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Scène d'inondation à Dakar, Sénégal, 14 août 2012, REUTERS/Joe Penney
Scène d'inondation à Dakar, Sénégal, 14 août 2012, REUTERS/Joe Penney

Pourquoi l’Afrique a si souvent les pieds dans l’eau

La conception des villes n’est pas suffisamment pensée pour éviter la catastrophe quand vient le déluge.

Burkina, Niger, Nigeria, Sénégal, Cameroun… La liste est longue des pays qui sont chroniquement frappés par des inondations avec leurs cortèges de dégâts aussi matériels qu’humains.

En général, les populations d’Afrique ont toujours la peur au ventre toutes les fois que le ciel ouvre ses vannes pour laisser couler l’eau, source de… vie. Que de vies l’Afrique a perdues ces dernières années suite à des pluies diluviennes!

Des politiques urbaines défaillantes

Une chose est certaine: si, jadis, ces catastrophes étaient imputées au Bon Dieu, aujourd’hui, les victimes comprennent de plus en plus que la part de responsabilité des politiques publiques est grande dans ce qui leur arrive.

A la vérité, ces inondations répétitives aussi mortelles les unes que les autres dans les grandes métropoles africaines, sont le plus souvent la conséquence d’un échec des politiques urbaines.

Jusqu’ici, beaucoup d’autorités politiques africaines brillent par leur incapacité à mieux adapter les espaces urbains aux changements climatiques dont elles parlent tant dans les instances nationales et internationales.

Elles sont rares, ces villes africaines qui sont bâties selon une architecture rationnelle qui tienne surtout compte de l’espace disponible et des risques climatiques. On attend souvent que le sinistre se produise pour se rendre compte que tel ou tel espace n’est pas habitable.

Par ailleurs, la quasi-totalité des pays dans l’œil du cyclone ne disposent pas de moyens d’évacuation suffisants des victimes. Pas plus qu’ils ne disposent de moyens pour gérer l’après-inondation sans en appeler à la solidarité nationale et internationale.

Que dire de la gestion même de ces espaces urbains dans nombre de pays africains? En effet, pour des raisons souvent socioculturelles, beaucoup d’Africains préfèrent avoir un «chez-soi» plutôt que de vivre sous un toit qui n’est pas le leur.

Assainissement zéro

Conséquence: les villes africaines s’étendent à une vitesse de croisière sans qu’il y ait souvent une politique d’assainissement adéquate pour les accompagner.

En outre, la fracture devient de plus en plus abyssale entre les quartiers des villes africaines.

On a parfois la fâcheuse impression que les politiques d’assainissement de nos villes sont beaucoup plus orientées vers les quartiers des nantis qui tranchent nettement par leur rutilance avec les quartiers populaires.

En effet, dans l’écrasante majorité des capitales africaines, on trouve des « Tanga Nord » et des «Tanga Sud» pour reprendre l’expression du célèbre écrivain, Alexandre Biyidi alias Mongo Béti, dans son roman intitulé «Ville cruelle» (1954, Présence Africaine).

De fait, nos capitales abondent de Tanga Nord sinistrés, mal assainis et de Tanga Sud où sont logées la majorité des infrastructures assainissantes. C’est à se demander souvent si nos pays produisent des richesses pour tous les citoyens.

En tout état de cause, le risque que les villes africaines s’embrasent est grand si les pouvoirs publics ne travaillent pas à gommer ces disparités.

Boulkindi Couldiati (Le Pays)

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