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Zimbabwe - Des militants d'opposition libérés mais pas sauvés

Le professeur d’université Munyaradzi Gwisai et cinq autres co-inculpés ont été libérés sous caution le 17 mars 2011, après presque un mois de détention. Leur crime: avoir participé à un débat sur les mouvements révolutionnaires en Tunisie et en Egypte et regardé des vidéos des événements dans ces pays, rappelle le Christian Science Monitor.

Ils avaient été arrêtés le 19 février en même temps que 39 autres personnes, libérées elles début mars, faute de preuves. Mais les six derniers détenus, accusés de trahison, risquent la peine de mort.

Toutes les personnes inculpées, dont des étudiants et des demandeurs d’emplois, sont des militants de gauche et du milieu syndical. Munyaradzi Gwisai est un leader de l’Organisation internationale socialiste au Zimbabwe, qui lutte en faveur «des étudiants, des travailleurs et les droits des opprimés».

Lors de leur procès, le 16 mars, le juge Samuel Kudya du tribunal d’Harare, la capitale zimbabwéenne, a accédé à la demande de libération sous caution des accusés estimant que le risque de fuite était faible, contrairement à l’avis du parquet, rapporte Zimeye.org. Le juge a en effet relevé que les accusés résidaient tous en permanence au Zimbabwe avec leurs familles. Et de souligner:

«Il n'y a pas l'ombre d'une preuve pour soutenir que des Zimbabwéens ont envisagé une révolution à la Tunisienne ou à l'Egyptienne.»

La caution a été fixée à 2.000 dollars pour chacun des six inculpés. Ces derniers sont restés en garde à vue dans l’attente de réunir la somme. Un appel pour une levée de fonds solidaire a été lancée immédiatement, car leur avocat Alec Muchadehama n’avait rassemblé que la moitié de la caution, raconte Kubatana.net.

Finalement, les six inculpés recouvraient la liberté le lendemain, sans que les charges qui pèsent contre eux ne soient levées. Outre la caution, les accusés doivent se soumettre à plusieurs restrictions, à savoir résider à leur adresse habituelle, se présenter trois fois par semaine devant les autorités et ne pas entrer en contact avec les témoins.

Pour le Christian Science Monitor, cette affaire témoigne de la détérioration d’un climat politique fragile marqué par un accord de partage du pouvoir entre le président Robert Mugabe, et son principal opposant Morgan Tsvangirai, au poste Premier ministre depuis deux ans:

«A l’instar des présidents tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et égyptien Hosni Moubarak, Robert Mugabe est seul aux commandes de son pays depuis des décennies, en s’appuyant en grande partie sur l’usage de la force et de la répression.»

Lu sur Christian Science Monitor, Zimeye.org