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Au Zimbabwe, la population de Kadoma se cache pour échapper

La peur règne sur Kadoma. Dès l'après-midi, les rues de cette ville du centre du Zimbabwe se vident comme sous l'effet d'un couvre-feu. Soldats et policiers y patrouillent seuls, les habitants se cloîtrent chez eux pour éviter les passages à tabac.

Lundi dernier, au huitième jour de la répression contre la fronde déclenchée par l'augmentation des prix des carburants, Tafadzwa, 23 ans, a commis l'erreur de sortir sur le pas de sa porte, pour répondre à un appel téléphonique.

Sa maison, où s'entassent sept personnes, est trop exigüe pour avoir une conservation au calme.

Tafadzwa se tenait debout sur le trottoir en terre, à la tombée de la nuit, quand quatre soldats et trois policiers l'ont saisi pour le frapper à coups de crosse de fusil. 

"Ils n'ont rien dit", raconte-t-il à l'AFP, encore traumatisé. "J'étais incapable de penser parce que la souffrance était insupportable. Je me disais juste +je vais mourir, c'est fini+".

Le jeune homme doit son salut à son frère et sa mère. "Ils se sont mis à pleurer en disant +il ne fait rien de mal là-dehors+".

A l'annonce le 12 janvier d'une spectaculaire augmentation des prix du pétrole (+150%), les Zimbabwéens, épuisés par des années de crise, ont laissé éclater leur colère: grève générale, manifestations et pillages.

La riposte des forces de l'ordre a été brutale. Au moins 12 personnes ont été tuées dans le pays, selon des ONG, plus d'un millier de personnes arrêtées et de nombreux civils tabassés.

- 'Les gens ont faim' -

A Kadoma, des militaires ont abattu par balles un jeune de 20 ans, selon des témoins et le forum des ONG des droits de l'Homme du Zimbabwe. Un autre homme est décédé lors de son transfert dans un hôpital de la capitale Harare, à 150 km de là, a affirmé un agent pénitentiaire.

Tafadzwa, comme de nombreuses autres victimes, n'a pas osé aller se faire soigner à l'hôpital, de crainte d'être arrêté. Il ne s'est pas non plus rendu à un entretien d'embauche.

"Je n'ai pas quitté la maison depuis. J'ai trop peur", confie ce chômeur en ouvrant un cahier d'exercices rempli d'équations complexes, son passe-temps favori.

Le président Emmerson Mnangagwa, successeur de Robert Mugabe, contraint à la démission fin 2017, s'est engagé à punir les forces de sécurité qui ont dérapé.

Mais à Kadoma, les habitants sont convaincus qu'elles ont carte blanche pour empêcher toute nouvelle manifestation.

Le 14 janvier, "c'est une manifestation +popcorn+ qui a éclaté partout", raconte Ophias Mukucha, 46 ans et membre du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition).

"Les gens étaient déterminés à manifester, c'était justifié. C'était la pagaille ici, avec des soldats qui tiraient des gaz lacrymogènes et à balles réelles", se rappelle-t-il.

"Les pillages étaient dus à la colère et la faim. Les gens ont faim. Ils ne peuvent pas se permettre trois repas par jour".

- 'Tellement triste' -

Les prix explosent au Zimbabwe. L'inflation en décembre a atteint 42,1%. 

Le pain, qui coûtait 90 centimes il y a un an, se vend désormais deux dollars, explique Ophias Mukucha, qui travaille pour une ONG et gagne 250 dollars par mois. 

"Beaucoup de gens mangent juste du riz ou de la farine au petit-déjeuner. C'est tout. Pour les enfants, on doit improviser, mais leur santé en pâtit", assure ce père de cinq enfants.

Kadoma porte les stigmates des violences de la semaine passée. Des vitrines cassées ont été remplacées par des bouts de cartons. Le toit en tôle du bureau local du parti au pouvoir, la Zanu-PF, est éventré après un incendie. Des débris de pneus jonchent les rues.

Scène rare dans ce pays rongé par les pénuries, un camion-citerne vient réapprovisionner une station. L'armée monte la garde. Malgré le doublement des prix de l'essence, une longue file d'attente se forme rapidement.

Pendant ce temps, en prison et au tribunal, la répression continue.

Derrière les barreaux, des personnes récemment arrêtées reçoivent de faibles rations alimentaires, dorment à même le sol et certaines ont besoin de soins, affirme sous couvert d'anonymat un agent pénitentiaire.

"Au tribunal, des partisans de la Zanu-PF ont montré du doigt à la police des proches des personnes arrêtées. La police les a interpellés", raconte le fonctionnaire.

"C'est tellement triste", poursuit-il, "le gouvernement a envoyé des soldats armés pour attaquer ses propres citoyens".

AFP

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