mis à jour le

Léon Panetta, Mohammed Morsi et Mohammed Hussein Tantaoui au Caire, juillet 2012 © REUTERS
Léon Panetta, Mohammed Morsi et Mohammed Hussein Tantaoui au Caire, juillet 2012 © REUTERS

Les Etats-Unis, les frères d'armes de l'Egypte?

Le Pentagone va-t-il continuer à soutenir les militaires égyptiens sous le nouveau gouvernement islamiste?

On ne sait pas s’il a regardé le président égyptien Mohamed Morsi au fond des yeux, mais après une rencontre de 45 minutes au palais présidentiel, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, était assez convaincu pour déclarer que le dirigeant des Frères musulmans devait «être son propre maître».

Leon Panetta n’a passé que quatre heures et demie sur le sol égyptien; trois si l’on enlève le temps passé dans les embouteillages.

Mais au Caire, l’opinion de l’ancien chef de la CIA est prise très au sérieux, et son approbation quant à la marche de l’Egypte vers la démocratie pourrait bien peser de tout son poids dans l’armement militaire.

Leon Panetta est venu faire ce qu’il avait à faire, et écouter ce qu’il avait besoin d’entendre.

Les Etats-Unis ont besoin de calme et de stabilité en Egypte —pour la relation du Pentagone avec les militaires, pour l’engagement du gouvernement civil vis-à-vis des accords de Camp David, et pour être partenaires dans la lutte contre le terrorisme.

Durant ses réunions, d’abord avec le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, qui était encore à ce moment-là, le chef du Conseil suprême des forces armées, puis ensuite avec les deux hommes —une apparition conjointe que les responsables américains ont pris comme un signe d’unité plutôt qu’un signe de surveillance exercée par les militaires.

Tantatoui, un élément incontournable

Tantaoui s’était alors à nouveau engagé en faveur d’une passation du pouvoir pacifique aux civils. Morsi a, lui, approuvé le fait que l’extrémisme des groupes comme al-Qaida «doit être traité», a déclaré Panetta lors d’une brève conférence de presse. Tantaoui et Morsi ont aussi présenté un front commun au sujet de leur engagement envers la démocratie.

«C’est mon opinion, basée sur ce que j’ai vu et sur les discussions que j’ai eu, que le président Morsi et le maréchal Tantaoui ont une bonne relation et travaillent ensemble pour atteindre le même objectif», avait encore déclaré Panetta aux journalistes, lors de sa visite en Egypte.

«J’ai été convaincu que le président Morsi est son propre maître; qu’il est le président de tous les Egyptiens, et qu’il s’est véritablement engagé à mettre en place les réformes démocratiques ici en Egypte», a-t-il ajouté.

Et c’était là l’essentiel. Panetta a déclaré qu’ils s’étaient mis d’accord pour travailler «de manière coopérative» et pour respecter leurs engagements internationaux.

Des membres du ministère de la Défense ont souligné que cette visite constituait une rencontre préliminaire avec Morsi, afin de mieux se connaître.

La relation de Tantaoui avec les responsables américains remontent à longtemps. Et même si les gros titres des journaux opposaient, jusqu'ici, Morsi à Tantaoui, avec de bonnes raisons, en privé, des responsables soulignent que des pourparlers militaires ont continué à avoir lieu, notamment à plusieurs reprises avec l’attaché de Défense américain.

Et, pour l’instant, Morsi a convaincu les visiteurs américains de passage au Caire en juillet qu’il est un interlocuteur honnête.

Cette année, l’aide américaine versée à l’Egypte s’élève à 1,3 milliard de dollars, et l’équipe du Pentagone d’Obama ne risque pas de ralentir ni ne réduire ce flux.

Aucune intention non plus de faire pression sur les Egyptiens pour qu’ils commencent à acheter plus d’équipements de contre-terrorisme, en lieu et place de matériel conventionnel, comme des chars M1A1 Abrams de General Dynamics ou des avions de chasse F-16 de Lockheed Martin.

Plus d'amitié et moins de pression

Comme l’a déclaré un responsable américain, pourquoi faire pression sur un allié juste au moment où vous essayez de montrer une amitié indéfectible?

Le temps dira si Morsi et Tantaoui auront réussi à construire quelque chose qui ressemblerait à un Etat post-Moubarack et qui jouerait, avec la même ferveur, son rôle de cheville ouvrière de la sécurité régionale —ou, encore mieux, deviendrait un adversaire acharné des extrémistes violents, particulièrement ceux venant du Sinaï.

Leon Panetta a déclaré que l’Egypte avait une responsabilité concernant la sécurité du Sinaï, mais répondant à une question de la presse égyptienne, il a dit qu’il n’y avait pas de discussions concernant l’envoi de troupes égyptiennes supplémentaires là-bas.

En fait, la visite de Panetta a sans doute été moins spectaculaire que celle d’Hillary Clinton à la mi-juillet.

Aucun lancer de tomates sur sa voiture n’a été observé… Mais le message était clair pour les Egyptiens —et pour les membres du Congrès demandant des restrictions de l’aide parce qu’ils doutent du curriculum vitae du Frère musulman Mohamed Morsi. L’administration Obama n’a aucune intention de laisser l’Egypte.

C’est une approche froide, basée sur l’aspect sécuritaire, qui ignore de nombreuses critiques. Les conservateurs et les libéraux américains comme le sénateur démocrate du Vermont Patrick Leahy ont demandé la fin ou la restriction de l’aide militaire américaine à l’Egypte.

D’un autre côté, au Caire, certains demandent à l’Etat d’arrêter d’accepter cet argent (dont la majorité doit être utilisée pour acheter des armes américaines.

Mais ces deux «voix» n’ont pas d’influence sur les responsables de la sécurité des deux pays. En 2011, le Congrès a adopté une restriction demandant que l’aide militaire à l’Egypte soit liée aux droits de l’homme, mais il a donné à la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, une option d’exonération liée à la sécurité nationale.

Elle l’a vite utilisée. A ce moment-là, l’argent de l’aide a été vu comme un levier de pression sur le gouvernement, dirigé par les militaires, pour relâcher sept américains travaillant pour des groupes pro-démocratie financés par les Etats-Unis, américains placés en résidence surveillée par le gouvernement égyptien.

Même Amnesty International a déclaré que cette action avait «perverti» un outil pour le mouvement pro-démocratie. Leahy a continué d’exhorter Hillary Clinton à différer l’aide militaire.

Mais lors d’une conférence de presse, le mardi 31 juillet, l’ambassadeur des Etats-Unis en Egypte, Anne Patterson, a clairement déclaré que les Etats-Unis maintenaient une politique «sans conditions».

Nous sommes en plein ramadan, ce qui veut dire que la vie se déroule à un rythme plus lent au Moyen-Orient, un peu comme à Washington au mois d’août.

Le côté positif est que cette pause pourrait permettre plus de réunions comme celle avec Panetta, ce qui aiderait l’Egypte à y voir plus clair. La mauvaise nouvelle, c’est que toutes les vacances ont une fin, comme à Washington.

Kevin Baron (traduit par Sandrine Kuhn)

Foreign Policy

A lire aussi

Egypte-Israël: le Sinaï de la discorde

Le dilemme égyptien de l'Amérique

 

 

 

Foreign Policy

Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

Ses derniers articles: Le retour d'Ebola au Congo est un test avant la prochaine grande épidémie  L'Afrique de l'Ouest sera encore sous la menace djihadiste en 2017  Plongée dans les rues de Bambari, symbole du chaos centrafricain 

accords de Camp David

Blog Nouvelles du Caire

Egypte-Etats-unis: c'est l'histoire d'un couple

Egypte-Etats-unis: c'est l'histoire d'un couple

Frontières

Egypte-Israël: le Sinaï de la discorde

Egypte-Israël: le Sinaï de la discorde

Diplomatie

Pourquoi le torchon brûle entre l'Egypte et Israël

Pourquoi le torchon brûle entre l'Egypte et Israël

armes

AFP

Centrafrique: accord de cessez-le-feu entre groupes armés

Centrafrique: accord de cessez-le-feu entre groupes armés

AFP

Centrafrique: il faut "s'attaquer aux finances" des groupes armés

Centrafrique: il faut "s'attaquer aux finances" des groupes armés

AFP

Centrafrique: des hommes armés attaquent la ville de Bocaranga

Centrafrique: des hommes armés attaquent la ville de Bocaranga

Défenses

AFP

Vietnam: 700 kilos de cornes de rhinocéros et défenses d'éléphants saisies

Vietnam: 700 kilos de cornes de rhinocéros et défenses d'éléphants saisies

AFP

Trafic d'ivoire: le Togo pratique des tests ADN sur les défenses saisies

Trafic d'ivoire: le Togo pratique des tests ADN sur les défenses saisies