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Haïti - Aristide rentre au pays

Fini l’exil de 7 ans en Afrique du Sud pour Jean-Bertrand Aristide, ancien président d’Haïti, qui rentre aujourd'hui, le 18 mars 2011, au pays. Il devrait arriver dans l’après-midi à Port-au-Prince, la capitale.

Un «retour aux sources» qui intervient à quelques jours du vote pour le second tour de la présidentielle, qui opposera Michel Martelly, ancien chanteur très populaire un peu borderline, à Mirlande Manigat, ex-Premier ministre et professeur d’université proche de la classe intellectuelle. Jusqu’à présent, si aucun des deux candidats ne peut réellement s'opposer au retour d’Aristide en terre haïtienne, ils ne se montrent pas particulièrement enthousiastes.

C’est plutôt du côté franco-américain que des grincements de dents se font clairement entendre: à quelques jours du scrutin présidentiel, certains craignent des remous politiques avec le retour de l’ancien président.

Selon le site sud-africain Times Live, «le président Barack Obama aurait tenté de persuader son homologue sud-africain Jacob Zuma d’empêcher Aristide de retourner à Haïti avant la fin de l’élection qui aura lieu ce week-end».

Coupant court à de telles allégations, Aristide a dissipé les inquiétudes:  

«Ma priorité, c’est d’investir dans l’humain et l’éducation. La Constitution haïtienne accorde au président deux mandats de cinq ans, non consécutifs. Il faut respecter l’esprit de la Constitution: j’ai fini mes deux mandats.», rapporte le journal haïtien Le Nouvelliste.

Accompagné de Mildred, sa femme, de ses deux filles ainsi que de son avocat Ira Kurzban et de son ami le célèbre acteur américain Danny Glover (La couleur pourpre, L’arme fatale), il a quitté le sol de la «nation Arc-en-ciel» en remerciant «le gouvernement sud-africain, le président Jacob Zuma, l’ex-président Thabo Mbeki, notre cher Madiba [Nelson Mandela, ndlr], et mes frères et sœurs d’Afrique du Sud.»

Docteur en langues africaines de l’Université d’Afrique du Sud, il s’est dit «ravi de rentrer» et a tenu à s’exprimer en zoulou avant son départ de Johannesburg:

«D’un côté, nous sommes tristes de quitter nos chers amis, mais de l’autre nous sommes ravis de rentrer chez nous après sept ans. […] En Haïti, ils sont aussi très contents, parce qu’ils nous attendent, et ils attendent notre retour le plus tôt possible. C’est normal, leurs rêves vont se réaliser.»

L’acteur Danny Glover a ajouté:

«On a une longue histoire commune. Il est mon ami et je soutiens son retour pour qu’il puisse aider le peuple haïtien à reconstruire le pays.»

Du côté haïtien, beaucoup se réjouissent du retour de l’ancien président. Ancien prêtre catholique, Aristide s’était lancé dans la vie politique avec un premier mandat présidentiel de 1990 à 1995. En 1997, il avait créé son propre parti politique, Fanmi Lavalas (la famille Lavalas) sous la bannière duquel il sera élu pour un second mandat présidentiel en 2000.

Le coup d’Etat de février 2004 écourte son mandat et le contraint à l’exil, alors que la France et les Etats-Unis orchestrent la mise en place du nouveau gouvernement.

Sept ans plus tard, l’instabilité politique haïtienne est toujours d’actualité, et la criminalité comme la misère ont explosé avec le séisme de janvier 2010. Beaucoup d’Haïtiens, en particulier issus des classes populaires, ne cachent pas leur nostalgie des années Aristide (voir par exemple la vidéo des manifestations pro-Aristide sur BBC News).

L’AFP cite Compère Mario Junior, chauffeur de taxi à la Cité Soleil (le plus grand bidonville d’Haïti), lequel «attend avec impatience l’arrivée de "Titid", chassé du pouvoir en 2004»:

«Quand il était président, on avait du travail. Et quand il sera rentré, il va s’occuper de nous.»

Lu sur Le Nouvelliste, Times Live, AFP, BBC News