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Présidentielle au Nigeria: le nord au coeur des ambitions

Des vagues d'autobus ont déferlé sur Kano. D'autres sont arrivés à cheval ou à dos de chameau: des dizaines de milliers de personnes ont convergé  dans la capitale du nord du Nigeria, pour soutenir Muhammadu Buhari, président sortant et candidat à la réélection à la présidentielle du 16 février.

Buhari, haoussa musulman originaire du nord, a été ovationné par la foule, lors d'un de ses plus importants meetings de campagne, la semaine dernière. 

Les plus téméraires ont même escaladé les immenses projecteurs du stade de la ville pour y accrocher des drapeaux du parti au pouvoir, le Congrès des Progressistes (APC). 

Kano, avec ses quelque 15 millions d'habitants, capitale millénaire de l'islam en Afrique de l'Ouest au carrefour du Sahel, est une région clé pour les candidats à la présidence: celui qui gagnera la ville et la région pourrait faire basculer les résultats de tout le pays. 

"Les élections se jouent sur le vote de masse", explique à l'AFP Moses Aluaigba, chercheur associé au centre Aminu Kano, un think tank de recherche politique à l'université de la ville. "Si l'APC a la +masse+ derrière lui, il prendra l'avantage". 

En 2015, Buhari avait remporté 89% des voix à Kano, face à Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud. Mais cette année, face à Atiku Abubakar, autre musulman du nord, et après un premier mandat plutôt décevant, la tâche ne sera pas si évidente. 

"Nous apporterons 5 millions de voix à Muhammadu Buhari et son vice-président Yemi Osinbajo", scandait le MC à la foule. 

- Popularité -

Mais avec 5,5 millions d'inscrits dans tout l'Etat de Kano, cette promesse semble bien ambitieuse.  

La foule rassemblée lors du meeting politique, bien qu'impressionnante, n'est pas forcément un indicateur de popularité au Nigeria, où personne ne fait rien gratuitement. 

Les périodes électorales sont surtout l'occasion de récupérer quelques billets distribués par les partis politiques, de la nourriture, et autres "cadeaux" jetés à la foule. 

Certes, Buhari est toujours perçu comme un "homme du peuple" à Kano, et les affiches de l'APC ont envahi la ville. 

Dans le marché de Sabon Gari, Aminu Uba Sanka et Kabiru Isa reconnaissent que le chef de l'Etat n'a pas tenu toutes ses promesses, mais il reste quand même leur candidat favori.

"Si Buhari s'en va, tous ces gens vont souffrir", assure Aminu Sanka, un petit commerçant du marché, en montrant la foule du doigt. 

"Nous avons besoin de lui encore quatre ans pour qu'il puisse finir les projets qu'il a commencé", explique-t-il à l'AFP, répétant quasiment mot pour mot le slogan de campagne de l'APC. 

En 2015, Kano - et le marché de Sabon Gari en particulier - était la cible d'attentats revendiqués par le groupe jihadiste Boko Haram. 

- Inflation ou insécurité? -

"Maintenant nous vivons relativement en paix", confie Kursiyya Abdullahi, une habitante de la ville devant une échoppe de maroquinerie. "La vie est dure. Mais je pense qu'il vaut mieux avoir de l'inflation plutôt que de l'insécurité". 

En effet, peu après l'élection de Muhammadu Buhari, le Nigeria a plongé dans la pire récession économique depuis trente ans, et le premier producteur de pétrole du continent africain peine à retrouver sa croissance du début des années 2000. 

En ce qui concerne la lutte contre la corruption, sa grande promesse électorale, Buhari a trop concentré les accusations sur ses opposants politiques, selon Aminu Yumba. 

"On devrait donner une seconde chance à Atiku Abubakar", assène ce résident de Kano.

Ancien vice-président sous Olusegun Obasanjo (1999-2007), Abubakar, richissime homme d'affaires, est perçu comme l'un des politiques les plus corrompus du Nigeria. Mais il est Haoussa, et même s'il a fait l'essentiel de sa carrière dans le sud chrétien, il n'est pas exclu de voter pour lui. 

Les résultats devraient être serrés entre les deux candidats principaux. C'est en tout cas, la prédiction de Tanko Yakasai, ancien politicien de 93 ans, mémoire vive de Kano et du Nigeria post-colonial. 

Cet ancien conseiller du président Shehu Shagari (celui-là même que le général Buhari avait démis du pouvoir par un coup d'Etat en 1983), assure qu'il y aura une division des votes dans le nord du pays et le sud, traditionnellement plus affilié au Parti Populaire Démocratique (PDP), sera majoritairement derrière Abubakar. 

"Cette fois, les résultats des élections ne seront pas liés à une religion ou une ethnie. Il n'y aura pas de sectarisme ou de tribalisme", analyse le vieil homme. "Ce sera très serré ou Atiku pourrait l'emporter". 

AFP

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