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Le britannique Mo Farah gagne le 5.000 mètres, 11 août 2012, REUTERS/Lucy Nicholson
Le britannique Mo Farah gagne le 5.000 mètres, 11 août 2012, REUTERS/Lucy Nicholson

Le continent était mal préparé pour ces Jeux olympiques

Pour la presse africaine les athlètes auraient pu mieux faire. Si seulement toutes les conditions avaient été réunies.


«L’Afrique a reculé de quatre médailles dans le classement final des Jeux olympiques de Londres, comparativement à ceux de Pékin 2008, selon un classement établi dimanche (12 août 2012), jour de clôture des Olympiades.

Le continent a cumulé au total 34 médailles dont 11 en or (11 en argent et 12 en bronze) contre un total de 40 lors des Jeux olympiques de Pékin (12 en or, 14 en argent et 14 en bronze).»

C’est le constat que fait l’Agence de presse sénégalaise au lendemain des Jeux de Londres.

Maigre butin

La moisson est bien mince pour l’Afrique à l'issue des Olympiades qui se sont déroulées dans la capitale britannique du 29 juillet au 12 août 2012. Les espoirs que les Africains portaient en leurs athlètes ont été déçus.

Nombre de pays affichent encore le compteur de médailles à zéro en plusieurs participations à cette grand-messe du sport à tel point que «pendant que les autres sont classés par pays, on parle à l’échelle continentale pour les Africains pour que le score ne soit pas anecdotique», fait remarquer le quotidien burkinabè L’Observateur Paalga.

La presse n’est pas tendre envers des résultats unanimement jugés faibles et en deçà des capacités des sportifs africains. Et c'est Fasozine qui enfonce le clou:

«En dehors du Kenya, de l’Ethiopie et de l’Afrique du Sud, dont les sprinteurs demeurent imbattables dans les disciplines de la course sur longue distance, on peut le dire, l’Afrique est passée à côté des JO.»

Les moyens ont manqué

«Car le continent noir, dont les populations sont confrontées à d’autres réalités comme la faim, n’a pas les moyens de hisser ses représentants sur les premières marches des podiums des JO», précise encore le site de Fasozine.

A la décharge des athlètes «incompétents», l'incapacité de leurs pays respectifs à créer toutes les conditions de succès est le vrai phénomène à incriminer.

Des lacunes qui sont présentes à tous les niveaux. Aussi bien sur le plan de l’encadrement que de l’accompagnement.

«Il est vrai que l’on ne joue pas dans la même catégorie et qu’entre un Nord accordant de l’attention et des moyens colossaux pour engranger les résultats escomptés et un Sud où on en est encore à "l’informel athlétique", le fossé est énorme», reconnaît L’Observateur Paalga.

Et, selon Fasozine, certaines performances fournissent la preuve que des Africains peuvent être nombreux à réussir quand les moyens sont employés.

«Même si certains black ont fait honneur à la France, à la Grande-Bretagne ou encore aux Etats-Unis, ceux-ci ont renoncé à leur nationalité d’origine depuis belle lurette.»

Pour le Journal du Cameroun, c’est ce qui explique que sept athlètes camerounais se soient évanouis dans la nature sitôt leur participation terminée.

«Ces défections pourraient trouver une justification dans la volonté de s’insérer en Europe, un environnement économiquement plus viable que leur pays (…). De nombreux athlètes en quête de meilleurs cadres d’évolution ont souvent quitté le Cameroun pour d’autres pays.»

L’Afrique a fait de la figuration

Mais, s’il y a au moins un satisfait du bilan de ces Jeux olympiques, c’est bien le Tchad qui se conforme à l’esprit voulu par Pierre de Coubertin, l’initiateur de ce festival sportif:

«Même si les ambassadeurs tchadiens n’ont rien récolté, la participation du Tchad aux JO de Londres fait la fierté de toute la nation, se contente de souligner le Journal du Tchad. Dans les quartiers, les commentaires vont bon train et de nombreuses personnes interrogées ont presque la même idée: "Nous sommes contents, car notre pays a été qualifié pour les JO, c’est une fierté pour nous même si nos représentants n’ont pas eu des médailles".»

Un satisfecit qui n’est nullement partagé par la Côte d’Ivoire, qui estime qu’à l’image de nombreuses nations africaines, l’Eburnie (Côte d'ivoire) a fait de la figuration à Londres:

«Dites, étions-nous présents à ce rendez-vous? S’interroge le journaliste du quotidien Soir Info. Puisqu’on n’a pas entendu l’Abidjanaise (hymne national ivoirien) retentir. De médailles? Zéro pointé. Sans doute, rétorquera-t-on que le baron avait dit: "l’essentiel est de participer". Mon œil! Il faut que cela cesse. Ces manières de jeter l’argent du contribuable par la fenêtre. C’est écœurant. Tout simplement. Des lauriers, on les gagne avec des athlètes bien préparés.»

La préparation était essentielle

Cette question de la préparation est au centre du questionnement de nombreux observateurs.

Il semble que pour cette édition des Jeux, athlètes et encadreurs se soient réveillés à la 25e heure pour se mettre en condition de participer.

Si bien que les résultats s’en sont ressentis de l’aveu même de Carlos Rosa, président de la Fédération angolaise d'athlétisme:

«On doit commencer immédiatement à penser aux JO de 2016, malheureusement souvent nous aimons débuter les préparatifs au cours de l'année de la rencontre et s'attendre à des résultats, je pense que nous devons changer de mentalité pour que les choses se passent mieux», a déclaré le responsable à Angola Press

Un sentiment partagé jusqu’en Tunisie où des trophées ont pourtant été conquis en course de 3.000 mètres steeple féminin par Habiba Ghribi et en natation par Oussama Mellouli. Pour le Site La Presse de Tunisie, ces victoires ne doivent pas être l’arbre cachant la forêt d’un  système défaillant:

«Un événement aussi prestigieux et galactique ne peut réussir que pour ceux qui savent comment le préparer. (…)

C’est tout un cycle olympique de 4 ans où tout doit être préparé minutieusement et en avance. Regardez la Chine, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, bref tous ces grands Etats du sport qui s’y prennent 4 ans à l’avance.

Ils planifient tout: athlètes ciblés, leurs possibilités, qui va les encadrer, quels sont les moyens nécessaires à leurs performances, comment faire le suivi et orienter ces athlètes vers le bon chemin, comment financer ces campagnes de préparation coûteuses...

(…) Au bout de 4 ans, vous avez un système qui a produit des athlètes "médaillables" qui peuvent, cependant, ne rien gagner. Pour vous dire combien c’est dur de préparer les JO. Ce n’est pas une question de bon cœur ou de surpassement. C’est aussi scientifique et rationnel. Tout est calculé.»

Abdel Pitroipa

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Abdel Pitroipa

Abdel Pitroipa est journaliste à SlateAfrique

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