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Reddition de nombreux miliciens dans le Kasaï: inquiétudes et espoirs en RDC

La reddition de plusieurs centaines de miliciens Kamuina Nsapu, dont les affrontements avec les forces de sécurité ont endeuillé la région du Kasaï, suscite des espoirs mêlés à des inquiétudes en République démocratique du Congo où de successives intégrations d'ex-rebelles dans l'armée n'ont pas apporté la stabilité recherchée.

Depuis l'investiture comme président de la RDC de Félix Tshisekedi, natif de la région du Kasaï, il s'enregistre une vague de reddition de miliciens.Leurs affrontements avec les forces de sécurité des violences ont causé la mort de 3.000 personnes entre septembre 2016 et octobre 2017, dont celles  de deux experts des Nations unies. Et ce conflit a déplacé 1,4 million de personnes.

Mardi, trois chefs de cette milice, dont un homme accusé de meurtre de trente-neuf policiers en 2017, se sont rendus aux autorités.

Le 15 janvier, cinq jours après la proclamation des résultats provisoires donnant Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle, 50 chefs miliciens Kamuina Nsapu ont quitté la brousse, pour se rendre aux autorités.

Puis 600 miliciens ont déposé les armes, au lendemain de la prise de fonction du président Tshisekedi le 26 janvier, se disant "satisfaits" par les résultats des élections générales du 30 décembre 2018.  

Ces redditions font naître l'espoir d'une paix durable dans la région du Kasaï, riche en diamant, mais paradoxalement pauvre et enclavée.

Dans cette région du centre du pays, M. Tshisekedi a raflé quasiment tous les suffrages exprimés par les électeurs à la présidentielle qui lui permet de succéder au président Joseph Kabila, après 18 ans au pouvoir.

Même si aucune annonce officielle en ce sens n'a eu lieu, pour ces miliciens l'heure semble avoir sonné d'intégrer l'armée nationale avec des grades qui procurent avantages matériels et financiers.

Ils ont en mémoire la réforme initiée par les autorités au sein des Forces armées de la RDC (FARDC) en 2003 dénommée "brassage" qui consistait à intégrer, sans conditions, des ex-rebelles au sein de l'armée, leurs chefs obtenant des grades d'officiers dans de grandes unités.

"La mauvaise expérience du passé dans l'est a fait tâche d'huile au Kasaï", estime une source diplomatique engagée depuis 2003 dans la résolution des conflits.

- 'éviter ce piège'-

"Intégrer l'armée pour ces miliciens veut dire disposer d'une arme qui est en soi une carte de crédit pour celui qui la détient. Ca permettrait aussi aux Luba (habitants du Kasaï) de remplacer surtout les swahiliphones (privilégiés par Kabila) et dans une certaine mesure les Bangala (originaires du nord, favorisés sous Mobutu) qui occupent de hautes fonctions au sein de l'armée", analyse-t-il.

"Les nouvelles autorités doivent éviter ce piège en privilégiant la réintégration dans la vie civile", estime-t-il.

La réforme initiée en 2003 n'a pas apporté la stabilité recherchée : d'ex-rebelles "brassés" ont fomenté plusieurs autres rébellions notamment celle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un mouvement politico-militaire créé par Laurent Nkunda, issu d'un ex-mouvement rebelle le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda.  

Une autre rébellion d'envergure, le Mouvement du 23 mars (M23) créé par d'ex-rebelles CNDP, les généraux Sultani Makenga et Bosco Ntangada, a vu ensuite le jour en avril 2012. 

Cette rébellion a été neutralisée par l'armée congolaise avec l'appui des Casques bleus fin 2013. Depuis, l'intégration des miliciens n'est plus systématique au sein de l'armée régulière.

Les redditions en cours au Kasaï "offrent, cependant, une immense opportunité de stabiliser durablement la région en proposant des réponses aux questions sociales après le changement de gouvernance obtenue par des élections", estime Anaclet Tshimbalanga, responsable d'une ONG basée dans le Kasaï, spécialisée dans la résolution des conflits communautaires.

"En lieu et place de l'intégration systématique dans l'armée, il faut proposer un retour à l'agriculture, à l'élevage, offrir de vraies opportunités de développement".

L'intégration au sein des forces armées "ne doit pas être systématique", mais se baser sur le volontariat, conclut M. Tshimbalanga.

AFP

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