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En Afrique du Sud, la plaie des délestages inquiète le pouvoir

Ca ne pouvait pas plus mal tomber... A trois mois des élections, les coupures d'électricité qui plongent l'Afrique du Sud dans l'obscurité illustrent la débâcle de ses entreprises publiques, au grand dam du gouvernement.

Depuis une semaine, le pays le plus industrialisé du continent africain a renoué avec le quotidien désespérant, et infamant, de ses voisins les moins avancés.

Chaque jour, des quartiers entiers de ses plus grandes villes comme de ses villages sont à tour de rôle privés de courant, victimes de l'incapacité du géant public Eskom, qui fournit 90% de l'électricité sud-africaine, à répondre à la demande.

Soirées à la chandelle, embouteillages monstres, économie au ralenti, les Sud-Africains n'avaient plus connu pareils délestages depuis cinq ans. Dans la rue, la colère monte.

"Je viens de me faire couper les cheveux mais je n'ai pas pu les sécher faute de courant", rouspète Judy Price, une kiné de Johannesburg. "Je paie beaucoup d'impôts mais je n'ai aucun service. Le gouvernement nous laisse tomber."

Officiellement, ces coupures ont pour origine une série malheureuse d'incidents techniques qui ont affecté plusieurs centrales à charbon, aussi mal conçues qu'entretenues.

Mais tout le monde le sait bien, la panne est bien plus grave. 

Mauvaise gestion, détournement de fonds publics, absence de contrôle de l'Etat, Eskom résume à lui seul le bilan inquiétant du règne de l'ex-président Jacob Zuma (2009-2018).

L'avenir du groupe est aujourd'hui plombé par une dette abyssale de 420 milliards de rands (27 milliards d'euros).

- 'Insolvable' -

Le ministre des Entreprises publiques Pravin Gordhan a mis les pieds dans le plat en confirmant mercredi que l'entreprise était "techniquement insolvable". Et que si rien n'était fait d'ici avril, il serait contraint de mettre la clé sous la porte.

Au pouvoir depuis la démission de Jacob Zuma, le président Cyril Ramaphosa a pris la mesure de la menace. Jeudi, il a répété que l'entreprise serait séparée en trois entités (production, transmission, distribution) et laissé entendre que l'Etat allait mettre encore la main à la poche.

"Il est clair qu'Eskom a besoin d'une aide de l'Etat pour se stabiliser", a-t-il dit devant les députés.

Pour le chef de l'Etat, le temps presse. Le groupe inquiète sérieusement les investisseurs et menace de faire dérailler ses efforts de relance de l'économie.

Sa faillite "aurait de très sérieuses conséquences", a averti l'expert des questions énergétiques Chris Yelland. "Elle pousserait les autres créanciers à récupérer leurs prêts et cela affecterait la note de crédit de tout le pays".

Deux des trois agences de notation ont déjà dégradé l'Afrique du Sud dans la catégorie "spéculative".

Potentiellement dévastatrice sur le plan économique, la dégringolade d'Eskom inquiète aussi politiquement le président Ramaphosa et son parti, le Congrès national africain (ANC), en pleine campagne pour les élections du 8 mai.

"C'est probablement le pire cauchemar de l'ANC à l'heure qu'il est", estime l'analyse Daniel Silke, "les délestages sont son véritable adversaire, plus que l'opposition".

- 'Privatisation' -

Les rivaux du parti au pouvoir se sont déjà engouffrés dans la brèche et font feu de tout bois contre son incompétence et la corruption dans ses rangs. 

"L'avenir d'Eskom est crucial pour tous ", a rappelé la principale formation d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), "seul un parti peut mettre un terme à la corruption et à la mauvaise gestion qui ont mis le pays au bord du gouffre, le nôtre".

Les Combattants pour la liberté économique (EFF), parti de la gauche radicale, ont, eux, déclaré la guerre au plan de sauvetage du gouvernement. "Nous ne vous laisserons pas détruire Eskom", a dénoncé leur chef Julius Malema.

Les syndicats s'y opposent eux aussi catégoriquement, craignant un dégraissage meurtrier.

"La restructuration va réduire les risques que fait courir (sur l'économie) un énorme Eskom", a répondu jeudi le chef de l'Etat, "il ne s'agit pas d'une privatisation (...) la réduction des coûts ne signifie pas baisse d'effectifs".

Sa victoire électorale en mai ne semble pas menacée cependant le pouvoir est contraint de réagir vite. Mais il y a peu de chances que ses décisions mettent rapidement un terme aux délestages qui empoisonnent la vie des électeurs.

"Il n'y a pas de recette-miracle", a lui-même reconnu Cyril Ramaphosa devant le Parlement.

Du très long terme, donc, que le Syndicat national des mineurs (NUM) ne semble pas disposé à attendre.

"Souvenez-vous que nous dépensons beaucoup d'argent pour les campagnes de l'ANC", a menacé jeudi son secrétaire général, David Sipunzi. "Nous ne pouvons ignorer le cri de nos membres qui disent que si l'ANC continue sur cette voie, nous ne devons pas continuer à la soutenir".

sn-pa/dp    

AFP

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