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Tunisie: le procès d'un ex-conseiller du président est "politique"


Ayoub Messaoudi, ancien conseiller de Moncef Marzouki, le 22 août 2012 à Tunis AFP Fethi Belaid

L'avocat d'Ayoub Messaoudi, un ex-conseiller du président tunisien jugé depuis mercredi à huis clos par une cour militaire pour diffamation de hauts responsables de l'armée, a dénoncé un procès "politique", y voyant un combat "entre la liberté et le despotisme".

Maître Naceur Layouni a indiqué que la prochaine audience aura lieu le 30 août devant le même tribunal militaire de Tunis.

"C'est une bataille entre la liberté et le despotisme", a-t-il déclaré à la presse à l'issue de la première journée de ce procès pour dénigrement de l'armée et diffamation.

M. Messaoudi a de son côté estimé que ce procès et son interdiction de voyager confirmée mercredi par le tribunal visaient à l'"empêcher de dévoiler des réalités qui peuvent déranger beaucoup de responsables" tunisiens.

Les plaintes pour diffamation ont été déposées par le chef d'état-major des armées, le général Rachid Ammar, et le ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi.

Le prévenu les avait accusés le 15 juillet lors d'une émission télévisée de "trahison d'Etat" pour ne pas avoir informé le chef de l'Etat Moncef Marzouki de l'extradition vers la Libye fin juin de l'ex-Premier ministre libyen, Baghdadi al-Mahmoudi.

Me Layouni et son client ont aussi estimé que le procès ne pouvait être impartial étant donné qu'il avait lieu devant un tribunal militaire.

"La justice militaire n'est pas neutre, la justice militaire est une justice politisée", a déclaré l'avocat, notant par ailleurs que "le général Ammar n'est pas au-dessus de la critique".

L'armée "est juge et partie" dans cette affaire, a relevé de son côté M. Messaoudi.

Le prévenu comparaît libre mais est interdit de sortie du territoire. Il risque trois ans de prison ferme pour "dénigrement de l'institution militaire" et deux ans pour "diffamation".

L'ONG de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch, a pour sa part dénoncé ces poursuites. "Le droit de soumettre les fonctionnaires publics à la critique est un des éléments les plus élémentaires de la liberté d'expression", a souligné l'organisation.

Elle demande dès lors que soient abolies les lois pénalisant la diffamation, la critique de l'armée et la législation permettant qu'un civil soit jugé par un tribunal militaire.

L'affaire de l'extradition de M. Mahmoudi avait provoqué une crise au sein de la coalition au pouvoir dominée par les islamistes d'Ennahda.

M. Marzouki, issu du parti de centre-gauche Congrès pour la République, était opposé à cette extradition, estimant que M. Mahmoudi, Premier ministre jusqu'aux derniers jours du régime déchu de Mouammar Kadhafi, n'était pas sûr de bénéficier d'un procès équitable en Libye.

Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali, issu d'Ennahda, était passé outre ce refus et avait autorisé le transfèrement du prisonnier.

Selon M. Messaoudi, le général Ammar et le ministre de la Défense, qui étaient au courant des intentions du chef du gouvernement, auraient dû prévenir M. Marzouki, qui en tant que président est chef des armées.