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Miliciens d'Ansar Dine à Gao, nord du Mali, 20 juin 2012, REUTERS/Stringer
Miliciens d'Ansar Dine à Gao, nord du Mali, 20 juin 2012, REUTERS/Stringer

Le temps joue contre les populations du Nord-Mali

Le retour de l'ordre à Bamako est encourageant. Mais il ne va pas assez vite pour empêcher les islamistes de marquer le nord de leur empreinte.

A Gao, dans le Nord Mali, le Mujao vient de donner un nouveau tour de vis dans l’islamisation radicale de son territoire.

Les radios sont désormais interdites de diffuser de la musique profane sous peine de fermeture.

Sur la dizaine de radios que compte la ville, une est déjà passée entièrement sous le contrôle des djihadistes. Au menu: prêches et musiques religieuses.

Les programmes radio sont désormais sous surveillance de la police islamique et gare à ceux qui enfreindront les principes.

Au nord, les islamistes assoient leur autorité

Après les destructions de mausolées, les amputations, les lapidations, l’interdiction de jouer au football, cette énième mesure montre bien la volonté des maîtres du Nord-Mali d’asseoir définitivement leur impérium sur ce territoire.

Rien ne semble pouvoir ralentir leur rouleau compresseur. Ceux des Maliens du Nord qui ne peuvent plus vivre sous ce joug n’ont d’autre choix que de partir.

Le Nord-Mali est en train donc de perdre de sa diversité culturelle et religieuse parce que toutes les libertés démocratiques garanties par l’Etat laïc du Mali, majoritairement musulman certes, mais laïc quand même, sont en train d’être confisquées.

C’est ce fondement qui est le ferment de l’unité et de la cohésion nationales, qui est en péril, avec l’irruption des groupes armés en mars 2012 dans le Nord du pays.

Le sud-mali se réorganise trop lentement

L’Etat malien, défaillant jusque-là, se ressaisit lentement. Après la parenthèse Sanogo, les institutions républicaines reprennent leur droit.

La formation d’un nouveau gouvernement d’union ainsi que la mise en place d’un haut conseil pour organiser les élections et libérer le Nord marquent la volonté des autorités maliennes de faire bouger les lignes.

L’autorité centrale se prépare à négocier, tout en n’excluant pas une guerre pour libérer le Nord.

Mais cette grosse machine conduite par Modibo Diarra et Dioncounda Traoré roule au diesel et le temps qu’elle atteigne sa vitesse de croisière, la situation au Nord aura changé du tout au tout.

Une question de temps

Les Islamistes auront eu tout le temps de renforcer leurs positions aussi bien politiques, sociales, idéologiques que militaires, compliquant ainsi toute intervention militaire.

Le temps? Il joue en faveur des groupes armés du Nord qui continuent de tisser leur toile, de s’enraciner en attendant l’ouverture d’éventuelles négociations.

Une chape de plomb vient ainsi de s’abattre sur les médias qui devront modifier tous leurs programmes de variétés musicales et d’émissions pour se conformer à la loi imposée par les groupes armés.

Plus de musiques profanes sur les antennes des radios locales, plus de grand Sumu, plus d’artistes-musiciens à terme.

C’est un certain Mali qui est en train de disparaître sous ce voile épais dont on tente de couvrir les médias. Encore heureux qu’ils n’aient pas été tous réquisitionnés.

Ce n’est peut-être qu’une question de temps.

Abdoulaye Tao (Le Pays)

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Abdoulaye Tao

Abdoulaye Tao. Journaliste du quotidien burkinabè Le Pays.

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