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A Harare, le retour des bus publics contre la hausse des prix du pétrole

Les habitants de Harare les croyaient définitivement au garage, victimes de la faillite de l'économie. Mais depuis cette semaine, des bus publics roulent à nouveau dans les rues de la capitale du Zimbabwe, ressuscités par la hausse des prix du pétrole.

Comme beaucoup d'autres banlieusards, Shylot Sibanda n'a pas hésité longtemps avant de remonter à leur bord. Le trajet du centre-ville jusqu'à son quartier de Budiriro lui a été facturé 1 dollar américain, trois fois moins cher que celui exigé par les minibus privés.

"On est vraiment satisfait de cette initiative du gouvernement, on espère que ça va continuer", lance M. Sibanda, alors que les passagers s'entassent dans le véhicule qui s'apprête à quitter le terminus.

Le retour des bus publics tient du miracle. Jusqu'à ces derniers jours, la compagnie de transports publics zimbabwéenne (Zupco) était promise à une mort certaine. Victime de sa mauvaise gestion, de la corruption et de deux décennies d'une terrible crise économique.

Inflation galopante, pseudo-devise en chute libre, manque de liquidités, l'Etat zimbabwéen est étranglé financièrement, ses entreprises avec.

Contre toute attente, l'horizon de la Zupco s'est élairci lorsque le gouvernement a annoncé le 12 janvier une augmentation drastique (+150%) des prix des carburants pour tenter d'enrayer une grave pénurie de pétrole.

La hausse de trop pour une population désespérée.

La grève générale lancée par le principal syndicat du pays a viré à la fronde violente contre le président Emmerson Mnangagwa, aussitôt réprimée avec une brutalité digne de l'ère de son prédécesseur Robert Mugabe. Au moins 12 morts et des centaines de blessés, plus d'un millier d'arrestations, selon les ONG.

- 'Durable et viable' -

Comme le redoutaient les manifestants, les compagnies de transport privées n'ont pas traîné à répercuter la hausse des prix des carburants sur leurs tarifs.

Alors, pour calmer la colère de la rue, le gouvernement a décidé de relancer la Zupco.

"Notre priorité était de ramener un peu de raison dans le chaos", explique le ministre des Transports Joel-Biggie Matiza. "Ce n'est pas une mesure provisoire", ajoute-t-il, "ça va continuer, nous allons faire en sorte que ce système soit durable et viable".

Faute de pouvoir redémarrer ceux en piteux état de la Zupco, l'Etat a loué des bus aux entreprises privées qui assurent les liaisons longue-distance dans le pays et les a flanqués des couleurs de la compagnie nationale.

Au prix d'à peine 1 dollar le trajet, ils n'ont pas tardé à faire le plein. Malgré la présence à bord de soldats et de policiers en armes chargés d'assurer leur sécurité.

"Ce n'est pas un problème", assure Nomatter Nyakurwa, à bord d'un bus gouvernemental en route pour sa banlieue de Budiriro. "Il suffit d'y monter et on n'a plus à payer 3 dollars pour entrer chez nous".

L'arrivée de bus "low cost" a été accueilli comme une aubaine dans un pays où l'inflation atteint des sommets.

Officiellement, elle s'est établie à 42% en décembre, son plus haut niveau depuis dix ans. Les analystes avancent que son taux réel est supérieur à... 200%.

- 'Déloyal' -

"Maintenant (grâce à ces bus), on peut économiser pour s'acheter de la nourriture et payer le loyer", se réjouit Shylot Sibanda, "on est très contents".

Les propriétaires des minibus ou "kombis" privés, eux, ne décolèrent pas.

"Le gouvernement ne subventionne le carburant que pour ses bus", rouspète un de leurs chauffeurs, David Muchada. "Ils devraient faire la même chose pour nos minibus. Si on pouvait payer l'essence 1,50 dollar le litre, on pourrait nous aussi faire le trajet à 1 dollar".

Un de ses collègues, qui refuse de donner son nom par crainte de la police, affirme que le retour des bus publics lui a fait perdre l'essentiel de ses passagers.

"Comment croyez-vous qu'on va pouvoir continuer à faire vivre nos familles", désespère-t-il, "il n'y a pas d'autre travail dans ce pays..."

Au vu de la situation financière catastrophique du Zimbabwe, le soutien de l'Etat aux prix du pétrole et donc la renaissance de la Zupco pourraient toutefois n'être qu'un feu de paille.

Au coeur des inquiétudes, la dégringolade de la valeur des "bond notes", ces bons du Trésor utilisés depuis 2016 comme devise, par rapport aux dollars américains.

"Ce taux de change s'effondre parce que le gouvernement dépense trop", met en garde l'économiste Persistence Gwanyanya. "Et s'il n'est pas stabilisé, l'économie va s'enfoncer encore plus dans la difficulté..." 

AFP

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