par la loi mais l’âne n’est pas illicite du point de vue religieux, ou presque pas. L’essentiel est que c’est une tricherie punie par la loi. Du coup, de temps à autres les services algériens démantèlent une filière « âne », surtout près des frontières Est de l’Algérie : vers la Libye qui, pour cause de révolution, importe presque tout pour manger : le blé algérien dont les chiffres d’importation ont explosé et les viandes, celle de l’âne y compris. 

« Mais ce n'est pas la première fois que des trafiquants passent les frontières avec de la viande asinienne. En 2010, 800 kilos d'âne avaient été saisis à Alger dans une boucherie du marché couvert Ali-Mellah, à Sidi M’hamed. Pour éviter d’éveiller les soupçons des consommateurs, les malfaiteurs écoulaient la viande sous forme de merguez ». Les chiffres de l’âne qui se mange ? « Cette année, les contrebandiers auraient acheté les ânes 20.000 dinars algériens la pièce (197 euros) pour les revendre 120.000 dinars (1.150 euros) à l’exportation ou au marché local. (http://www.slateafrique.com/23655/algerie-contrebande-viande-ane-ramadan-libye-tunisie ). L’âne se mange mais est aussi utile pour les contrebandiers eux-mêmes qui l’aiment beaucoup pour sa fidélité. C’est l’animal de transport par excellence des armes lors de la guerre de Libération, mais aussi du kif et autres exportations marocaines clandestines vers l’Algérie, du côté ouest. Invisible, peu couteux, obéissant, discret, l’âne est l’ami de la contrebande des frontières depuis toujours. Avec le retour en force du commerce informel, il est l’animal de traction préféré des charrettes « Bouazizi » et des revendeurs ambulants dans toute l’Algérie post-printemps arabe.

L’oiseau se vend bien : selon les espèces. A Oran il existe un gros marché des oiseaux en cages : chardonnerets surtout. Objet de contrebande, de trafic, de commerce et d’extinction. Une histoire vraie rapportée par le Quotidien d’Oran (http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5168794&archive_date=2012-05-27 ) : « Pas moins de 280 canaris ramenés d'Espagne ont été saisis depuis le début du mois de janvier par les services des douanes opérant au port d'Oran ». En échange, les chardonnerets algériens sont devenus une marchandise d’exportation illégale. Le commerce fait florès aux frontières, surtout avec le Maroc. Les saisies sont d’ailleurs nombreuses à l’ouest : décembre  2010, 550 chardonnerets seront saisis par la gendarmerie dans le véhicule d’un intermédiaire qui expliquera les acheter à un euro l’unité pour les revendre presque au triple, à Alger, auprès d’un éleveur qui va les revendre, à son tour, dix fois le prix, par la suite ! Combien coute l’oiseau de compagnie ? Cela va des 3000 Dinars aux 20.000 da. Entre 50 et les 150 euros. Des commerces existent pour en assurer la nourriture et les produits de base. C’est la contrebande frontalière qui nourri les réseaux car ces espèces n’existent presque plus dans les forêts algériennes.

Du coup, le gouvernement s’est vu forcé d’agir et de signer un décret de protection rapprochée pour certaines espèces mais qui restera sans effet, presque. La liste des VIP compte le chardonneret élégant, l’aigle royal, la sitelle kabyle, la couleuvre à capuchon algérienne, le porc-épic, le singe magot, le hérisson, et le cobra d’Afrique du nordet d’autres comme les araignées, des tortues, les cigognes, des vautours, des hiboux, des lézards et même des coccinelles. « Cette liste comprend plus de 373 animaux dont des mammifères, des reptiles, des oiseaux, des insectes, des amphibiens ». (http://www.tsa-algerie.com/divers/l-algerie-fixe-une-liste-de-373-animaux-sauvages-a-proteger_21379.html )

Dans le chapitre oiseau, il faut aussi citer le cas de « Hector, le condor centenaire de la cordillère des Andes, le plus vieux au monde » selon les journaux algérien et qui est mort il y a deux ans, au parc zoologique du jardin d´Essai d´El Hamma à Alger. Il avait été amené des Andes par un mécène français, Joseph d´Ange, qui avait créé en 1900, avec son épouse, le zoo d´Alger » (http://www.lexpressiondz.com/actualite/80622-hector-le-condor-est-mort.html )

 

Qui a tué le dernier lion de barbarie ? Animal emblématique. Il sert de prénoms aux héros de la guerre de libération (« le lion du Djebel », surnom donné par les français à l’un des pères de la guerre de Libération, Krim Belkacem) et de nom pour une montagne à Oran, à l‘ouest d’Alger. « La montagne des lions », ainsi désignée car lieu de massacre du dernier lion algérien il y a un siècle dit-on. Le mot « lion » est aussi  l’étymologie possible du nom d’Oran (Oran veut dire Wahran, qui veut dire rugissement). D’où les deux statuts, des deux lions à l’entrée de la Mairie d’Oran, sculptées par l’artiste animalier français Auguste Caïn.

Le lion d’Algérie est une histoire ancienne : elle remonte à des siècles sous la rubrique nécrologique de lion de barbarie, en latin: Panthera leo berberisca. Signe particulier : pelage gris, et crinière abondante par rapport aux lointains cousins d’ailleurs. Le lion de Barbarie était aussi un produit d’exportation vers la capitale de Rome et ses jeux d’arènes. Où sont-ils passés tous aujourd’hui ? Selon les livres, les Lions de Barbarie ont disparu de la Libye dès 1700. Le dernier lion de Barbarie a été tué en Tunisie en 1891 « près de Babouch, entre Tabarka et Aïn-Draham ». Le dernier lion algérien ? Tué en 1893 près de Batna, à 97 km au sud de Constantine. Selon d’autres versions, le dernier lion a été abattu par des colons dans les forêts de Séraïdi  (est de l’Algérie) vers 1890.

Rectificatif cependant : le dernier lion tué en Algérie n’est pas mort il y a un siècle mais il y a quelques années : décembre 2004. Le fauve a été abattu par un policier, au zoo d’Oran, qui voulait sauver un enfant tombé dans la fosse aux lions de la ville. L’enfant sera sauvé, le policier décoré par le préfet de la ville et le lion abattu. Loin de l’histoire de tartarin de Tarascon, autre tueur de lions algériens.

 

 

L’outarde et ses émirs : objet de conflit entre les algériens qui ne se sentent pas arabes et les arabes qui se sentent chez eux partout. C’est l’un des sujets qui fâchent entre le gouvernement et la presse algérienne à cause des émirs du Golf qui viennent braconner dans le sud algérien la gazelle belle et l’outarde craintif. Selon les enquêtes, le massacre est énorme mais la discrétion du Pouvoir en Algérie, totale. Autant que sa disponibilité : les émirs bénéficient de vastes zones franches de braconnages et de tout l’appui logistique des préfectures du sud. Le scandale étant insistant, un geste sera fait mais avec calcul : des émiratis organiseront une opération de remise en liberté de 500 spécimens d’outardes houbara, il y a quelques temps (http://www.tsa-algerie.com/divers/une-generosite-environnementale-bien-calculee_17526.html ). Autant pour se faire pardonner le massacre, par des émirs gâtés, que pour assurer la disponibilité de la proie pour le sport favoris des saoudiens et autres princes. L’outarde algérienne, animal de plus en plus menacé, est souvent sacrifiée sur l’autel de l’amitié célèbre entre Bouteflika et les émirs. Le carnage est important mais les enquêtes sur ce braconnage sont quasi impossibles : la zone est fermée au reste des algériens.

 

Le fennec : animal fétiche du foot algérien, surnom de l’équipe nationale. Ce renard, habitant l’Algérie plus qu’ailleurs, a fini par devenir le symbole officiel de son « onze ». La raison ? On ne sait pas. Dans la course africaine aux animaux fétiches des grands joueurs du ballon rond, le pays s’est offert le fennec, dernier animal « neutre », ni haram, ni hallal, pas carnivore, mais omnivore, discret et rusé. Sauf que depuis quelques années, le conservatisme local lui ôte un peu de son rôle : l’équipe nationale est dite celle des « guerriers du Sahara », sous le symbole de la guerre, du Djihad par les pieds, plutôt que celui du Fennec trop mou.

 

Les singes mangeurs de routes : Les Macaques berbères ou Magots. Menacés un moment de disparition, il semble que les déséquilibres sécuritaires du pays leur ait donné bonne santé : le singe magot en est devenu aujourd’hui à menacer les vergers et les récoltes des paysans dans les régions du parc de Djurjura et en Kabylie. Du coup, la solution de l’abattage, à défaut d’autres. Ceci côté forêt sauvage. Coté route, la scène est pour les singes dit des gorges de la Chiffa, dans les limites de l’algérois. Là, ces animaux agiles et parasites provoquent les embouteillages des curieux et ont crée un commerce de bananes, cacahuètes et sucreries chez des ambulants qui les revendent à des automobilistes qui les donnent à des singes devenus parasites de la route.   

 

 

Les rats de Camus : Comme dans le roman de « La peste », cela se passe à Oran. Les rats y sont de plus en plus nombreux, à vu d’œil et de chiffres. La raison ? Double : la prolifération des ordures et des décharges sauvages (pour lutter contre les rats, il faut les affamer, dira un responsable de la mairie)  et les chantiers du tramway qui ont délogé les rats et les ont poussé vers la surface. Du coup, selon les journaux, les quincailleries sont prises d’assaut par les habitants qui y achètent les dératisant en grandes quantités. « Ces derniers temps, je vends tout produit permettant de venir à bout des rats et ce, quotidiennement. Je vends, durant une seule journée, jusqu'à quatre à cinq produits anti-rats », affirmera un vendeur dans une quincaillerie au Quotidien d’Oran (http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5172072&archive_date=2012-08-22 ). Pour les chiffres, les mêmes sources affirment que « durant les trois dernières années, pas moins de 2.000 personnes ont été victimes de morsures de rats ». En 2003, des cas de peste buboniques avaient même été signalés dans la région.

 

Le mouton, ami d’Abraham et l’estomac : tellement aimés qu’ils ont été 3.500 000 a être égorgé en une seule journée, l’année passé à l’occasion de la fête de l’Aïd, selon l’union des commerçants algériens. Les algériens aiment manger le mouton, le sacrifier, l’élever et le revendre. Le mouton reste la superstar de l’estomac algérien, bien avant la viande surgelée et la viande d’Inde que le Pouvoir a importé cette année mais que les algériens ont boudé.  

Le sanglier.  Roi protégé : il a la liberté de la vache en Inde et personne ne le mange en Algérie, ou presque. Les battues administratives sont devenues rares depuis des décennies, les chasseurs peignent à récupérer leurs fusils confisqués après la décennie de la guerre civile des années 90 malgré les marches et manifs (http://www.algerie360.com/algerie/fusils-de-chasse-confisques-le-ministre-de-l%E2%80%99interieur-interpelle/ ) et les maquis terroristes infestent les meilleurs circuits. Du coup, le sanglier se porte bien, se multiplie et se promène.  Le djihadiste armé est donc le meilleur ami du sanglier. Il empêche qu’on le chasse et ne le mange pas lui-même. Une bonne entente. Biologique.

Quelques chiffres à retenir cependant : A Oran (région pas infestée par les groupes armés), lors de la dernière battue qui a duré d’octobre 2011 à Mars 2012,  266 sangliers ont été abattus « contre 383 lors de la campagne de l'année dernière ». Ainsi que  99 chacals mal aimés par les éleveurs de la région.

 

 

 

Enfin, le  Cheval : un symbole et pas un animal. Bouteflika en a offert un à Nicolas Sarkozy en 2007. Il s’appelle « Kheir ». Qui veut dire « Bien », « fortune ». Bouteflika en reçoit beaucoup, lui aussi. Le cheval se mange surtout avec les yeux chez les algériens. C’est un peu l’animal fétiche des conservateurs, des nostalgique de l’arabité pure, des turfistes, des tribus. Les algériens l’aiment et le mangent et l’élèvent.

 

 

Enfin, le  Cheval : un symbole et pas un animal. Bouteflika en a offert un à Nicolas Sarkozy en 2007. Il s’appelle « Kheir ». Qui veut dire « Bien », « fortune ». Bouteflika en reçoit beaucoup, lui aussi. Le cheval se mange surtout avec les yeux chez les algériens. C’est un peu l’animal fétiche des conservateurs, des nostalgique de l’arabité pure, des turfistes, des tribus. Les algériens l’aiment et le mangent et l’élèvent.

Kamel Daoud

Kamel Daoud est chroniqueur au Quotidien d’Oran, reporter, écrivain, auteur du recueil de nouvelles Le minotaure 504 (éditions Nadine Wespieser).

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