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Procession de catholiques durant le "Vendredi Saint" à Abidjan, 06 avril 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon
Procession de catholiques durant le "Vendredi Saint" à Abidjan, 06 avril 2012, REUTERS/Thierry Gouegnon

Côte d’Ivoire: «Les vieux démons dorment d’un sommeil léger»

La logique d'attaques et de représailles à l’œuvre dans le pays risque de réveiller définitivement les vieilles querelles.

Attention au retour des vieux démons en Côte d’Ivoire! Ce qui se passe dans le pays ressemble fort à un remake de ce à quoi on a assisté ces dernières années avec des violences suivies d’accusations et de démentis à tout vent entre partisans du pouvoir et opposants.

L’incendie du siège du Front populaire ivoirien (FPI), parti du président déchu, Laurent Gbagbo et celui du siège du «Temps», journal pro-Gbagbo, en disent long sur le niveau de violence dans le pays.

Le régime a échoué à sécuriser le pays

On peut penser que ce sont des militants de l’ex-parti au pouvoir qui ont mis le feu à deux de leurs propres institutions en vue de mettre à mal le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara (ADO). Aucune hypothèse n’est à écarter.

Si tel est le cas, c’est fort regrettable et ces fauteurs de trouble doivent être démasqués et châtiés conformément aux lois et règlements en vigueur dans le pays.

Mais, on peut également et fort logiquement penser qu’il s’agit d’actes de «représailles» de certains zélés du camp ADO, après les attaques armées de ces derniers jours.

Quoi qu’il en soit, ce qui s’est passé est assez grave et marque un autre échec du régime, en termes de sécurisation du pays.

Les raisons de cet échec sont multiples et peuvent être trouvées non seulement dans l’extrémisme et le refus de désarmement des uns, mais aussi dans les incapacités et l’insuffisante organisation des autres.

Si ce sont les partisans du nouveau régime qui ont provoqué ces incendies, ce n’est pas à leur honneur, encore moins à celui de leurs dirigeants. Loin s’en faut. Et ce, quels que soient leurs mobiles.

Les pro-Ouattara s’y sont mal pris

En effet, dans un Etat de droit qui se respecte, on a beau être, à tort ou à raison, contre les écrits d’un «canard» proche de son adversaire, on n’a aucunement le droit de faire partir en fumée ses installations. Il en est autant du siège de son parti quand bien même on aurait des griefs sérieux contre ce parti.

Les pro-Ouattara ont certainement des motifs d’en vouloir aux pro-Gbagbo, surtout avec les attaques armées de ces derniers temps dont les milices proches de l’ancien régime sont les auteurs présumés.

C’est vrai que la tentation est grande dans ce genre de situation, de se «venger», de vouloir rendre à l’adversaire coup pour coup.

Mais, il faut savoir raison garder, éviter de réveiller les vieux démons qui dorment encore d’un sommeil très léger dans ce pays.

La spirale attaques-représailles ne fera qu’altérer davantage la paix et la sécurité encore fragiles, compromettant de ce fait tous les efforts de réconciliation nationale.

Il y a des voies légales pour sanctionner toute personne physique et tout média qui se seraient rendus coupables d’infraction. Lorsqu’on fait fi de ces voies judiciaires pour se rendre justice soi-même, cela est intolérable et condamnable quel qu’en soit du reste l’auteur.

Les pyromanes doivent être châtiés

S’ils sont l’œuvre de partisans du régime, ces comportements ne sont ni plus ni moins que des actes d’intolérance et d’atteinte à la liberté de la presse. Il faut donc condamner avec la dernière énergie les incendies au nom de l’Etat de droit; le fait qu’ils appartiennent au FPI ne doit rien changer à cette condamnation.

Et il faut que le pouvoir Ouattara se donne tous les moyens de retrouver et de permettre à la Justice de châtier ces pyromanes comme il se doit. Il y va aussi de la crédibilité du régime, de son attachement aux valeurs de la démocratie.

En attendant, il faut se donner les moyens d’assurer l’autorité de l’Etat et la sécurité des personnes et des biens. Mais, tout devra être mis en œuvre pour que l’Etat reprenne la main et que sur tout le territoire, la sécurité revienne.

Certes, ce n’est pas aisé. Mais, c’est cela aussi gouverner un pays, fût-il dans une période post-crise. La sécurité d’un pays et à l’intérieur d’un pays incombe d’abord et avant tout à ceux qui en détiennent l’autorité, qui le dirigent.

Assez de mauvaise volonté, il faut se réconcilier

Cela dit, il faut également que les partisans de l’ex-président jouent leur partition dans l’effort de réconciliation. Ils doivent s’efforcer d’inscrire leurs actions dans le socle de la légalité républicaine.

En d’autres termes, les Ivoiriens, de toutes sensibilités, doivent accepter avec sincérité le vivre-ensemble. Il est de la responsabilité de tous et de chacun d’eux, de faire du retour définitif à la paix, une urgence.

Comme on le sait, la lutte fratricide, surtout de cette dernière décennie qui a connu son pic avec la crise postélectorale de 2010, a laissé des séquelles énormes. La fracture entre les Ivoiriens est, à bien des égards, abyssale.

L’exécrable graine de l’«ivoirité» semée par Bédié et entretenue par Gbagbo a eu le temps de germer et de faire des dégâts incommensurables dans la société. Il est grand temps que ces frères ennemis réapprennent à s’aimer ou, à tout le moins, à se tolérer.

Il faut donc enterrer définitivement la hache de guerre et se donner résolument la main. En tous les cas, il faut et ce, le plus vite possible, que le nouveau régime mette le paquet pour relever le défi de la sécurisation du pays. C’est un devoir impérieux.

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