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Les femmes protestent contre le massacre des mineurs à Rustenburg, 17 août 2012, REUTERS/SIPHIWE SIBEKO
Les femmes protestent contre le massacre des mineurs à Rustenburg, 17 août 2012, REUTERS/SIPHIWE SIBEKO

Afrique du Sud: Pourquoi tant de violence à Marikana?

Face à des mineurs poussés à bout, la réplique des policiers a été disproportionnée. Elle doit changer ses méthodes.

Mise à jour du 30 août 2012: La plupart des mineurs grévistes tués le 16 août par la police sud-africaine près de la mine de platine de Marikana (nord) l'ont été de sang-froid, affirme le 30 août le photojournaliste Greg Marinovich, qui a passé quinze jours sur place, sur le site d'information Daily Maverick.

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L’acte est si rarissime, choquant et ignoble que l’on a du mal à le croire: le massacre de 34 mineurs grévistes en Afrique du Sud par la police anti-émeute. En plus des 34 tués, la fusillade a également fait près de 80 blessés.

Une scène digne d’un film hollywoodien, qui a plongé la nation Arc-en-ciel ainsi que le reste du monde dans une grande consternation.

Forme de répression d’un autre temps

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces massacres nous rappellent ceux perpétrés sous l’apartheid, cette période sombre de l’Afrique du Sud, qui aura duré près d’un demi-siècle et dont le pays a du mal à faire disparaître les stigmates.

Avait-on besoin de tirer à balles réelles sur ces manifestants? N’y avait-il pas d’autres moyens pour dissuader ces grévistes que de les abattre comme des chiens sous le couvert de la légitime défense?

A la vérité, l’Afrique du Sud n’avait pas besoin d’offrir de telles images macabres au monde.

Pour un pays qui vient de prendre la tête de l’Union africaine (UA) et qui constitue un modèle démocratique sur le continent noir, cela est inacceptable.

Certes, l’Afrique du Sud constitue l’un des pays les plus violents au monde. Certes, deux policiers avaient été tués lors des affrontements entre mineurs, les 10 et 12 août 2012 et dont le bilan faisait état de 10 morts.

La police est trop familière de ce genre d’excès

Mais tout cela ne saurait justifier cette barbarie d’une autre époque. La police aurait pu se servir d’autres moyens dissuasifs tels que les canons à eau, des balles en caoutchouc, etc., pour disperser ces manifestants et non des armes de guerre pour les envoyer ad patres.

Avec un tel passif, quelles leçons la première puissance africaine qui veut jouer un rôle de leadership sur le continent, pourra-t-elle donner aux autres?

A dire vrai, la police sud-africaine a eu la gâchette facile et la main trop lourde. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’elle s’illustre négativement en matière d’opération de maintien d’ordre.

Ce sont plus de 850 personnes qui sont mortes en 2010 lors d’opérations de police ou en détention dans les commissariats. Cette utilisation excessive de la force doit prendre fin.

Car le modèle sécuritaire actuel est anachronique pour une Afrique du Sud très à cheval sur les principes démocratiques.

La responsabilité morale de certains

On a envie de dire que ceux qui demandent d’ailleurs la démission du ministre de la police et du président Jacob Zuma qui a décrété 7 jours de deuil national en mémoire des 44 disparus, parmi lesquels l’ancien leader des jeunes de l’ANC, exclu récemment dudit parti, Julius Malema, n’en font pas trop.

D’autant qu’on ne peut tolérer qu’une police censée veiller sur la sécurité des personnes et de leurs biens, retourne ses armes contre ces dernières au nom des intérêts des multinationales.

La société minière, même si elle promet de prendre en charge les études des orphelins, ne peut nier sa part de responsabilité dans cette tuerie, ne serait-ce que morale.

Si elle avait accepté d’améliorer les conditions de vie des travailleurs dont certains n’arrivaient pas à scolariser leurs enfants, on n’en serait pas là.

Et la platine de sang ou du moins, la mine de la mort, ne s’en porterait certainement pas plus mal.

Dabadi Zoumbara (Le Pays)

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