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Au Cameroun, un Premier ministre, ça ferme sa gueule et ça ne démissionne pas!

Vous pouvez sourire, si cela vous amuse. Mais l’histoire inquiète les hautes sphères du pouvoir à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

Voici qu’il y a quelque temps, Philémon Yang, le Premier ministre du pays, adresse, avec le plus grand sérieux du monde au président Paul Biya, une lettre dans laquelle il prie ce dernier de bien vouloir le démettre de ses fonctions de chef du gouvernement. La raison invoquée: «La fatigue». Ni plus ni moins!

L’affaire, évidemment, a tout de suite fait les choux gras de la presse locale. C’est ce qu’indique le site d’information camerounais 237Online.

Le site Internet ajoute même qu’il s’agirait même d’une lettre de démission qui ne dit pas clairement son nom.

Philémon Yang, Premier ministre, issu du nord-ouest anglophone camerounais, a été nommé à ce poste en juin 2009, après un passage au secrétariat général de la présidence, mais surtout après une très longue carrière comme ambassadeur du Cameroun au Canada, où, tient encore à préciser 237Online, Philémon Yang n’a pas toujours été une foudre de guerre.

«Il a surtout fait montre d’une inertie à nulle autre pareille au sein de la représentation diplomatique dans ce pays d'Amérique où la jeunesse camerounaise se rend par centaine pour des raisons académiques ou professionnelles. Les témoins de l'époque s'en souviennent: Yang était généralement aux abonnés absents», écrit 237Online.

En d’autres termes, celui qui plaide aujourd’hui «la fatigue» pour être déchargé de ses fonctions ne serait pas un monstre de travail. Et les interrogations fusent.

A-t-il autant de travail que cela? Surtout quand on sait que le Cameroun est un pays où le président de la République, Paul Biya, lui-même est quasiment toujours à l’étranger, où les conseils de ministres n’ont jamais lieu et dont l’essentiel de la fonction de chef du gouvernement se résume en l’inauguration de chrysanthèmes (qui eux-mêmes sont assez rares), parce que la réalité du pouvoir, c’est le cercle rapproché du président au Palais de Yaoundé, qui le tient.

Du coup, note 237Online, l’argument de Philémon Yang ne convainc personne. En guise de réponse à sa demande de limogeage, une enquête a été ouverte.  Car vous comprendrez bien qu’au Cameroun, un Premier ministre ça ferme sa gueule et ça ne démissionne pas.

Car, en plus, Philémon Yang qui a été le directeur de campagne de Paul Biya, lors de la présidentielle d’octobre 2011, avait même réussi le tour de force de faire perdre ce dernier dans sa région du Nord-Ouest anglophone. Il n’avait pas démissionné à ce moment-là. Il ne pouvait pas le faire. Il ne le pourra pas plus aujourd’hui.

Lu sur 237Online

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