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Le président égyptien Mohammed Morsi et le maréchal Hussein Tantaoui, le 15 août au Caire © REUTERS
Le président égyptien Mohammed Morsi et le maréchal Hussein Tantaoui, le 15 août au Caire © REUTERS

Que faire des ministres de la Défense?

La décision du président égyptien de se débarrasser du maréchal Tantaoui illustre la fragilité des liens entre les chefs d'Etats et leurs ministres de la Défense.

Comme dit avant, partout et par tous, l'Etat dans le monde arabe se résume à la relation entre le Président et le ministre de la Défense. C'est ainsi: tout le reste est verbiage, bla bla ou constitutions et quotas de pétrole.

C'est cette relation entre les deux hommes qui fonde la république, la monarchie ou la féodalité, fait et défait la nation. Pourquoi en parler aujourd'hui? Parce que le Président égyptien, le nouveau, issu des Frères musulmans, a décidé de limoger son ministre de la Défense qui était lui-même son Président et son patron.

La décision est inattendue mais bien calculée: elle intervient après le massacre de 16 militaires égyptiens par des djihadistes qui ont tenté une ridicule guerre sainte contre Israël avant de se faire exploser comme des fourmis hystériques.

Nous appartenons tous aux militaires

Du coup, la grande question posée par tous: Morsi le peut-il vraiment? L'a-t-il fait? Va-t-il le payer? Y survivra-t-il? Question qui les résume tous: peut-on faire un coup d'Etat à l'armée quand c'est elle qui le fait généralement contre le Président ou le Roi? Car, par tradition et fatalisme, on ne peut pas croire que la légitimité puisse tenir tête au char d'assaut. Nous appartenons tous aux militaires, de la chaussure au drapeau, par règle de la décolonisation trop récente.

Donc, cette relation est la fondation du pays arabe: comment l'entretenir, la pervertir, la contourner, la contenir ou faire semblant qu'elle n'existe pas? Tout dépend: on peut parfois se croire malin et se déclarer, à la fois, Président de la République et ministre de la Défense. Ce fut la solution du malin Bouteflika.

Enfant d'un coup d'Etat inaugural, il a pensé remplacer Boumediene sans se faire avoir comme Benbella. C'est habile. Sauf que le ministre de la Défense ne se trouve pas aux Tagarins (quartier d'Alger, Ndlr), mais ailleurs et donc cette réappropriation n'est pas totale, même après le décès de Lamari.

Une affaire de famille

Ailleurs, d'autres régimes arabes ont pensé à mieux: faire de l'Etat-major de l'armée une affaire de famille: le ministre de la Défense est souvent le fils ou le frère. Parfois, le Président nomme un faux ministre de la Défense (Syrie) mais laisse le vrai commandement entre les mains du frère (Syrie toujours).

Parfois donc c'est le fils (Yémen), ou le proche ou le parent. Le lien de sang étant meilleur que le lien de l'institution et de la légitimité. D'autres fois, le ministère de la Défense n'existe tout simplement pas comme dans la Libye de Kadhafi. Ou ne sert à rien comme au Liban. Ou se trouve aux Etats-Unis pour soins ou pour autre chose, comme en Arabie Saoudite… etc.

Généralement, ce ministre et ce ministère sont le premier souci du nouveau Roi ou Président, dans le monde arabe: que faut-il en faire? Chaque Président nomme le sien car celui de son prédécesseur est toujours mal vu, est son ennemi ou sa migraine.

De l'âge du gourdin, à celui de la démocratie

La légitimité des Présidents et rois arabes est si faible et si ténue, que lorsqu'un ministre de la Défense éternue, c'est une urne qui tremble et un peuple qui se fait avoir. C'est lorsque ce lien sera assaini sain, calme et serein, que l'on pourra affirmer que l'on est passé de l'âge du gourdin, à celui de la démocratie.

Presque tous les ministres de la Défense arabes ont cet air d'être les parrains du pays et pas ses fonctionnaires payés pour le défendre et le respecter.

Kamel Daoud (Le quotidien d'Oran)

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Kamel Daoud

Kamel Daoud est chroniqueur au Quotidien d’Oran, reporter, écrivain, auteur du recueil de nouvelles Le minotaure 504 (éditions Nadine Wespieser).

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