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Maroc - La migration millénaire des Berbères de l’Atlas menacée

 «Au point d'arrêt pittoresque de Tizi-n-Toudat dans les montagnes du Haut-Atlas marocain, deux cents chèvres, onze chameaux, trente moutons et trois ânes paissent le long des pentes abruptes. Dans le camp voisin, des tentes ont été érigées pour servir de cuisine de fortune. Le bois est coupé, le thé à la menthe est préparé. Au-delà du ruisseau, on fait rôtir un mouton sur la braise pour fournir le dîner de ce soir»

La scène décrite par le quotidien anglais The Independant est celle d’une migration qui perdure depuis 4000 ans au Maroc. Celle de Berbères nomades de l’Atlas qui chaque été poussent leurs troupeaux  vers les hauts-plateaux à la recherche d’une herbe plus verte et de températures plus clémentes. Ils les font redescendre dans les vallées pour échapper à la rigueur de l’hiver.

Rien n’est laissé au hasard dans ce ballet des sommets. Routes, refuges, points de ralliements et pâturages sont connus par les bergers depuis des générations.

«Mais cette année, la famille El Yakoubi entame le périple le cœur gros» relate The Independant. Ils ont le sentiment d’être les derniers d’une longue lignée à faire le voyage. La secheresse et la déforestation qui détruit à petits feux l’écosystème des montagnes aura eu raison d’une tradition millénaire.

Saïd, jeune berger depuis trois ans en fait le constat amer. Il sera peut-être le dernier à élever des moutons à flanc de montagne. Il n’est jamais allé à l’école et pour lui, le nomadisme est un métier en voie de disparition. Il rève de se sédentariser comme beaucoup d’autres dans les plaines et cultiver amandes, figues et légumes. Une activité moins pénible et plus rentable pour s’assurer une vie décente.

Selon un rapport publié en 2009 par la Banque mondiale cité par The Independant, à l’horizon 2050, la pluviométrie au Maroc sera réduite de 20% et de 40% en 2080 en raison des bouleversements climatiques que connaît la planète et notamment les régions limitrophes aux zones arides.

En 1988, 410 familles berbères du Haut-Atlas accomplissaient cette migration bi-annuelle. Elles ne sont plus que 15 aujourd’hui. Une tradition qui ne se perpétue aujourd’hui que grâce à certaines initiatives dans l’éco-tourisme dans la région: les bergers font dorénavant le trajet avec leurs bêtes, mais aussi avec une nuée de touristes.

Lu sur The Independent

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